POPULATION DE MINAS GERAES ET DE BAHIA
Säo Francisco et dans la cité de Bahia. Là se trouvait autrefois le centre du commerce des esclaves, les traitants n'ayant qu'à traverser l'Atlantique en ligne droite pour aller charger des noirs sur la côte de Guinée, entre Loanda et Mossamedes. Des nègres Krou et d'autres Africains, compris sous le nom générique de Minas. d'après une des nations qui vivent au sud du Dahomey, étaient venus aussi à Bahia en qualité d'hommes libres comme matelots et subrécargues. Les Minas esclaves réussissaient très souvent à s'affranchir, soit par l'énergie avec laquelle ils revendiquaient leur liberté, soit par les produits d'un travail qui leur permettait le rachat de leur personne. Encore de nos jours, ils forment à Bahia une sorte de corporation, dont les membres se distinguent par les qualités morales et l'esprit de solidarité, autant que par la haute stature et la vigueur physique. Les nègres les plus vigoureux, les plus belles négresses sont des Minas. Leur vocabulaire comprend encore des mots nombreux hérités des langues africaines : des termes d'origine yoriba et cabinda se trouvent par centaines dans le parler brésilien‘. À Bahia, les noirs chantent des refrains de l'Afrique en se servant du vieux langage pour leurs incantations de sorcellerie. Parallèlement avec la traite des esclaves, des relations de commerce pacifique s'étaient nouées entre les parents de race de l’une à l'autre rive de l'Atlantique, et des familles de Bahia ont leurs branches latérales au Dahomey. Le nom de Tabon, que l’on donne populairement au Brésil en certains lieux de la côte africaine, témoigne de ces bons rapports entre les habitants des deux rives opposées de l'Atlantique. Ce mot est la corruption de l'expression familière de salutation : Sta bom ? « Allez-vous bien? »*
Les Mineiros ou Geralistas, c’est-à-dire les gens de Minas Geraes, descendent en partie de Paulistas purs et métissés, en partie de Portugais immigrés par la voie de Rio de Janeiro; les autres éléments d'origine européenne n'ont eu qu'une faible part au peuplement du pays. Out: les Porlugais, toutes les nations de l'Europe occidentale sont représentées à Bahia et dans les autres villes du littor., mais l'immigration méthodique n'a commencé que depuis le milieu du siècle. Les premières tentatives de colonisation agricole, tentées surtout dans la province d’Espirito Santo, ne réussirent point. Des spéculateurs avaient eu l’idée d'établir de distance en distance dans les vallées du Mucury et du rio Dôce des groupes de colons qui cussent servi de points d'appui à des routes de commerce
‘ De Beaurepaire-Rohan, Diccionario de vocabulos brazileiros.
> Richard Burton, To the Gold Coast for Gold. % Sylvio Dinarte (d'Escragnolle-Taunay), Innocencia.
entre les plateaux et la mer. Des agents recruteurs partirent pour lEurope, d'où ils ramenèrent des milliers d’Allemands, de Hollandais, de Suisses, d’Alsaciens. Mais rien n'était préparé pour les recevoir. Le désastre fut grand : la plupart des étrangers périrent par le typhus où la faim. Longtemps les colonies du Mueury furent désignées sous le nom d' « abattoir » ou carnificina'. Depuis cette époque, l'immigration à repris avec plus de succès, et les postes de colons se succèdent sur les routes de la mer à la montagne, la plupart sous la direction de quelques vétérans agriculteurs déjà venus lors des premiers essais de peuplement. Des Italiens, travailleurs plus sobres, plus résistants, plus faciles à acelimater que les gens du Nord, forment maintenant le gros des immigrants et le pays leur offre plus de ressources qu'il n'en présentait à leurs prédécesseurs. Grâce à eux, l'État d'Espirito Santo, jadis le plus délaissé,
se peuple rapidement.
Quoique la moitié la plus importante de Minas Geraes appartienne au versant du Sûo Francisco, les villes les plus considérables se trouvent en d’autres bassins : Barbacena, Nüo Joûo del Rey et Tiradentes, dans celui du Paranä; Juiz de Féra sur un affluent du Parahyhba; Ouro Preto, Marianna, Serro, dans les hautes vallées tributaires du rio Dôce: Diamantina, Minas Novas, dans les combes supérieures du Jequitinhonha. C’est vers le sud-est de l'État que se sont élevées les plus fortes agglomérations urbaines, obéissant à l'attraction de la capitale, Rio de Janeiro.
