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FLEUVES ET RIVIÈRES DU PARAGUAY

sortir des montagnes, une superbe cascade découverte en 1879 par des yerbateros ou chercheurs de maté; un des tributaires, le Capiguary, reçoit également les embarcations ou chatas d’un tirant d’eau de 60 cenlimètres'. D’autres petites rivières descendent de l’intérieur, entre autres le Salado, où s'écoule un flot saumâtre pris dans le lac Ypacaray, — en guarani le « Font d'Eau sainte », — bassin qui remplit une longue vallée, à la base méridionale de la cordillera de los Altos; sa plus grande profondeur ne dépasse pas 7 mètres. Dans la partie méridionale du Paraguay, l’affluent le plus considérable, le Tibicuary, décrit d'énormes détours et traverse des plaines marécageuses, lacustres autrefois : il en reste encore un bassin, la lagune Ipoa, vaste étendue d’eau douce où les oiseaux aquatiques gîtent par myriades entre les roseaux.

Le grand fleuve du versant occidental est ce Pilcomayo, — Piscü-Mayt ou « Rivière des Oiseaux, » — dont tant de voyageurs ont essayé en vain de forcer le courant. Dès l'année 1721, le missionnaire jésuite Gabriel Patiño, accompagné de soixante-dix autres personnes, prêtres, soldats espagnols et guarani, aurait remonté le fleuve à la distance de 364 « lieues », c'est-à-dire d'environ 1800 kilomètres (?), en amont du confluent; mais, attaqué par les Indiens Toba, il avait dû rétrograder avant d'atteindre la Bolivie. Vingt années après, un autre prêtre jésuite, Castañares, navigua sur le fleuve pendant 83 jours, mais sans réussir à gagner la Bolivie, et dans un deuxième voyage il fut massacré par les Indiens. Du moins ces diverses tentatives pouvaient-elles donner espoir, et, plus d’un siècle après, le gouvernement bolivien, qui possède la région des sources du Pileomayo et qui a le plus d’intérèt à l’ouverture de cette voie navigable vers le monde extérieur, organisa, sous les ordres du général Margariños, une expédition qui, cette fois, devait commencer par le voyage de descente. Elle partit de las Juntas, c'est-à-dire du « confluent » où se réunissent les deux rivières maîtresses ; mais à une faible distance en aval les barques se trouvaient arrêtées déjà par le manque d’eau. L'année suivante, une nouvelle bande d’explorateurs, pourvue d’un meilleur outillage, poussa plus avant; mais l'eau diminuait à mesure qu'on se rapprochait du but; il fallut d’abord abandonner les canots, puis les pirogues indiennes, et cheminer à pied le long des chenaux à demi taris et des lagunes ; enfin, à une distance inconnue du fleuve Paraguay, les voyageurs durent rebrousser chemin, n'ayant d’autres vivres qu’un rare gibier, des poissons et les racines d'une plante à fécule.

! Hugo Tôppen, Hundert Tage in Paraguay.

En 1882, Crevaux, qui dans ses périlleux voyages sur les rivières de la Guyane et sur les fleuves du versant amazonien, avait déjà fait de si utiles découvertes, voulut tenter l'exploration du Pileomayo, en descendant le cours fluvial; mais à moitié route il fut massacré avec presque tous ses compagnons par les Toba, ces redoutables Indiens qui avaient déjà forcé Patiño à la retraite et tué Castañares. Ce malheureux événement fit surgir de nombreux émules, cherchant à continuer son œuvre et à venger sa mort. Fontana, délégué par le gouvernement argentin, fit une reconnaissance sur le Pilcomayo moyen dans le pays des Toba; Feilberg remonta le courant sur un espace de 255 kilomètres jusqu'à des rapides qu'il ne put forcer; Thouar et Campos refirent le voyage de Crevaux et dépassèrent le point qu'avait atteint leur devancier, puis gagnèrent le Paraguay en traversant la plaine; en 1885, en 1886, Thouar entreprit de nouveaux voyages, mais sans réussir à suivre le cours fluvial par une navigation

continue. John Page, fils de l'explorateur du Paraguay, mourut à la peine en 1890, après neuf mois de voyage sur le Pilcomayo, et dans la même année Olaf Storm, franchissant les rapides à la montée du courant, finit par s'égarer au milieu d’une mer d'herbes flottantes. À la sortie de la Bolivie, le fleuve roule assez d'eau pour porter des embarcations de commerce ; les navires pénètrent également dans son lit inférieur, mais vers

le milieu de son cours il s'étale dans la plaine horizontale, impuissant à

se creuser un lit ou déplaçant ses coulées de saison en saison. En 1844, : l'expédition de Margariños dut s'arrêter dans une campagne sablonneuse is où le courant, endigué par des amas de trones d'arbres qu'il n'avait pu déblayer, se divisait en une soixantaine de coulées à la pente incertaine; en suivant à pied une de ces nappes d'écoulement, il la vit même se perdre dans le sol : en cet endroit le fleuve avait disparu. D'autres voyageurs, venus après Margariños, décrivent autrement les diramations du Pilcomayo : chaque erue, chaque apport de troncs d'arbres modifie le courant et le nombre de ses rameaux. Lors des crues, toute cette | région est un immense bañado, une terre « noyée », où flottent des îles d'herbes et de feuillages. En aval, la pente devient plus sensible, et de

distance en distance l'eau glisse en plan incliné, non sur des banes de rochers, mais sur des couches de tosca, argile blanche d’une grande cohésion, probablement salines, car le Pilecomayo verse au Paraguay des

eaux saumäâtres, On à cru longtemps que ses bouches avaient fréquemment changé, mais il se peut que des coulées latérales, des fausses rivières et des bayous

aient été considérés à tort comme des bras du Pilcomayo. La bouche

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