‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 151 sur 401 · LITTORAL, BAIE DE RIO · texte numérisé non relu

LITTORAL, BAIE DE RIO

l'humidité relative est toujours très élevée’, et les valeurs extrêmes s’en écartent peu pendant l'année entière. Elle est plus forte pendant les mois d'été et c’est aussi dans la même saison que se produisent la plupart des crages, amenés généralement par les vents de l’ouest et du nord-nordouest. La direction la plus commune des vents est celle de l'alizé méridional, qui souffle en moyenne du sud-sud-est. Rio de Janeiro ne subit pas de grandes perturbations atmosphériques : les oscillations du baromètre y sont en général peu prononcées, n’excédant pas à à 10 millimètres dans l'intervalle de quelques heures. Les baisses, si minimes qu’elles soient, sont l'indice ordinaire des pampeiros, les forts vents du sud-ouest qui, sous le nom espagnol de pamperos, traversent les plaines de la Plata. Pris dans son ensemble, l'État de Rio de Janeiro, avec le « municipe neutre » qu'il enclave, n'est pas une des contrées salubres du Brésil; de nombreux marécages et les bords vaseux des ruisseaux dans la partie voisine du littoral sont dangereux en toute saison, surtout pour les étrangers; les fièvres endémiques en défendent les abords et pendant les années d'épidémie la fièvre jaune interdit le séjour aux blancs. Mais les pentes des montagnes, les sommets bien exposés aux vents du large, offrent des sanaloires où l’Européen recouvre la vigueur et la santé, amoindries ou perdues dans les plaines inférieures*. On dit que le climat de Rio s’est modifié depuis la destruction des grandes forêts : les pluies et les orages auraient beaucoup moins de régularité qu’autrefois.

La flore, ja faune de la contrée, analogues à celles de l'État voisin, Espirito Santo, ont été déjà très fortement modifiées autour de la capitale et das les districts environnants : la forêt vierge ne s’est maintenue que dans les endroits malsains de la plaine ou sur les escarpements peu accssibles, Quant aux animaux sauvages, la plupart des grandes espèces on! aisparu : on ne voit plus de tapirs, et rarement le chasseur rencontre un jaguar dans les gorges les plus écartées de la serra; les troupeaux de evaris et autres porcos do matto ne sont plus représentés que par des bandes de fuyards bien éclaircies; même les espèces d'oiseaux ont diminué en nombre; mais on compte toujours 800 espèces de papillons, plus de 2000 formes d'insectes dans un cercle étroit autour de la baie”.

1 Moyenne de l'humidité relative à Rio de Janciro, de 1881 à 1890 : 78,40 pour 100 (L. Cruls, 0 Clima do Rio de Janeiro).

* Conditions météorologiques de Rio :

Années Températures L Jours Hauteur d'obs, Latitude, Altitude, maxim, moyenne, minim. Écart, de pluie, de pluie, Rio, . . . 40 220,54 66 mèt. 390 220,92 100,2 980,8 127 1,091

5 Heusser und Claraz, Petermann's Mittheilungen, 1860, Heft VII

Le monde de l’homme présente le même phénomène que celui des plantes et des animaux. Il n'existe plus d'aborigènes dans les limites de l'État et l'on ne reconnait même pas les métis ou descendants de métis qui perpétuent l’ancienne race native des Tamoyos, « Tamoï ou Aïam », amis des premiers colons français ou « Maïr ». Comme tels, ils étaient ennemis des Portugais, uniformément connus par les populations indiennes du Brésil sous le nom de « Perd! ». Ceux-ci cherchèrent pour alliés, dans l'Espirito Santo, les Indiens Mbarancaya ou les « Chats », et grâce à cette alliance parvinrent à triompher des Français et des aborigènes riverains de la baie. La plupart des Tamoyos furent exterminés, les autres s'enfuirent, et, d’après la légende, ce seraient les fugitifs qui, sous le nom de Tupinamba ou de Tupinambaranas, « premiers Maîtres du Pays », auraient fini, aprè: vne longue migration, par s'établir dans la grande île de ce nom, en aval de la bouche du Madeira. Les chasseurs paulistes, courant à la poursui& dd: gibier humain, pour alimenter d'esclaves les mines et les plantations, con!:ibuèrent aussi à la destruction de la race des Tamoyos. Ces Indiens, que connurent les premiers voyageurs européens, étaient des Tupi de race pure; ils parlaient cette langue « générale » qui est l’idiome commun à la plupart des aborigènes de l'Amazone à la Plata, et le vocabulaire recueilli par Jean de Léfy coïncide presque avec les mots de la langue oyampi, usitée maintenant dans la Guyane française*.

Les premiers voyageurs européens, Hans Staden, Jean de Léry, Magalhanes de Gandavo, s'accordent en décrivant les mœurs des Tupi du littoral, et leurs récits coïncident presque avec ceux que font Yves d'Évreux et Claude d'Abbeville des Indiens du Maranhäo, appartenant au même groupe de nations. Ces Indiens se peignaient le corps en rouge avec le roucou, en noir avec le génipa et, bien plus que ne le faisaient naguère les Botocudos, se défiguraient par l'introduction d'objets étrangers dans la peau du visage. Îls perçaient la lèvre inférieure des enfants, agrandissant peu à peu l'ouverture, de manière à y passer une pierre ou un disque de bois; ils se trouaient aussi les joues pour y insérer des morceaux de cristal, et mettaient leur vanité à se recouvrir la figure de protubérances artificielles, à se coller des épines et des plumes sur le corps; mais presque tous étaient sains et vigoureux : « il n’y a presque point de boiteux, borgnes, contrefaits ni maléficiés entre eux. » Ils habitaient de grandes abanes ayant jusqu'à 50 mètres de longueur, avec autant de foyers qu’il

1 Candido Mendes de Almeida, Revista do Instituto Historico, 1878. # Henri Coudreau, la France Équinoxiale; — Notes manuscrites.

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