Queluz, la cité du versant säo-franciseain la plus rapprochée de ce centre d'appel, s'élève à un millier de mètres, près des sources du Paraopeba et du faîte de diramation des eaux. Ancien arraial d’Indiens fondé au milieu du dix-huitième siècle, Queluz a passé par les mêmes vicissitudes que les autres villes de la contrée : rendue prospère par le travail des mines, puis ruinée, elle s’est enrichie à nouveau par la culture et l'élève du bétail. La station voisine, Lafayette, est un point d'arrêt forcé pour voyageurs et marchandises, la voie étroite du Säo Francisco y succédant à la voie large construite dans la direction de Rio de Janeiro. Les cotons de Queluz, de même que ceux de Bomfim, de Tamanduä, de Pitanguy, villes situées plus à l’ouest dans les vallées du Paraopeba et du Sao Francisco, servent à fabriquer des étofles très appréciées, que l’on préfère aux produits simi-
1 R. Avé-Lallemant, Reise in Süd-Brasilien.
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COLONIES DU LITTORAL, OURO PRETO. 279
laires de provenance européenne. Le village dit Congonhas de Campo, d'après un arbuste sauvage qui ressemble à la yerba maté du Paraguay, est un des principaux lieux de pèlerinage du Brésil.
La station de Miguel Burnier, où l'embranchement d'Ouro Preto se détache de la grande ligne, occupe à peu près le centre de là région minière, centre politique et économique de l'État des Minas. À l’ouest s'élève la serra do Ouro, — la « montagne de l'Or», — et vers le nord-ouest
un autre chaînon porte le nom significatif de serra da Moeda, — « serre
de la Monnaie ». A l’est, le bourg d'Ouro Branco, — « Or Blanc », — N° 60, — NŒUD DE QUELUZ ET HAUT BASSIN DU RIO SÂ0 FRANCISCO,
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occupe un haut vallon, à moitié chemin de la cité d'Ouro Preto, — « Or Noir », — capitale actuelle de l'État, l’ancienne Villa Rica, que domine au sud-est la pittoresque montagne d'Itacolumi, à la double cime. Ouro Preto appartient, il est vrai, au versant du Dôce, mais de ce côté elle n’a point encore de libres communications avec la mer, et son histoire, son industrie, son commerce la {placent réellement à l'origine du bassin que parcourt le rio Säo Francisco. La ville se développe en constructions inégales dans un ravin sinueux, coupé de mornes et de précipices : son aspect dit son histoire. Ouro Preto, qui doit sa fondation aux gisements aurifères découverts en 1698, est entièrement bâtie sur d'anciennes galeries, catacombes où s'amasse l'eau potable utilisée par les habitants; les rues
ne sont autre chose que d'anciennes tranchées d'exploitation; encore en 1875 on retirait le minerai d'un trou sous un faubourg".
Malgré l'embranchement de voie ferrée qui rattache Ouro Preto à Rio de Janeiro par-dessus un seuil de l'Espinhaço, la ville souffre de la difficulté des communications et reste quelque peu en dehors de la vie
générale, Aussi les habitants de Minas Geraes, premier Etat de la Répu-
blique par l'importance et la population, tiendraient-ils à honneur d'avoir
+ — OURO PRETO.
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uu autre chef-lieu, occupant un site plus favorable pour la construction de beaux édifices et l'établissement de relations faciles, On montre à Ouro Preto l'emplacement de la maison du révolutionnaire Tiradentes, maison que le roi ordonna de démolir, pour en labourer la terre et y semer du sel. Près de là, dans le Palais du Trésor, un sombre réduit fut le cachot où mourut un autre des conjurés, Manoel da Costa, probablement par l'effet du poison. L'école des mines d'Ouro Preto, ensemble disparate de constructions que l'on doit bientôt remplacer par un édifice monumental,
IL Gorceix, Bulletin de la Société de Géographie, Séance du 8 octobre 1876.
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OURO PRETO, DIAMANTINA. 283
renferme dans son musée une collection merveilleuse de minerais, pépites, diamants et cristaux.
