‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 22 sur 401 · NÈGRES BOCH, IMMIGRANTS HINDOUS · texte numérisé non relu

NÈGRES BOCH, IMMIGRANTS HINDOUS

quoique le elimat des Guyanes paraisse leur convenir parfaitement, tout défavorable qu’il soit aux Européens. Le métissage avec les éléments d'autres races explique dans une faible mesure cet amoindrissement numérique; mais il est certain que, dans les communautés où les nègres vivent à l'écart, aussi bien que dans les villes du littoral à population cosmopolite, le nombre de leurs décès, sauf chez les Aucas', dépasse celui des naissances. Au siècle dernier, on croyait que les Africains ne pourraient jamais multiplier en Guyane, car les planteurs sauvaient rarement un négrillon; les enfants mouraient presque tous de convulsions pendant les neuf premiers jours”. La cause de la forte mortalité serait, d'après Palgrave, l'amour aveugle des mères pour leurs nourrissons, qu’elles tuent à force de les gaver; mais, cette cause se retrouvant en d’autres contrées que la Guyane, ces nombreuses morts doivent s'expliquer d’une manière différente : l’acelimatement des noirs ne serait pas encore complet; la lèpre ou boasie, l'éléphantiasis, le pian, les « boutons indiens », les framboises », le beriberi, la variole, la syphilis font parmi eux de grands ravages. Vivant dans la brousse, le « grand bois », comme disent les créoles, ils ont aussi à craindre l’insecte qui dépose ses larves dans les narines ou les oreilles de l’homme, la lucilia hominivora.

Après l'abolition de la servitude, la plupart des anciens esclaves ayant abandonné les plantations pour émigrer dans les villes ou cultiver leurs propres jardins, les propriétaires des vastes domaines durent importer d’autres travailleurs. Les deux Guyanes, française et hollandaise, n'étaient pas assez riches pour recruter un grand nombre d'étrangers, mais la Guyane britannique, où l'étendue des terrains cultivés est beaucoup plus considérable et à laquelle le gouvernement anglais avait ouvert ses bureaux de recrutement dans les Indes, a pu, depuis 1845, louer plus de 170000 coulis asiatiques, et les survivants de cette immigration payée représentent actuellement le tiers de la population dans le territoire anglais; les plus appréciés, dits les hill-coolies, viennent des collines qui s'élèvent au sud de la grande courbe du Gange. Des bureaux d'’émigration fonctionnent à Caleutta et à Madras pour le service des planteurs de Demerara. En outre, ceux-ci ont importé quelques milliers de Chinois; les propriétaires de Suriname ont aussi fait venir des coulis javanais; avec les Français sont arrivés des Arabes, des Annamites, des Sénégalais ; enfin on à fait appel au travail des blancs, mais des blancs le mieux

‘ Henri A. Coudreau, Dix Ans de Guyane ; Chez nos Indiens. ? Pierre Barrère, Nouvelle Relation de la France Équinoxiale.

acclimatés au climat des tropiques : les insulaires de Madère et des Açores. Ces immigrants, généralement désignés sous le nom de « Portugais », sont les colons de race européenne, mais fort mélangée, qui promettent de devenir les véritables Guyanais : on leur doit le peuplement qui se fait en dehors de la zone des plantations si péniblement conquise sur les forèts et les marécages, pendant deux siècles et demi de labeur, par les Français, les Hollandais et les Anglais. Même les blancs qui réussirent le mieux dans la Guyane hollandaise, des Juifs, étaient aussi de provenance portugaise pour la plupart : leur principal groupe, formé de planteurs expulsés du Brésil, arriva en 1663 : à leur influence est dù le grand nombre de mots portugais contenus dans le langage créole des nègres marrons.

Toutes les tentatives de colonisation faites avec des travailleurs blanes importés à grands frais ont abouti à des catastrophes. Si l'acclimatement individuel est possible quand toutes les règles de l'hygiène sont prudemment observées, l’accommodement de familles et de groupes communaux à ce milieu si différent de celui de l’Europe est certainement beaucoup plus périlleux à tenter qu’au Canada ou dans les États-Unis du Nord, surtout quand les sujets choisis pour cette redoutable expérience sont privés de confort ou même de l’alimentation nécessaire. La phtisie est presque inconnue sur la côte, mais les fièvres paludéennes, très dangereuses à l’époque où les marais se dessèchent sous l'ardeur du soleil, déciment rapidement les nouveaux venus, et depuis l'année 1855 la fièvre jaune a fait de nombreuses apparitions dans la contrée. Aussi les Européens, quoique les maîtres du pays en tant que fonctionnaires et planteurs, sont-ils restés des étrangers au milieu de la foule bariolée que composent tant d'éléments ethniques et où la part des métissés augmente d'année en année'. Sauf dans quelques années favorables, la mortalité l'emporte régulièrement sur la natalité. Avec les gens de race croisée,

! Population par races des Guyanes, suivant une évaluation approximative de Coudreau, en 1895 :

Guyane Guyane Guyane Contesté

anglaise. hollandaise. française, côtier. Ensemble. Indiens policés. . . , . 1000 200 400 2 000 à 600 Indigènes de l'intérieur . 7 000 2 500 1 000 300 10 800 Noirs des brousses., . . 200 16 000 1 000 » 17 200 Autres noirs et mulâtres. 130 000 55 000 21 700 600 207 300 Hindous, Chinois; Javanais, 135 000 3 600 4 000 » 142 600 «Portugais » et Brésiliens. 14 000 500 300 100 14 900 Européens. . . . . . . 4800 750 100 100 5 750 Autres blancs, troupes, etc. 1 000 4 450 5 700 » 8150

Ensemble. . . . . . 299 200 80 000 34 200 3100 410 300

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