‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 25 sur 401 · GUYANE ANGLAISE, BARTICA, GEORGETOWN · texte numérisé non relu

GUYANE ANGLAISE, BARTICA, GEORGETOWN

d'or espacées à l'ouest sur les rives du Barima. Depuis 1887 Bartica s'accroît rapidement et tend à devenir le vrai centre commercial de la colonie : Chinois et Portugais se sont empressés d'y ouvrir boutique'. A quelques kilomètres à l’ouest, sur une colline qui se dresse au-dessus de la rive gauche du Mazaruni-Cuyuni, à peu de distance en amont du confluent, se montrent les vastes constructions de la colonie pénitentiaire (penal settlement) établie en 1845 et renfermant environ trois cents forçats. Autour des prisons, où ne sont point enfermés d’Anglais, de peur que le prestige des dominateurs n’en soit affaibli, s'étend un parc magnifique fermé des plus beaux arbres, d'espèces rares : le palais du gouverneur général, les maisons des dignitaires et des employés, toutes les constructions sont environnés d’ombrages. Les condamnés travaillent

pour la plupart à l’exploitation de carrières voisines, qui fournissent à

Georgetown le granit nécessaire pour ses édifices et ses quais; d’autres, jouissant d’une demi-liberté, reçoivent l'autorisation de prendre service comme meuniers, bûcherons ou jardiniers. Un bateau à vapeur fait des voyages réguliers entre Georgetown et l'établissement pénal, mais la principale escale se trouve à Bartica.

En aval du confluent, le fleuve élargit son estuaire, d’abord en un seul lit de plusieurs kilomètres entre les rives, puis forme de nombreux chenaux dans un archipel d’iles, presque toutes habitées. L'une d'elles, située à © kilomètres de la mer, porte encore les ruines imposantes du fort Zeelandia, que les Hollandais avaient fondé en 1745 et qui fut le centre du commerce et le chef-lieu de leur colonie. Chaque ilot s'arrondit en un dôme superbe de végétation, et un cercle de verdure limite la vue. Des plantations entourées de grands arbres occupent les îles principales, et les cultures bordent l'estuaire, au nord-ouest vers le Pomerun, au nordest vers la capitale actuelle, Georgetown, et l'embouchure du Demerara.

L'ancienne ville hollandaise de Stabroek qui, en 1774, succéda à Port Leelandia comme résidence du gouverneur, à pris de l'importance depuis qu'elle est devenue, sous le nom de Georgetown, la capitale de la Guyane britannique. Cité la plus populeuse de toute la contrée comprise entre l'Orénoque et l’Amazone, elle renferme à elle seule deux fois plus d'habilants que toute la Guyane française. Pourtant, vue du large, elle échappe presque au regard : on dirait une forêt touffue dominée par les hampes des cocotiers et des oreodoxa; 1! faut se rapprocher pour voir les navires qui se pressent dans le large esuaire du Demerara et les élégantes mai-

! Verschuur, Tour du Monde, juillet 1893.

sons blanches qui bordent la rive droite du fleuve. Georgetown, peuplée surtout de noirs et de gens de couleur, se prolonge à plus de 2 kilomètres sur la berge fluviale, entre le fort William Frederick, érigé à l'embouchure, et les groupes de villas parsemés au loin dans la campagne. Mème dans le voisinage des rues les plus affairées et des quais où s'entreposent presque toutes les marchandises des Guyanes, les maisons, entourées de varandes fleuries, se cachent dans les jardins, et chacune possède une

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Cette voie ferrée de 37 kilomètres, la première qui ait été construite dans l'Amérique méridionale, dès l’année 1850, est encore la seule que possède la Guyane britannique : elle doit se prolonger vers Berbice. C’est à Mahaica que se trouve la léproserie de la Guyane britannique, contenant environ 200 malades.

Dans son district oriental, le territoire n’a qu’une ville, occupant une situation analogue à celle de Georgetown. New Amsterdam, appelée aussi Berbice comme la rivière sur la rive droite de laquelle s’alignent ses maisons, est également d’origine hollandaise, ainsi qu’en témoignent les nombreux canaux découpant ses quartiers : les premières constructions s’y élevèrent en 1796, et le commerce local n’a pas encore détruit l'aspect primitif de la ville, avec ses canaux mystérieux, ses places ombreuses, ses maisonnettes cachées dans la verdure ‘.