A l'est d’Ouro Preto, et à la base de la même montagne d'Itacolumi, s'étagent les mines d’or de Passagem et se prolonge la ville déchue de Marianna, fondée un an après la capitale, puis enrichie comme elle par l'exploitation de l'or et ruinée de la même manière : la cité somptueuse que le roi Joäo V appelait jadis son « épouse bien aimée », n’est plus qu'une réunion d’églises et de séminaires. Un autre boulevard du catholicisme au Brésil est le grand collège que possèdent les Jésuites sur le flanc de la montagne de Caraça, à moitié chemin entre Ouro Preto et Santa Barbara. Le chemin de fer du versant oriental de l’Espinhaço remonte au nord dans la région minière par Inficionado, Cattas Altas, Santa Barbara, Itabira do Matto Dentro, Conceiçäo, Serro, toutes villes occupant de hautes vallées qu’arrosent des gaves, affluents ou sous-affluents du rio Dôce. Serro, ainsi nommée d'après le pic d'Itambé, qui s'élève à une vingtaine de kilomètres au nord-est, a cessé d’être prospère, quoiqu’elle possède encore des mines d’or et de diamants; mais les campagnes environnantes se sont peuplées d'agriculteurs. L'épuisement des gîtes a eu le résultat contraire pour Diamantina; les malheureux des alentours, chassés par la ruine des galeries, se sont réfugiés dans la ville. Située dans la haute vallée du Jequitinhonha, Diamantina, l’ancienne Tijuco, a comme Ouro Preto ses relations commerciales avec Rio de Janeiro non par la mer, mais par le bassin du rio Säo Francisco. Haut placée sur une terrasse, que des falaises coupent de deux côtés, elle commande un panorama très étendu. Ses mines de diamants, qui produisaient pour une valeur de 3 à 4 millions fpar an, donnent maintenant beaucoup moins, pas même un million; mais quelques industries, entre autres la préparation des cuirs, ont en partie compensé l’appauvrissement des mines. Au nord, sur le même versant du Jequitinhonha, le bourg, jadis prospère, du Gräo Mogol est presque abandonné.
La vallée du rio das Velhas, voisine du chef-lieu de l’État, Ouro Preto, constitue l’axe commercial du bassin du Säo Francisco : les villes et les bourgs se pressent dans sa partie supérieure. Sabarä, la métropole du district, située à 695 mètres d'altitude, sur la rive droite et à la tête de navigation du rio, n’a pas perdu son industrie aurifère comme la plupart de ses anciennes rivales des Minas; des compagnies anglaises fort riches font exploiter dans les environs des mines très productives, notamment Morro Velho, au sud-ouest, près de Villa Nova de Lima, le bourg très connu des minéralogistes sous son ancien nom de Congonhas de Sabard,
Cette mine de la « Vieille Montagne » ramifie ses allées profondes dans les flancs d'une montagne nue, entourée d'autres cimes plus hautes. Les veines métallifères, jadis exploitées au hasard, étaient abandonnées
lorsque, en 1849, des mineurs britanniques en reprirent l'exploitation,
suivant une méthode rationnelle et avec de puissants capitaux. Les produits furent très rémunérateurs, surtout en 1860 et 1861; mais la perte du filon principal, puis l'effondrement d'une partie de la mine et l'incendie des étais interrompirent le travail, Il a repris, et les 1500 ou
2000 ouvriers employés extraient en moyenne du minerai pour une valeur annuelle de 2 millions, dont le profit revient en entier aux actionnaires anglais : deux puits jumeaux, creusés à 800 mètres de profondeur,
ont retrouvé le filon majeur que l'on avait perdu. En plein rapport, la ‘mine pourrait donner 6 kilogrammes par jour, soit plus de 7 millions par an, Grâce au séjour de nombreux savants, ingénieurs, mineurs, naturalistes, Sabarä est devenu le centre d'exploration le plus important dans l'intérieur du Brésil pour la géographie physique, la géologie, la météorologie et la préhistoire. C'est à 15 kilomètres de la voie ferrée, à l’ouest de Sabarä, que se trouve le plateau salubre de Bello Horisonte, l’un des sites proposés pour l'emplacement de la future capitale de Minas Geraes. Les eaux pures de l’espace étudié sufliraient à la consommation d’une ville de 450 000 habitants". Le village minier de Caethé, riche en asbeste, occupe une étroite vallée de l'autre côté de Sabarä, à la base de la célèbre montagne de Piedade, que couronne un ermitage depuis la fin du siècle dernier.
La ville de Santa Luzia, qui succède à Sabarä sur le cours du rio das Velhas, a également son nom dans les annales de la science, car c'est dans le voisinage, à Lagôa Santa, que Lund résida pendant de longues années, explorant les curieuses grottes des alentours. Santa Luzia eut aussi sa période de célébrité comme ville révolutionnaire, et en 1842 bataille y fut livrée entre les troupes impériales et les défenseurs de l'autonomie locale ou lusistas, ainsi nommés de la ville qu'ils avaient soulevée. Les bancs de jaspe facile à seulpter que l'on trouve dans les environs ont donné à Santa Luzia une industrie spéciale, la fabrication de statuettes et autres objets
religieux ou d'art industriel, Plus loin, Paraüna, — « Eau Noire », — sur la rivière du même nom et près de la rive droite du fleuve, a été signalée avec Bello Horisonte comme un emplacement favorable pour la future capitale de l'État, dont elle occupe à peu près le centre géométrique”.
* Samuel Gomez Pereira, Commissäo d'Estudo das localidades para a nova Capital. # Luiz Martinho de Moraes, méme recueil,
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