‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 247 sur 401 · GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION

Suivant les formules habituelles des constitutions, tous les Brésiliens sont reconnus égaux devant la loi et nul ne peut être obligé à faire ou à ne pas faire quoi que ce soit, sinon en vertu du code. Le droit d'association, la pleine liberté de la parole et de la presse sont reconnus, sauf en cas d’anonymat. L1 correspondance est inviolable. Chaque citoyen peut avoir accès à tout: rrofession. La République ignore les anciens privilèges de noblesse, supprime tous les ordres et honneurs institués par la monarchie, abolit tous les titres nobiliaires ; néanmoins, en peu de contrées rencontre-t-on plus de barons, de vicomtes et de marquis, sans compter les conseillers et les docteurs. L'ancien régime était prodigue de blasons envers les amis sincères, plus encore, dit-on, envers les adversaires réconciliables, et depuis la chute de l’empire les uns et les autres ont gardé, sinon l'allégeance aux princes tombés, du moins les qualifica-

J, P, Favilla Nunes, Recenseamento do Estado do Rio de Janeiro.

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lions sonores qu'ils devaient à leur faveur, L'abolition officielle des titres de noblesse se complète par l'interdiction aux citoyens de se laisser anoblir ou décorer par une puissance étrangère, sous peine d'être déchu des droits politiques.

Sont tenus pour citoyens, avec les Brésiliens natifs, tous les fils de Brésiliens et tous les fils illégitimes de mères brésiliennes, nés à l'étranger, quand ils établissent leur domicile sur le territoire de la République, ou bien quand ils la servent dans un autre pays. En outre, les étrangers qui possèdent des immeubles dans la contrée, ceux qui sont mariés à des Brésiliennes ou qui ont des enfants au Brésil, acquièrent de droit la nationalité, à moins qu'ils ne manifestent formellement l'intention contraire. Un des premiers actes de la révolution fut de déclarer Brésiliens tous les habitants d'origine étrangère qui, dans l’espace de six mois, n'auraient pas revendiqué en termes précis leur nationalité première, C'était la solution du conflit qui, à propos de l'immigration, avait durant tant d'années entre-heurté les partis politiques. Rien n'était plus contradictoire, en eflet, que la situation faite aux étrangers encore après le milieu du siècle : on les invitait par de pressants appels, on payait leur voyage, on leur donnait des lots de terre, parfois même on leur faisait des avances en argent et en cheptel, mais on leur refusait la citoyenneté brésilienne; conviés comme l'espoir du pays, ils en restaient à certains égards les parias' : avant 1863, le mariage leur était interdit; en 1881 aucun n'avait encore siégé dans les assemblées provinciales, même dans le Rio Grande do Sul, dont ils dirigeaient le commerce et l’industrie.

Électeurs pour les législatures de chaque État et pour celles de la République sont tous les citoyens âgés de vingt et un ans, à condition toutefois qu'ils ne vivent pas de mendicité, qu'ils sachent lire et écrire, et n’exercent pas un métier incompatible avec la liberté d'opinion : ainsi les soldats sont privés du droit de vote, à l'exception des élèves militaires d'enseignement supérieur ; de même les religieux appartenant à des communautés sujettes au vœu d’obéissance perdent le suffrage. Tous ceux qui allèguent un motif de foi pour s’exempter de quelque charge imposée par la loi aux autres citoyens se déclarent par cela même inaptes aux droits civiques. Malgré l'importance capitale que la constitution attache à l’exercice du suffrage, origine officielle des pouvoirs publics, l'habitude de voter n'entre pas dans les mœurs : l'abstention des comices est presque générale ; à Rio on a vu quelques milliers d'individus

1 A, d'Escragnolle-Taunay, À Nacionalisaçào.

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prendre part au vote, tandis que près de cent mille électeurs auraient pu se presser devant les urnes.

La République fédérative a été proclamée, et cependant, par une bizarre inconséquence, le peuple n'a pas été consulté pour savoir quels devaient être les groupes constituant la fédération. On se borna à changer les noms des circonscriptions de l'empire : de provinces elles devinrent États, quoique les divisions soient défectueuses à tous égards et ne correspondent nullement à celles qui se seraient formées par la volonté spontanée des populations. Sans parler de l’Amazonie et du Matto Grosso, qui sont en réalité non des États, mais des territoires d: peuplement futur, l'énorme Bahia a pour voisines les deux anciennes provinces d’Alagôas et de Sergipe, de dimensions sept et onze fois moins considérables. Autre anomalie : Minas Geraes, l'État le plus populeux de la République, est un de ceux qui n'ont pas d’issue naturelle vers l'Océan ; les fleuves qui y prennent naissance sont tous interrompus de cataractes séparant le cours navigable d'en haut et celui d'en bas, dans les États limitrophes. D'ailleurs on peut supposer que les frontières interprovinciales, encore flottantes en maints endroits, seront modifiées, Peut-être même de nouveaux groupes se constitueront-ils en changeant l'équilibre politique actuel. Mais il parait étonnant que dans une nation unie par le lien fédéral, on interroge les anciennes décisions royales, et non le vœu des habitants, pour répartir les populations en corps distincts et autonomes.

Chacun des vingt États a ses deux chambres et son président; chacun édicte des lois spéciales, subordonnées aux principes de la constitution des États-Unis du Brésil. Les saines et les terres non concédées appartiennent à la nation, excepté celles qui seraient indispensables à l’Union pour la défense des frontières ou la construction de routes stratégiques et de lignes ferrées d'intérêt général. Deux États limitrophes peuvent conclure entre eux des conventions particulières n'ayant aucun caractère politique ; mais il leur est interdit de faire la guerre contre d’avtres États, de refuser la monnaie ou le papier-monnaie reconnu par l’Union, de repousser les actes législatifs, administratifs ou judiciaires proclamés pour l'ensemble de la République. Vis-à-vis des nations étrangères, les vingt États n'en font qu'un seul.

La Chambre des députés, qui se réunit actuellement à Rio de Janeiro, en attendant la fondation de la capitale future, désignée sur les plateaux du Goyaz, se compose de représentants du. peuple, élus au nombre d'au moins quatre par chacun des États et par le municipe neutre de la République : soixante-dix mille habitants, tel est le chiffre de la population

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auquel correspond un élu du suffrage populaire. De même qu'aux États- Unis de l'Amérique du Nord, qui ont servi de modèle aux législateurs des États-Unis du Brésil, la Chambre des députés correspond numériquement à la force respective des États, mesurée par la population, tandis que le Sénat représente les États comme égaux en droit, sans égard au nombre

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