CLIMAT, POPULATION DES ÉTATS PARANIENS
général à celle de la pampa platéenne, et même à la flore des punas andines".
La faune présente des contrastes analogues à ceux de la flore. Dans le Säo Paulo et le Paranä on voit encore des singes, des coatis, des sarigues, des capivaras, des paresseux, des fourmiliers, des tapirs; les rivières ont aussi leurs tortues et leurs crocodiles; les oiseaux-mouches, les papillons brillants se jouent au milieu des fleurs. Le ñandü, l'autruche platéenne, qui à disparu du Brésil septentrional, se retrouve en bandes assez nombreuses dans les campos paraniens: mais combien longtemps échapperat-il à la dent du chien et au fusil du chasseur”? Bientôt sans doute l'autruche américaine ne sera plus qu’un oiseau mythique comme tant d’autres espèces actuellement disparues. Elle s’associera aux animaux monstrueux créés par l'imagination populaire. C’est ainsi que, d’après le témoignage unanime des indigènes, il existerait dans la région de faite qui sépare les sources du Paranä et de Uruguay un « ver » de dimensions énormes, un serpent sans doute, qui, se glissant dans la terre marécageuse, serait assez fort pour déraciner les arbres. La légende dénote un reste de ce culte des serpents que l’on retrouve à l'origine de toutes les sociétés.
Le littoral des États du Sud est très riche en débris préhistoriques d’origine indienne : on y a trouvé par centaines des monticules de coquillages analogues à ceux du littoral européen et renfermant aussi des pierres travaillées et autres produits de l’industrie primitive. Ces amas, que les pêcheurs d'aujourd'hui s’imaginent provenir du déluge, sont connus par les Brésiliens sous un nom guarani qui signifie « huiîtrières », — tambaqui, — transformé d'ordinaire en sambaqui. Ces buttes artificielles se composent en effet pour la plupart de coquilles, surtout de barbigies (tellina antediluviana). Les squelettes qu'on y a découverts, et qui d'ailleurs appartiennent à des types très différents, ont été trouvés assis, et près d'eux sont déposés les objets qui avaient servi à l'homme vivant, armes, vases, ornements et outils. La matière varie : presque tous les instruments de pierre sont en basalte, mais il en est aussi de porphyre, de quartz, de fer météorique. Les sambaqui datent certainement d’une époque reculée, car plusieurs disparaissent sous les débris apportés par d'anciens courants, et les grands arbres de la forêt vierge y ont inséré
* Alberto Loefgren, mémoire cité.
3 Fritz Müller, Nature, 21 feb. 1878.
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leurs racines. La somme de travail que représentent ces amas est vraiment prodigieuse, puisqu'on en trouve ayant 100 mètres de large et 15 mètres de haut; les ouvriers des fours à chaux mettent des années à les déblayer. On juge de l'énorme accumulation en pensant que depuis deux ou trois siècles des cités comme Rio de Janeiro, Angra dos Reis, Santos, Paranaguä, et même des villes situées jusqu'à vingt lieues dans l'intérieur, s'alimentent de chaux à ces sambaqui et qu'il en reste pourtant un nombre encore assez considérable. Sur les plateaux s'élèvent aussi de nombreux montieules funéraires, connus dans le pays sous le nom très approprié de sepulturas velhas (vieilles sépultures) : la terre dont ils sont formés diffère toujours du sol primitif. D'autres sont bâtis en pierres, et dans ce cas les matériaux ont été extraits d'une caverne éloignée,
La forme de la plupart des crânes trouvés dans les anciens tombeaux et les objets qu'on y a recueillis permettent de croire que les aborigènes préhistoriques appartenaient à la même race que les Tupi et Guarani contemporains; cependant le naturaliste Loefgren à recueilli dans un tambaqui situé à 9 kilomètres à l’ouest de Sûo Vicente un crâne analogue à ceux qu'étudia Lund dans les grottes de la Lagôa Santa. Lorsque les premiers Européens arrivèrent dans le pays, la nation dominante, celle des Tamoyos, élait fort puissañte et prit l'initiative d'une alliance avec toutes les tribus du littoral pour résister aux Portugais. Ceux-ci auraient été probablement exterminés si les missionnaires jésuites Nobrega et Anchieta ne s'étaient dévoués pour aller demander la paix aux guerriers indiens siégeant en conseil dans un village de la côte, près de la ville actuelle d’Ubatüba. Les autres indigènes de la région du littoral, Goyanazes, Iatins, Pituruna, Guanhanari, Carijos, se sont fondus avec le reste de la populalion, qui maintenant se mélange très rapidement avec les éléments les plus divers. Les Italiens arrivent en foule dans le Säo Paulo, et en maints districts de la campagne constituent déjà le principal élément ethnique. Avee eux viennent des représentants de toutes les nations d'Europe, y compris les Tsiganes, les Juifs orientaux et les Maronites de Syrie. Les émigrants de Minas Geraes se portent par bandes vers les régions des aféteries du Säo Paulo. Dans l’ensemble, le type pauliste passe pour être le plus beau du Brésil. Un proverbe dit qu'il faut admirer : à Bahia, elles nào ellas; à Pernambouc, ellas nào elles; à Säo Paulo, ellas e elles".
