CLIMAT, FLORE, FAUNE, HABITANTS DU MATTO GROSSO
bord des rivières, et, parmi les espèces fameuses des bords du Fleuve- Mer, il en est peu qui ne soient représentées sur le haut Guaporé ou dont on ne trouve au moins des parents. Nulle part les palmiers rampants ne prennent un développement plus remarquable : en 1875, la commission des limites découvrit un de ces palmiers urubamba (calamus procumbens) ayant plus de 200 mètres en longueur, avec une épaisseur d'un centimètre seulement. Le cotonnier croit spontanément dans les plaines. L'ipécacuana, dit poaya dans le pays, est aussi une plante spéciale au Matto Grosso : on la récolte surtout dans les forêts du haut Jaurû et des rivières voisines. Dans la partie méridionale du territoire, entre Miranda et la rivière Apa, croit le maté, la plus remarquable des plantes de l'aire méridionale. L’autruche, venue des campos ou des pampas, à pénétré dans les plaines bordières du haut Paraguay. La nature du sol, humide et basse, a facilité le développement des ophidiens, représentés par d'énormes boas terrestres et aquatiques.
Dans le Matto Grosso, les populations aborigènes ont diminué beaucoup plus rapidement que ne se sont accrus les blanes, supplanteurs de la race primitive. Lors de l'arrivée des Européens, les Indiens couvraient le pays de leurs tribus : ils sont maintenant épars et très réduits en nombre; on traverse de vastes contrées sans en rencontrer un seul. Suivant les apprécialions ordinaires, ils ne seraient guère qu'une vingtaine de milliers, 25000 au plus, et cependant on énumère par dizaines les noms des peuplades distinetes. Les Parexi ou Parecis, d’après lesquels on a dénommé les hautes terres où naissent le Tapajoz et ses hauts affluents, comprennent déjà au moins quatre de ces tribus à dénominations différentes. Encore récemment on parlait de « millions » d’Indiens vivant sur les pla- {eaux et dans les plaines du Matto Grosso*.
Les Parexi sont considérés par Ehrenreich comme appartenant à la souche des peuplades arawak, tandis que d'Orbigny voyait en eux des parents des Pampéens méridionaux, et que Martius en faisait une race à part. Depuis l'arrivée des mineurs, ils sont en relations pacifiques avec les gens de langue portugaise, et par le métissage ils sont partiellement devenus Brésiliens : déjà le baptême en avait fait des « chrétiens ». Les chercheurs d'or et de diamants les employaient comme garimpeiros après
! Alfred Marc, Le Brésil, Excursion à travers ses vingl provinces, ? Amédée Moure, Nouvelles Annales des Voyages, avril, juin, juillet 1862.
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la découverte des gisements; maintenant on les envoie dans les forêts pour y recueillir l'ipécacuana et autres plantes médicinales. Habiles vanniers et tisserands, ils fabriquent des corbeilles, des paniers, des étoffes, des hamacs et divers objets qu'ils vendent dans les villes de la plaine,
Les Bororé, habitant jadis les hautes vallées du Jaurû et du Cabaçal, au nord des colonies peuplées de blanes, sont maintenant cantonnés en partie dans la colonie de Thereza Christina sur les bords du Säo Lourenço, tributaire du Cuyabä. Ces aborigènes contrastent avec les Indiens policés par leur aspect farouche, que rendent plus étrange encore des lèvres fendues et les peintures rouges tracées symétriquement sur leur visage, Pour avoir droit à prendre femme, le jeune homme doit au moins avoir tué un jaguar. Quand un malade a été déclaré incurable, on le tue; le père serre la corde autour du cou de l'enfant que la mère tient encore sur son sein. À la mort de sa femme, le mari brûle tout ce qui lui appartenait et tous les objets du ménage commun; il lui coupe aussi la chevelure, dont il se fait une ceinture et un bracelet pour se protéger le poignet contre la vibration de l'arc. Les Bororé croient fermement à la métempsycose : se disant les frères des perroquets, jamais ils ne tuent ces oiseaux; les vautours, disent-ils, sont habités par les âmes des nègres, et les grands sorciers transmigrent dans les corps des poissons aux couleurs vives. Les étoiles filantes indiquent la mort prochaine d'un homme de la tribu".
Les Guaté vivent dans la partie centrale du Matto Grosso, au pied des plateaux, et dans les hautes vallées quelques-unes de leurs familles sont encore restées à l'état sauvage. Ce sont de beaux hommes, se rapprochant plus du type européen que les autres indigènes. Jadis ils ornaient leur lèvre inférieure d'un disque à la façon des Botocudos, et portent encore des colliers en dents de jaguar et de crocodile. Ils ramassent leur chevelure de manière à former une sorte de casque, et restent complètement nus, sauf dans le voisinage des blanes. Canotiers incomparables, les Guaté, dont le nom même aurait le sens de « Gens des Eaux », passent une grande partie de leur existence sur les rivières et les lacs et tuent les poissons à coups de flèches; leur principale nourriture, mêlée au riz sauvage qu'ils recueillent dans les marais, est la chair du jacaré, le crocodile de leurs rivières, et on attribue à cette alimentation l’odeur de muse qu'ils répandent. Ils sont très braves et combattent le « tigre » corps à corps : après l'avoir agacé par des coups de flèches, ils l’attendent
1 Karl von Steinen, ouvrage cité.
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BOROROÔ, GUATO, GUANÉ. 495
de pied ferme et l'abattent d'un coup d'épieu à la pointe formée d’un os de crocodile ou d’un morceau de fer acheté aux Brésiliens, Is vendent aux blancs des peaux de bêtes, ainsi que des animaux apprivoisés, oiseaux où quadrupèdes : ils réussissent st admirablement à domestiquer les fauves, qu'ils semblent les charmer, Les Guaté sont très jaloux, et leurs femmes ne doivent converser avec des étrangers que les cheveux dénoués et les yeux tournés dans la direction du mari‘. Ils sont aussi observateurs fidèles de la foi jurée et de l'hospitalité : pendant l'invasion du Matto Grosso par les Paraguayens, ils ne trahirent jamais par parole, par regard ou par geste le lieu de refuge des Brésiliens. Quoique chrétiens, les Guaté se réuniraient encore en des lieux sacrés, notamment sur le sommet de la serra de Dourados et dans les îles du lac Uberäba.
