RIO GRANDE DO SUL
d'ocre et se changent en cette argile rougeâtre qui revêt presque toutes les campagnes. On trouve aussi dans le Rio Grande do Sul de véritables basaltes columnaires. La variété de ces masses volcaniques érodées par les agents météoriques ajoute au pittoresque des paysages : les rochers en forme de cloches, de coffres, de pyramides, de sarcophages, de propylées, que l'on aperçoit de loin sur les collines, sont les restes des anciennes coulées d’éruption. Dans certaines régions centrales les trapps occupent presque toute la superficie du sol, mais ils diminuent peu à peu dans la direction de l’ouest, vers le fleuve d'Uruguay. Les géologues rattachent d'ordinaire à l'apparition des masses éruptives la transformation de matières argileuses en agates, calcédoines, jaspes, améthystes, que l'on trouve en quantités extraordinaires dans certains gisements du Rio Grande do Sul. On explique par une soudaine inondation de laves, par des chutes de cendres ou des écroulements de terre, interrompant brusquement toute communication avec l'air extérieur, la transformation des méduses et autres organismes marins en corps siliceux et transparents, renfermant encore des bulles d'air et des gouttes d’eau. Ces pierres réellement précieuses, que l’on exporte en quantité dans les polisseries allemandes de la Nahe, ne sont pas les seules richesses minières de la contrée : le Rio Grande do Sul offre, pour ainsi dire, un résumé des richesses de la Terre : or, argent, cuivre, étain, plomb, fer, kaolin, charbon.
La longue plage qui se développe en courbes élégantes sur tout le littoral atlantique du Rio Grande est entièrement de formation océanique : les vagues ont apporté ce cordon de sable et le modifient à chaque marée par de nouveaux apports et par des érosions. Divers indices font croire que le niveau relatif de la terre et de la mer se modifie et que les plages émergent graduellement. La formation d'un cordon littoral a séparé de la nur de vastes étendues qui se sont changées en lagunes et dont la masse liquide, sans cesse renouvelée par les rivières, devient saumâtre ou même tout à fait douce. La chaîne d'étangs commence déjà dans l’État de Santa Catharina, à la lagune de Tubaräo. Des flaques de toute grandeur se succèdent à une faible distance de la côte, les unes complètement fermées, les autres unies par des bayous et se déversant dans la mer par des graus, qui s'ouvrent pendant la saison des pluies et se ferment pendant la saison sèche. Derrière cette première rangée d'étangs littoraux une seconde s’est formée, plus irrégulière, qui se rattache par le Capivary à une mer intérieure, d'environ 9000 kilomètres carrés de superficie, qu’on
! Durand-Savoyat, Notes manuscriles,
appelle Lagôa dos Patos ou « lagune des Canards », non à cause des patus ou « canards » qui s’abattent sur ses eaux, mais en souvenir des Indiens
N° 93. — LAGÜA DOS PATOS,
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’atos qui en défendirent les approches contre les Européens", Dans la partie méridionale de l'État se prolonge un autre lac séparé de la mer, la Lagôa Mirim, — c'est-à-dire en guarani la lagune « Petite », — qui,
4 Hermann von Ihering, ouvrage cité.
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LAGÔA DOS PATOS ET LAGÔA MIRIM. 401
fort grande aussi, n’a reçu ce nom que par comparaison avec la Lagôa dos Patos. Elle se développe du nord-est au sud-ouest, entre les deux Etats, le Rio Grande do Sul et l'Uruguay, sur une longueur d'environ 200 kilomètres.
N° 94. — LAGÜA NIRIM.
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Toute une ramure fluviale appartient à la Lagôa dos Patos et à son esluaire de sortie, le Rio Grande. Le principal affluent, connu sous divers noms, se forme au centre de l’État par la jonction du Vacacahy et du Jacuhy, ce dernier étant considéré comme la branche maîtresse. En aval d'une grande chute ou cachoeira, la rivière devient navigable ct grossit rapide-
xx, 51
ment par des tributaires venus surtout du nord : le Taquary, le Cahy, le rio dos Ninos descendent de ces hautes terres septentrionales. Mais déjà le Îleuve se change en estuaire; le Jacuhy prend le nom de Guahyba et va se réunir par un détroit à la Lagôa dos Patos, De son côté, la Lagôa Mivim reçoit la rivière uruguayenne de Cebolaty et celle de Jaguaräo, qui constitue la frontière des deux États, puis dirige l'excédent des eaux vers son extrémité nord-orientale et s'écoule dans la Lagôa dos Patos par le canal du Sangradouro (ou « Saignée »), dit aussi de Säo Gonçalo, et gonflé dans son cours par la rivière Piratinim; des travaux d'art ont rectilié et approfondi l'émissaire, qu'utilisent les bateaux à vapeur pour le service commercial des deux lacs. Une autre rivière, le Camacuam, se jette directement dans la Lagôa dos Patos. Toute cette masse fluviale a cherché son issue vers la mer et trouvé le point faible de la plage à l'extrémité méri-
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dionale de la Lagôa dos Patos, où s'ouvre le courant de sortie dit rio Grande do Sul. Une barre très périlleuse, souvent bordée de navires échoués, s'arrondit au devant de l'entrée. Jusqu'à présent on n'a point
réussi à fixer les pointes de sable entre lesquelles s'épanche le fleuve. Au nord-est et au nord-ouest, sur deux faces de son vaste pourtour, la province de Rio Grande do Sul est exactement limitée par le cours de
l'Uruguay. Ce fleuve, — dont le nom guarani, signifiant, suivant les divers étymologistes, « Queue de Poule » ou « rivière de l'Oiseau multi- é colore », s'applique aussi à une république indépendante, — appartient
au Brésil par les régions des sources et, dans la plus grande partie de son développement, traverse ou baigne des terres brésiliennes. Il naît dans la serra do Mar, à une cinquantaine de kilomètres de l'océan ; Atlantique, et sous diverses appellations parcourt la région des campos. | Ceux du Rio Grande lui versent l'Uruguay Mirim ou « Petit Uruguay » | et l'État de Santa Catharina lui envoie de nombreux affluents, notamment les deux cours d'eau Chapecé et Pepiry Guassü, — la « Grande Rivière couleur de paille », — qui ont donné et donnent lieu à tant de ( discussions entre historiens et diplomates pour la question des limites £ entre le Brésil et l'Argentine, En aval du Pepiry Guassü, l'Uruguay, qui coulait dans la direction de l'ouest, plonge brusquement par le Salto l Grande et prend la direction normale du sud-ouest, qu'il doit conserver |
dans toute la partie de son cours limitant les deux républiques. Son plus gros affluent dans cette région médiane est le rio Ibicuy Grande, navigable pour les petites embarcations sur plusieurs centaines de kilomètres. l'Uruguay porte également des bateaux, mais des rapides interrompent son lit de distance en distance et la navigation franche ne commence que
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