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VUE PRISE SUR LE PILCOMAYO

par M. Ch. Cadiot.

Dessin de G. Vui

PILCOMAYO. 15

actuelle rejoint le fleuve majeur à 5 kilomètres en aval d’Asuncion, vis-àvis du promontoire de Lambaré : en 1721, lors de l'exploration du missionnaire Patiño, son bras principal se serait trouvé à la distance de « neuf lieues », soit environ 45 kilomètres. Le rio Confuso, qui s'unit au Paraguay à 55 kilomètres en amont d'Asuncion, est un courant distinct, ainsi qu'en témoigne son eau beaucoup plus saline que celle du Pilcomayo; mais il se peut que, dans les grandes inondations, il communique par les baña-

N° 116, —— PILCOMAYO.

Quest de Paris

C Perron’ 150 kil.

dos avec le fleuve voisin. Quant à l’Araguay-Guazü, que Fernandez, mis sur la voie par un passage du livre d’Azara, explora en 1886 jusqu'à 150 kilomètres de son confluent, il efflue probablement du Pilcomaÿo vers le milieu de son cours‘. Les deux cours d’eau ont même aspect, même température, même degré de faible salinité : le nom d’Araguay ou Araaquay guazü a été également appliqué par les indigènes au Pilcomayo proprement dit.

Dans son cours inférieur, en aval du Tibicuary, le Paraguay reçoit

1 Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1881.

encore, sur sa rive droite, la rivière platéenne Bermejo, dont les eaux rouges coulent longtemps à côté du flot blanchâtre sans se mélanger, puis il se déploie en deux grands méandres, dont l'un, celui d'Humaita, longe la berge, haute de 6 mètres, où se dressaient naguère les formidables batteries paraguayennes : en 1858, une inondation, passant par-dessus les remparts, renversa une partie des canons dans la vase. De légères ondulations du sol fixent en cet endroit le courant fluvial, qui va s'unir à celui du Paranä par trois passes, — las Tres Bocas, — de forme changeante et de largeur inégale. À l'époque de la guerre, la principale voie, celle du milieu, d'environ 250 mètres, ne semblait être qu'un faible affluent du Paranä, vrai lac ayant 6 kilomètres de rive à rive. La bouche orientale, étroit bayou, rejoignait le Paranä en amont, près du passage historique dit jadis paso del Rey et maintenant paso de la Patria. La troisième bouche, celle de l'ouest, entoure une longue île, del Atajo, que signale de loin un cerrito ou morne de 16 mètres en hauteur, et qui dès avant la guerre appartenait à la république Argentine, D'ailleurs, sous le régime colonial, toutes les terres basses qui s'étendent au pied des collines du Paraguay dépendaient de la ville de Corrientes, comme région vague où les pasteurs pouvaient introduire des bestiaux pendant la saison sèche, mais sans établir aucune habitation permanente. La zone de plus de 200 kilomètres en largeur qui se prolonge des deux côtés du Paranä et où s'entremélent les eaux de marais sans profondeur, fut certainement la cuvette d'une mer intérieure où s'unissaient les deux grands fleuves, s’'épanchant alors au sud par un double versant, le bas Parani et l'Uruguay, dans l'estuaire de la Plata, Après le dessèchement de cette mer, les fleuves vaguèrent longtemps à la recherche d'un lit définitif, et certains marécages de la « mésopotamie » inférieure du Paraguay ont encore la forme serpentine de courants débordés.

La ligne du tropique méridional traverse la République dans la partie presque inhabitée du territoire : le Paragony papuleux se trouve en entier dans la zone tempérée, où les alt des saisons s font déjà sentir comme dans l'Europe occidentale ; ndant les indig, ses ne connaissent guère que le contraste de l'hiver et de l'été. La transition est brusque et le printemps se remarque à peine, parce que la plupart des arbres gardent leur verdure en hiver : la sécheresse, beaucoup plus que le froid, fait tomber les feuilles; en hiver mûrissent les oranges, fruit par excellence des jardins du Paraguay. Les extrêmes de la température vont

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