Beaucoup moins fiers d'allures que les Guaté, les Guané, qui vivent plus au sud dans les plaines que parcourent le Taquary et le Miranda, paraissent d'origine méridionale, Peut-être seraient-ils les frères des Guaycurû, quoique différents par le langage. Dépourvus de toute initiative, ils ne sont guère que Îles serfs des envahisseurs blanes, pour lesquels ils recueillent des plantes médicinales, construisent des barques, planten le manioe, les haricots, les bananiers, la canne à sucre, préparent l'eaude-vie et tissent des étoffes : leurs pannôes sont des pièces de cotonnade d'environ 3 mètres de long sur 2 de large, d'un tissu si serré que les pluies les plus violentes ne peuvent les traverser; la chaîne de ces étoffes disparait, entièrement cachée par la trame”. Les Guané ont cessé de se peindre la peau, de se mutiler le nez et les oreilles, mais il paraît que pendant la première moitié du siècle ces modes n'avaient pas encore été abandonnées. À cette époque, les Laianos, sous-tribu qui vit dans le voisinage de Miranda, se couvraient le corps de peintures blanches, rouges ou noires, tracées avec une remarquable finesse. Quelquesunes de ces peintures représentaient des animaux auxquels ils voulaient donner une apparence féroce’. Ils adoraient les Pléiades. Leur langue est d’une extrême douceur, mais sans aucune énergie, et chacune de leurs phrases se termine d'ordinaire par un son prolongé qui ressemble à un gémissement. Ce n’est point là le parler d’un peuple libre.
Dans la partie méridionale du Matto Grosso, voisine de la république du Paraguay, habitent diverses tribus auxquelles on avait donné le nom
générique de Guayeurt, que lon dit avoir eu le sens de « Coureurs » , ! Couto de Magalhäes, ouvrage cité,
* Hercules Florence; — Alfredo de Taunay, Revista do Instituto Historico, 187à. 5 Francis de Castelnau, ouvrage cité,
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où Rapides! » : ce sont les mêmes Indiens que les Guarani appelaient d'ordinaire Mbaya, « Terribles » où « Mauvais ». Les Espagnols les désignèrent aussi par le terme de Lengoas ou « Langues », à cause de la protrusion de leur lèvre inférieure, sorte de seconde langue, distendue par un disque de bois. Leurs tribus constituaient une des nations les plus nombreuses de l'Amérique méridionale, et maintenant encore ils dépassent de beaucoup en importance numérique les autres Indiens des bords du Paraguay, à l'exception des Guarani : d'après Severiano da Fonseca, ils seraient au nombre de 1600, désignés d'ordinaire sous le nom de Cadiuéos ou Beaquéos. Peu d'années après la déclaration d'indépendance on comptait 4000 guerriers guayeurt. À cette époque, ils se tatouaient et se peignaient de couleurs vives avec le roucou et le génipa; ils s'arrachaient les cils et les sourcils et se tonsuraient largement, comme les Indiens Coroados des provinces orientales; les femmes avaient la coquetlerie de placer sous leur lèvre inférieure une chique de tabae, visible sur les dents : ainsi l'exigeait la mode”, De même que les Guané, ils obéissaient à la coutume qui obligeait jusqu'à trente ans les femmes enceintes à se faire avorter : c'était disait-on, afin de ne pas encourir un jour le mépris des enfants, humiliés d'être nés de parents trop jeunes’, Les femmes emploient dans la conversation un grand nombre de mots qui ne se retrouvent pas dans le langage des hommes; il est probable que ce double parler provient de ce que les épouses ont été obtenues par capture.
Les Guayeurü portent aussi le nom de « Cavaliers » (Caballeros, Cavalleiros), bien mérité depuis trois siècles. Dès que les conquérants espagnols eurent introduit le cheval dans les pampas, les Indiens se transformèrent en centaures. Ils domptent les étalons avec autant de vigueur et de succès que les gauchos argentins; mais, plus prudents, ils ne les dressent que dans les étangs ou les rivières peu profondes, afin d'éviter les accidents. Le coursier vaincu devient la propriété personnelle du cavalier, qui se marque sur le corps un chiffre correspondant à celui qu'il a « étampé » sur l'animal, Lors des migrations, de campement en campement, les femmes montent sur des chevaux de charge, perchées sur les fardeaux. On redoutait les Guayeurû à cause de leur mode de combat, analogue à celui des Bédouins. On les voyait tout à coup débucher de quelque pli du terrain ou d'un bouquet d'arbustes; avant qu’on ne fût préparé à la défense, ils avaient déjà fait leur attaque, saisi des femmes et des enfants,
1 S, À, Lafone y Quevedo, Revista del Museo de La Plata, vol. 1, 1890-M.
? Francis de Castelnau, ouvrage cité, 3 Alfonso Lomonaco, Razte Indigene del Brasile.
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