INSTRUCTION PUBLIQUE AU BRÉSIL, ÉGLISE
plupart des établissements d'instruction supérieure se trouvent réunis à Rio : Faculté de médecine, École de pharmacie, École normale, École des beaux-arts, Conservatoire de musique, Lycée des arts et métiers, École de marine, École militaire, École supérieure de guerre, mais sans former corps d'Université, Recife, Bahia, Sûo Paulo, Ouro Preto, ont aussi leurs Écoles supérieures de médecine, de droit ou des mines‘. Dans toutes ces hautes écoles le français est, pour une part très notable, la langue de l'enseignement : dans les bibliothèques publiques, le nombre des lecteurs qui demandaient des ouvrages français dépassait naguère la proportion de ceux qui prenaient des livres portugais; maintenant la langue du pays à repris la prééminence, sauf dans les bibliothèques des Écoles supérieures, où les neuf dixièmes des œuvres scientifiques sont en langue française.
La première imprimerie du Brésil, fondée en 1744, ne dura que trois ans : elle fut détruite par ordre du gouvernement central, et c’est en 1808 seulement que le roi, fugitif du Portugal, apporta une presse pour publier ses décrets. Les journaux eurent grand'peine à vivre jusqu'à la période de l'indépendance, et l'histoire de leurs premières années raconte l'exil, l'emprisonnement, l'exécution même de leurs rédacteurs. En 1828, on comptait déjà 31 journaux; en 1876, ils étaient au nombre de 271, et dix années après ils avaient plus que doublé*.
L'Église fut autrefois toute-puissante au Brésil. L'Inquisition, instituée en 1702, poursuivit les hérétiques avec fureur; cependant l’hérésie consistait, pour la plupart des accusés, non dans la profession d'idées hétérodoxes, mais dans le fait d’avoir du sang juif dans les veines*. Après la déclaration d'indépendance, la religion catholique, apostolique et romaine se maintint comme culte national, et tout exercice publie d'autres cérémonies religieuses fut sévèrement interdit. La révolution qui renversa l'empire sépara aussi l'Église de l’État, tout en continuant de payer les traitements des prêtres en fonctions. Toutefois il y eut maints conflits de pouvoir, et même en 1892 la suppression légale des crucifix dans les cours de justice donna lieu à de violentes démonstrations contre les libres penseurs. La très grande majorité de la population se réclame de la foi catholique romaine. Dans l'État de Rio de Janeiro, moins d'un centième des habitants recensés en 1892 ont déclaré appartenir à un autre culte ou ne professer aucune religion. Mais l'indifférence habituelle en
! Écoles supérieures au Brésil : 23,
Nombre des élèves en 1890 : 3 485.
* De Rio Branco, dans le Brésil, par E. Levasseur. 3 Adolpho de Varnhagen, Historia geral do Brazil.
matière religieuse est grande, et malgré les admonestations tombées de la chaire, la franc-maçonnerie acquiert ses adhérents par multitudes dans toutes les cités. Le clergé se recrute difficilement parmi les nationaux, blancs ou noirs, et doit se compléter chaque année par des prêtres étrangers, presque tous Italiens. De nombreux ménages se dispensent du sacrement ou de la cérémonie civile. Dans le Rio de Janeiro, où cependant les unions légales sont plus en honneur qu'en d'autres États, la proportion des naissances en dehors du mariage s'élève à près de 30 pour 100",
Par la remarquable organisation de leurs établissements de solidarité, les Brésiliens peuvent être donnés en exemple aux autres peuples, Leurs hôpitaux, leurs hospices, ne dépendent point de l'État : ils sont dus à l'association libre. Un appel constant, adressé au « nom de tous nos frères qui souffrent », produit chaque année et dans chaque ville des ressources suffisantes pour que les établissements hospitaliers soient amplement pourvus. Les formes des irmandades ou « confréries » :out encore religieuses, et dans les cérémonies officielles les « frères » se revêtent de la cagoule; mais chaque société s'organise à son gré, et l'œuvre, disposant à Rio d'un budget de plusieurs millions, reste indépendante de l'État ou de l'Église.