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INDIENS LENGOAS EN MARCHE

Gravure de Thiriat, d’après une photograplue communiquée par M. Ch. Cadiot.

GUAYCUR(. 457

puis ils disparaissaient dans une nuée de poussière, Sur les fleuves, ils étaient aussi de dangereux combattants: leurs rames se terminent par des pointes de lances : le même instrument sert à poursuivre l'ennemi, à le frapper et à s'enfuir. Les annales du Matto Grosso racontent plusieurs combats dans lesquels les Européens périrent par centaines: les femmes, qui depuis trois siècles ont été enlevées aux familles des colons, ont contribué dans une large mesure à modifier la race. De nombreux Guaycurü, nolamment aux alentours de Corumbä et d’Albuquerque, se sont alliés aux blancs et finissent par se confondre avec la population brésilienne.

C’est avec un tranquille orgueil que les Guaycurü se croyaient la première nation du monde. Ils n'adwettaient de relations avec les étrangers que pour recevoir leur tribut et leur hommage de vassalité ; tous les autres Indiens vivant dans leur territoire avaient été asservis, et si les Guané, inféodés aux bianes, subissent une sorte d’esclavage, c’est pour échapper à la tyrannie de leurs frères de race. Mais la société guayeurü ne se compose pas même d'égaux : constituée sur la force, elle se divise en trois classes bien tranchées, les nobles ou 7oagà, les plébéiens et les esclaves. L’existence de l’Indien a été strictement réglée jar cette division en castes irréductibles. Ainsi le noble ne peut épouser qu'une femme bien « née », désignée par le terme de dona, quoiqu'il lui soit permis de prendre des concubines dans les castes inférieures; quant à l’esclave, au fils de captif, il ne pouvait être affranchi'. Les tentes, que les Guaycurü emportent dans leurs migrations, sont disposées suivant les règles de la préséance. Lors de la mort d’un noble, ils lui rendent de grands hommages et déposent dans sa tombe l’are, les flèches, la massue, la lance et les ornements de guerre, puis tuent à côté de lui le cheval qu'il aimait.

La popu'ation brésilienne de Matto Grosso est, comme celle du Goyaz et de Minas Geraes, composée en grande partie de gens d'origine pauliste, auxquels se sont mêlés les métis graduellement assimilés des tribus indiennes. Quant à l'immigration proprement dite, elle reste presque nulle, mais s’accroîtra par l'ouverture des rivières qui font communiquer la contrée avec l'estuaire platéen. Dans le Matto Grosso, monde presque fermé naguère, les anciennes mœurs portugaises se sont conservées mieux que dans les autres provinces : les familles y ont encore leur gynécée ; l'hôte présente rarement sa femme et sa fille aux visiteurs, et ceux-ci s'abstiennent par discrétion de les mentionner dans leurs discours”.

1 Fr, Rodrigues do Prado, Revista do Institulo, n° 1, 1839, # Sylvio Dinarte (de Taunay), nnocencia.

L'ancienne capitale, qui porte actuellement le nom de l'État, s'appelait

Villa Bella aux temps de la prospérité minière : les premiers habitants, en 1757, avaient établi à quelque distance le camp de Porto Alegre, et la rivière qui débouche dans le Guaporé, à 3 kilomètres et demi en amont de Matto Grosso, a gardé cette appellation d’Alegre ou « Joyeuse »; la ville proprement dite n'existe que depuis 1752. Matto Grosso eut jusqu'à 7000 habitants, mais l'abandon des gisements miniers l'a ruinée : ce n'est plus aujourd'hui qu'un des plus ‘pauvres villages du Brésil, et l'un des plus mal situés, quoique le site, dominé à l'ouest par les superbes montagnes de Ricardo Franco, ait un aspect grandiose : des terres marécageuses, souvent inondées, entourent Îles cabanes et les édifices ruinés:

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