De même que dans tous les autres pays cultivés par des mains esclaves, le travail, accompli par des hommes sans initiative, surveillé par des commandeurs armés du fouet ou du bâton, ne comportait pas dans la

Guyane britannique la culture de plantes variées : il fallait procéder par

de simples méthodes à routine corstante. Les produits de la canne à sucre, cassonade, rhum, mélasse, le coton et le café, tels étaient les seuls objets d'exportation. De nos jours encore, malgré l'abolition de l'esclavage, on observe les anciens errements agricoles, car la forme de la propriété, toujours divisée en grands domaines, n’a point changé, et les escouades de noirs asservis sont remplacées par des Hindous engagés, auxquels on ne laisse d’ailleurs aucune liberté dans le travail : un seul domaine, sur la rive gauche du Demerara, comprend 2234 hectares et produit 5500 tonnes de sucre, dues au travail de 5750 coulies et nègres; cependant on à compris qu'il serait imprudent de répartir le reste du territoire à de grands concessionnaires, et pour attirer les cultivateurs on essaye de constituer la petite propriété en n'accordant plus que des lots de 20 heclares aux nouveaux colons”.

Comme aux temps de l'esclavage, la canne à sucre est la récolte par excellence, occupant la moitié des terrains cultivés et représentant en

! Superficie et population de la Guyane britannique évaluées approximativement en 1895 : 250 000 kilomètres carrés; 292 000 habitants; 1,2 hab. par kil. carré, Villes avec leur population approximative en 1893 :

Georgetown et ses faubourgs. . . . . 56000 habitants. New Amsterdam... . . . . . . 9000 »

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moyenne plus des neuf dixièmes des produits exportés. La fertilité du sol, les facilités de culture et d’exploitation, l’excellence des sucres, ont permis aux planteurs démérariens de soutenir la concurrence des sucriers curopéens. Mais pour maintenir leur situation privilégiée ils ne reculent devant aucune dépense. Utilisant la zone côtière primitivement émergée, ils ont empiété sur la mer par la construction de digues fort coûteuses, qui servent en même temps de chemins; ils ont découpé le terrain par un réseau de canaux et de fossés pour le transport des cannes et pour l'égouttement du sol; des engrais chimiques renouvellent la force des terres, et les usines, éclairées à l'électricité, renferment des appareils d'un fonctionnement savant et délicat pour la cristallation du jus de canne : la plante, contenant en moyenne 17 pour 100 de sucre’, ils en retirent jusqu’à 16 pour 100, tandis qu’autrefois, suivant les anciennes méthodes de broyage, ils en extrayaient au plus la moitié. Les Demerara cryslals atteignent sur les marchés anglais des prix très supérieurs à ceux de tous les autres sucres de canne. En outre, on les expédie dans les colonies anglaises, dans la Nouvelle-Écosse, à Terre-Neuve, et, malgré les droits protecteurs, ils disputent aux sucres de la Louisiane et de Cuba les marchés des États-Unis. Le rhum de Demerara, de qualité très inférieure à celui de la Jamaïque, s’exporte surtout dans la Grande- Bretagne, et les mélasses de Georgetown sont fort appréciées dans les Antilles françaises.

Les caféteries de Berbice, qui produisaient jadis une variété renommée, ont été remplacées presque toutes par des sucreries, et l’on ne trouve plus guère de cafiers que dans les jardins et les petites exploitations des nègres. Après le sucre, la principale production de la Guyane britannique est le bois de charpente, que des Partamona et des Calina, frères des Galibi du Maroni, coupent sur les bords de l’Essequibo, en amont de Bartica, et sur les autres fleuves de la colonie, au sud des plantations. Le commerce des fruits, noix de coco et bananes, a pris une certaine importance, et, malgré l'éloignement, pourrait rivaliser avec celui qui se fait entre l'Amérique Centrale et les États-Unis; les fruits guyanais, sur-

1 Étendue des terrains à sucre de la Guyane britannique, en 1890 : 32000 hectares, soit ln 800° partie du territoire et 96 pour 100 des cultures.

Nombre des sucreries en 1890, . . . . . . 95 Récolte du sucre » Te 117 204 hogsheads ou 105 483 tonnes. Valeur en 1891 : 41 318 595 francs.

