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AGRICULTURE BRÉSILIENNE

accoutumée. Dans les régions centrales du Brésil ces animaux appartiennent à deux races très différentes et reconnaissables surtout par la dimension des cornes; elles peuvent atteindre jusqu'à deux mètres d'envergure chez les bœufs de Minas Geraes'. La vache de Jersey, le zébu de l’Inde et d’autres animaux contribuent maintenant à l'ennoblissement de la race. Sur les côtes équatoriales, le Cearä, le Piauhy ont aussi leurs troupeaux de chevaux, de bœufs et de moutons, mais les ont souvent perdus presque en entier à la suite de sécheresses prolongées. Dans l'État de Minas Geraes l’industrie fromagère a pris la plus forte activité : sur toutes les tables on trouve du fromage de Minas.

Les traditions de l’ancien Brésil monarchique se sont perpétuées pour la division du sol. Les rois avaient d’abord partagé la terre en grands fiefs ou capitaineries, et plus tard, quand la propriété directe de toute la contrée revint au pouvoir royal, celui-ci distribua les propriétés conformément à son caprice, en concédant des sesmarias ou « parcelles », généralement fort étendues : la nation ne possède que très peu de terres libres, tandis qu'un petit nombre de seigneurs détiennent d'immenses étendues dont ils ne connaissent pas même les limites. Certains domaines, même dans les campagnes où se presse la population, occupent des lieues carrées de surface, et les propriétaires, qui ne peuvent trouver les bras nécessaires pour exploiter ces vastes territoires, se plaignent toujours du manque de « main-d'œuvre ». Peut-être le travail se ferait-il mieux si ces régions fécondes, détenues par un seul, étaient réparties entre les matutos ou petits cultivateurs. Après l'abolition de l'esclavage, lorsque les planteurs virent s'enfuir presque tous les nègres de leurs ateliers, ils accusaient de paresse ces esclaves d'hier; mais ceux-ci, las de travailler pour un maître, s'étaient retirés dans quelques clairières de la forèt, où ils vivent avec leur famille et quelques animaux domestiques, cultivant leur petit champ de bananiers, de haricots et de manioc, sans négliger les fleurs du jardin *. Cependant nombre d'anciens esclaves sont revenus depuis sur les plantations natales.

Quoi qu'on en dise, ce sont les noirs, les fils des anciens esclaves, qui fournissent la plus grande partie du travail agricole dans les régions où les colons italiens, allemands et autres ne sont pas encore venus à leur aide. Les blancs qui n'ont aucune part à la propriété du sol, ceux qu’on appellerait « petits blancs » en Louisiane et dans les Antilles, préféraient

t Bètes à cornes au Brésil, d'après une évaluation approximative : 18 millions, 2 James W. Wells, Three thousand Miles through Brazil.

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vivre en agregados, c'est-à-dire en parasites sur le domaine du seigneur : tel propriétaire en avait des centaines dans sa fazenda. À l’occasion, ils pouvaient rendre quelques services; s'ils avaient un peu de bétail, ils le laissaient vaguer confondus avec les troupeaux du maître, et puisaient eux-mêmes dans les greniers bien remplis quand ils manquaient des aliments nécessaires. Les mœurs faciles et bienveillantes de la population s'accommodaient de cet état de choses, d'autant plus que les agregados, en prenant le seigneur pour parrain de leurs enfants, devenaient ainsi ses « compères », lien considéré comme presque sacré; mais les changements politiques et sociaux qui se sont accomplis modifient les rapports entre les grands propriétaires et les habitants non fortunés. On peut se débarrasser de la plupart de ces petits blancs par les mille fonctions bureaucratiques des États, des comarcas et des municipes; toutefois le problème de la propriété n’en reste pas moins entier pour tous les habitants des campagnes, noirs, petits blancs ou colons d'origine étrangère. Grâce à leur frugalité, les Africains ont pu se contenter de lopins de terre obtenus çà et là sur les confins des domaines seigneuriaux ou dans les régions appartenant à l'État; mais les travailleurs étrangers sont plus exigeants, et les lots qu’on leur a découpés, soit en de grandes propriétés morcelées, soit dans les domaines nationaux, ne satisfont qu'à une faible partie des demandes; quand au régime de la parceria ou du « métayage » il est mal accueilli par des cultivateurs venus de l'Ancien Monde dans l'espérance d’être propriétaires.

Là est la grande question pour l'avenir immédiat du Brésil : les travailleurs réclament la terre, ils la prennent même en certains endroits et la cultivent de force, les détenteurs ou les titulaires la refusent ou cherchent à la reprendre. Ceux-ci, désireux de continuer sous une autre forme les anciennes pratiques de l'eselavage, ont fait voter par la législature l'introduction de coulis chinois dans leurs plantations, et lors d'un congrès spécial, réuni à Juiz de Fôra, se sont engagés pécuniairement au transport de ces engagés, tenus au service pendant un certain nombre d'années, de trois à cinq, moyennant le logement, la nourriture et un salaire d'au plus 55 milreis, soit 45 francs par mois, au cours moyen de 1892. Mais cette immigration des « Célestes », depuis longtemps votée, ne se fait point encore et ne paraît pas devoir se faire, au moins en des proportions considérables. Le gouvernement de Pékin ne se prête pas volontiers aux vœux des planteurs et les compagnies de transport ne sont pas encore en mesure de «faire grand », quoique des spéculateurs se soient déjà présentés en foule pour demander l’entreprise. Rares sont les Chinois dans

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