‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 195 sur 401 · CURITIBA, COLONIES DU PARANA · texte numérisé non relu

CURITIBA, COLONIES DU PARANA

s'y joint maintenant des Slaves qui se trouvaient dans les colonies allemandes du Rio Grande do Sul et qu'un attrait de sympathie mène vers leurs compatriotes : pas un seul Juif ne se mêle à cette société purement slave. La ville de Curitibä s'entoure, sur un espace de 30 kilomètres en moyenne, de colonies exclusivement polonaises et même désignées ofliciellement sous le nom de « Nouvelle Pologne ». Les Polonais environnent aussi Palmeira, et leurs colonies occupent sans interruption toute la rive droite de l'Iguazü jusqu’à la station nouvelle dite Porto Uniño. Aux jours de foire, Curitibä et Palmeira rappellent, à s’y méprendre, de petites villes galiciennes. Loin de la capitale, un autre groupe colonial s'est formé au sud de l'État, sur le rio Negro et le rio Vermelho, aux confins de Santa Catharina. On évalue approximativement à une centaine de mille, soit à près d'un tiers de la population totale, les colons polonais du Paranä, et, la mortalité étant très faible parmi eux, l'accroissement annuel, par l'excédent des naissances sur les morts, est estimé à 4 pour 100 en moyenne, proportion tout à faii exceptionnelle parmi les nations. Les Polonais de Paranä conservent leur langue, leurs costumes, leurs mœurs : ils ont leurs églises, leurs écoles, même un journal. Presque tous agriculteurs, ils ont acquis le monopole de la production des céréales et des légumes et commencent même à refouler vers Säo Paulo les colons d'autres nationalités'. Il existe cependant quelques groupes résistants d'immigrants non Slaves, notamment une colonie de communistes, presque tous Italiens, qui s’est fondée à La Cecilia, près de Palmeira.

La Slavie du Paranä possède des gisements métallifères, de l'or à Campo Largo, du mercure à Palmeira; mais ces richesses ne sont point exploitées. Le pays est plus célèbre par ses curiosités naturelles que par ses mines. A une trentaine de kilomètres à l’orient de Ponta Grossa s'ouvrent dans le sol argileux trois étonnants buracos ou puisards, dont l’un, large de 80 mètres à l’ouverture, n'a pas moins de 170 mètres en profondeur; une eau lente, qui passe dans le fond, s'écoule de gouffre en gouffre vers une lagune tributaire du Tibagy; des corbeaux et des espèces d'ibis nichent dans les anfractuosités des parois. Plus à l'est, une roche de vieux grès rouge se décompose en blocs, en pyramides, en amas bizarres, qui lui ont valu le nom de Villa Velha ou « Vieille Ville* ».

Curitibä n'a pas encore, comme son modèle Säo Paulo, toute une ramure de voies ferrées qui pénètrent dans les zones cultivables de l’oc-

1 Josef Siemiradzki, Notes manuscrites.

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cident; elle ne possède (1895) qu'une ligne de rails se dirigeant vers les frontières de l'État de Santa Catharina, par la ville de Lapa, entourée de roches et de grottes. La rivière d'Iguazü, que ce chemin de fer traverse, devient navigable à une centaine de kilomètres à l’ouest ‘de Curitibä, au lieu dit Porto do Amazonas, mais de nombreuses chutes interrompent le cours de ce fleuve à 200 kilomètres plus bas. Par suite du manque de routes, presque toute la région occidentale de l'État, si fertile et destinée par son heureux climat à devenir la patrie de millions d'hommes, n'est guère qu'une immense solitude ; à peine quelques bandes de Coroados y ‘ampent aux bords des rivières. Le voyageur y trouve les ruines informes de villes bâties autrefois par les missionnaires jésuites; une « Villa Rica » s'élevait vers le milieu de la vallée du Rio [vahy, et sur le bord du fleuve Paranä, à l'embouchure du Piquiry, se dressait la maison maitresse de la Guayra, chef-lieu de l'immense empire théocratique des Missions qu'il fallut abandonner aux incursions des Paulistes. Actuellement le point initial de la reconquête agricole du pays est la cité naissante de Guarapuava, située à près de 1200 mètres d'altitude dans une région montueuse de forêts qu'entourent les campos, déjà sur le versant de l'Iguazü, mais non loin des sources de l'Ivahy, qui forme une magnifique cascade de 75 mètres en hauteur'. Une colonie de Français, établie au nord de Guarapuava, dans la haute vallée de l'Ivahy, région perdue sans voies de communication, a dû se disperser après des efforts désespérés.

Tandis que la colonisation se propage lentement dans l'intérieur à travers une contrée sans routes, le flot de l'immigration pénètre par une autre voie, celle du fleuve Paranä, sur la frontière Argentine. En 1889, le gouvernement brésilien fondait un village au confluent du Paranä et de l'Iguazt, en aval de l'admirable « Niagara » que forme ce dernier courant. Établie comme colonie militaire, Foz de Iguazü constitue maintenant une commune libre, comprenant en 1893 une population de 700 individus, Brésiliens, Paraguayens et Français du Midi, amenés par les bateaux à vapeur de l'Argentine et s’adonnant surtout à la cueillette du maté el à la production du maïs et des céréales. Le plan de la future cité s'étend sur un espace de 25 kilomètres carrés et le territoire concédé comprend une superficie cent fois plus grande. Foz d'Iguazü, très important au point de vue stratégique comme poste frontière du Paraguay et de l'Argentine, possède un commencement d'arsenal et de flottille. Une grande cité naîtra certainement à Foz d'Iguazü, soit à quelque autre confluent

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