Divisés en tribus fuyardes, les indigènes des États paraniens n'ont plus aucune solidarité dans leurs luttes contre les blancs et succombent
‘ Spix und Martins, ouvrage cité.
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isolément, Ceux que les jésuites avaient groupés dans la mission de la Guayra pour les catéchiser et en faire des serviteurs soumis, disparurent les premiers. En vain leurs pasteurs essayèrent de les défendre contre les chasseurs d'hommes. Ceux-ci, s'attaquant à des tribus paisibles qui avaient perdu toute initiative et qui étaient plus habituées à chanter des hymnes et à réciter des prières qu'à repousser les attaques de l'ennemi, revenaient presque toujours dans les marchés de l'est, chargés de butin et lrainant des centaines ou des milliers de captifs : les premières incursions eurent lieu en 1628 et en dix années des paroisses entières furent suppriinées d'un coup. Les jésuites durent s'enfuir et, en 1641, le père Montoya essaya de transporter tout ce qui restait de sa nation de catéchumènes sur les rives du bas Paranä, dans le territoire dit actuellement des « Missions ». Le terrible exode coûta la vie à plus de la moitié de ses fidèles : après les massacres, les fatigues et les noyades ils n'étaient plus que douze mille". Depuis quelques années un certain mouvement de reflux se produit dans les populations indigènes. Refoulés par la marée montante de la colonisation argentine, des Indiens Guarani venus du Sud ont repris le chemin du haut Paranä : quelques familles, immigrées du Paraguay, vivent dans les forèts occidentales de l'État de Sûo Paulo et rendent de grands services pour le canotage et le transport de denrées sur la rivière; mais elles ne se groupent pas en villages sous la direction des blancs et se tiennent également à l'écart des autres indigènes.
Les sauvages restés dans ces régions des forêts et des campos sont généalement désignés par les Brésiliens sous l'appellation collective de Bugres (Bougres), dont les premiers visiteurs français du littoral avaient fétri les indigènes. Îls appartiennent à trois familles distinetes, les Chavantes, les Cayüa ou Cayova et les Coroados. On ignore si les Chavantes sont les frères de race de leurs homonymes qui vivent sur les bords de l'Araguaya et du Tocantins : leurs voisins Coroados les appellent aussi Curuton, e’està-dire les « Sans Robes », les « Nus »*. Fort laids, presque noirs, ils mènent une existence des plus misérables, n'ayant ni cabanes ni tentes : ils se contentent d'ajoupas formés de palmes à la pointe aiguë qu'ils introduisent dans le sol et dont ils lient les extrémités; le tout s'appuie obliquement sur une branche d'arbre et peut donner abri à deux personnes. Les Chavantes du Säo Paulo ne cultivent point la terre et se nourrissent de plantes, de racines, de lézards et de rats; pendant la saison
‘ Simäo de Vasconcellos, Chronica da Companhia de Jesus no Estado do Brasil; — Muratori, Paraguai; — Alfredo Lomonaco, A1 Brasile.
* R. Ewerton Quadras. fnstitulo Historico, tome L\, 1892,