Fabrication du rhum... . ., . . . CET » 6674150 » » des mélasses, , . . : ) 1106795 »

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tout les bananes, ayant une finesse de goût au moins égale à celle des fruits des Antilles, du Costa Rica et du Guatemala. Dans l'ensemble, la Guyane britannique exporte une moyenne d'environ 200 millions de francs, en sucre et autres produits de la canne, en bois et en fruits, et depuis quelques années en pépites, poudre d'or et petits diemants, que l’on recueille sur les bords du Barima, du Cuyuni et dans les alluvions des rivières littorales du Nord-Ouest". Le pays importe des vivres, des machines et appareils, des étoffes et des objets manufacturés, fournis en premier lieu par l'Angleterre, puis par les États-Unis’. Des paquebots à service régulier rattachent Georgetown à la Grande-Bretagne, aux Antilles, au Canada.

Jusqu'en l’année 1851, Demerara et Berbice constituaient deux gouvernements coloniaux distinets, comme sous le régime hollandais. La plupart des lois et anciens règlements furent maintenus : il en reste des traces nombreuses. Le pouvoir politique se trouve presque entièrement entre les mains du gouverneur, représentant de la reine. Il est aidé dans ses fonctions par une « cour politique », court of policy, composée des cinq principaux fonctionnaires de la colonie et de cinq membres choisis par la cour sur les deux personnes que présentent les notables, — 2046 en 1895, — constitués en collèges électoraux. La législation et le pouvoir exécutif

appartiennent également au gouverneur et à sa cour politique; mais pour la fixation des impôts le gouverneur doit s’adjoindre six représentants financiers, formant avec les autres membres du gouvernement une « cour combinée ». La loi civile hollandaise, modifiée par divers décrets et ordonnances, régit toujours la colonie, mais la loi criminelle, sans bénéfice du jury, est d'importation anglaise. L'usage des poids et mesures « rhénans », abandonnés même en Hollande, est encore légal sur les bords

! Production de l'or déclarée dans la Guyane britannique :

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? Commerce de la Guyane britannique en 1891 : Importation, . . . . . . . . . . 42 694 250 francs. Exportation DCE NU 65915850 »

Ensemble... . . . . . . . . . 106008 100 francs.

Exportation du sucre : 49 349 400 francs, dont 30 512 950 en Angleterre. Mouvement total de la navigation en 1891 : 646 366 tonnes. Flotte commerciale de la Guyane britannique en 1887 :

141 embarcations, d'une capacité de 6 625 tonnes.

du Demerara. La police comprend quelques centaines d'hommes, et k garnison militaire se compose d'environ 300 soldats, fournis par les « régiments noirs » de l'Inde occidentale. L'Église nationale, Church 0 England, formant un évèêché, subdivisé en rectorats et en cures, possède un budget fourni par le gouvernement anglais, comme ceux de l'Église presbytérienne et de l’Église catholique. En 1891, la population scolaire de la colonie s'élevait à 58067 enfants, environ la neuvième du nombre des habitants. Le budget annuel se maintient en équilibre".

La colonie se divise en quatre districts administratifs ou comtés : Nord- Ouest, Essequibo, Demerara et Berbice.

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Les premiers colonisateurs de la Guyane anglaise cultivèrent leur beaux domaines au profit de leurs rivaux. Ce qu’ils ont gardé de leurs possessions anciennes est bien moindre en valeur que ce qu’ils ont perdu. Suriname, — tel est le nom que les Hollandais donnent à leur Guyane, — n'a guère que le sixième de la population qui se groupe actuellement autour de Demerara, dans les possessions anglaises, et son commerce représente à peine le cinquième des échanges faits par sa voisine. La crise économique produite par l'abolition de l'esclavage, en 1863, entraim la ruine de plantations nombreuses; de vastes étendues cultivées firent retour à la solitude des forêts et des savanes. La population même diminua par l’émigration. Un lent progrès ne recommença qu'après plusieurs années de décadence. Actuellement le nombre des habitants s’accroit, grâce à l'arrivée de quelques coulis hindous. Les planteurs reprennent possession du sol, mais en général par d’autres cultures que celles de leurs prédécesseurs.

De mème que dans la Guyane britannique, la zone habitée ne constitue qu'une très faible partie du territoire : elle comprend la région littorale entre la rangée extérieure des palétuviers et les savanes de l'intérieur: mais cette lisière cultivée présente de nombreuses lacunes, occupées par des brousses et des marécages. Le district le plus occidental, celui de Nickerie, situé à l'est du Corentyne et de son estuaire, n’a qu'une popu-

12 100 000 francs.

Budget de la Guyane britannique en 1890.

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