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INDIENS DU PARAGUAY

métissée des Indiens de langue espagnole qui habitent le Paraguay, on se demande quels sont les descendants des Guayeurü et ceux des fameux Abipon, au milieu desquels résida vingt ans le missionnaire Dobrizhoffer. Cantonnés dans la partie méridionale de la contrée, près du territoire des Missions, ils étaient naguère représentés par quelques familles, près de Santa Fé. Même à l'état libre, ils étaient un peu hispanifiés par le sang, puisque dans leurs incursions ils épargnaient toujours les femmes et les enfants, les ramenaient avec eux et les adoptaient dans leur nation. Encore au milieu du sièele dernier, les Abipon occupaient un territoire immense dans le sud du Paraguay actuel et de l’autre côté du Paranä, aussi bien qu'à l’ouest, dans les étendues du Chaco. Ils étaient néanmoins peu nombreux, à peine un millier de combattants; mais vers 1640, quand ils eurent appris à dompter le cheval, que les Espagnols avaient introduit dans la pampa, ils prirent l'habitude de parcourir le pays, à des centaines et même à plus d'un millier de kilomètres, pour se ruer à l'attaque et à la dévastation des colonies d'envahisseurs. Des villes construites à cette époque furent détruites et n'ont pas été rebâties. On évalue à plus de cent mille chevaux le nombre de bêtes que les Abipon, alliés aux Mocovi, capturèrent sur les Espagnols en cinquante années. En vain les missionnaires leur reprochaient ces habitudes de pillage : « La terre est à nous, disaient-ils, et tout ce qu’elle produit nous appartient ! » Ces terribles hommes de guerre n'avaient point de chefs proprement dits. Celui qui les conduisait au combat était un de leurs égaux, dont la force, l'énergie ou l'adresse leur inspirait confiance, mais qui ne jouissait d'aucun privilège après les combats et qu'ils remplaçaient à la première occasion. Ils vivaient au grand air, s’abrilant à peine de quelques branches, et tournaient en dérision les Espagnols, « confinés dans leurs maisons comme des escargots dans leurs coquilles ». Leur vertu première était le courage et ils chassaient volontiers le tigre, dont ils mangeaient la chair afin de s’en assimiler la force ; mais ils dédaignaient la viande des animaux pacifiques, volailles, moutons, tortues. Ils croyaient fermement à la métempsycose et disaient que les âmes des méchants et des Jâches passent dans le corps des bêtes venimeuses et rampantes'. Quant à eux, ils devenaient les compagnons des sarcelles qu'ils voyaient planer en bandes dans le ciel et qui le soir les appelaient de leurs cris. Les échos lointains, le murmure du feuillage dans la forêt leur semblaient les voix des aïeux. Leur grandpère, affirmaient-ils, était la constellation des Pléiades : ils s’attristaient

! Charlevoix, l'Histoire du Paraguay.

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quand un nuage passait devant ces étoiles, et se réjouissaient quand elles rayonnaient à nouveau; leur fête nationale coïncidait avec le retour annuel de ces astres sur l'horizon. Si braves contre les hommes, les Abipon ceraignaient fort les mauvais génies et cherehaient à ruser avec eux. Quand ils avaient tué un ennemi par surprise, ils ne manquaient jamais de lui ouvrir le ventre et d'y enfoncer la main du cadavre pour dérouter les esprits et leur faire croire à un suicide. Ils arrachaient la langue et le cœur aux morts de leur nation et les donnaient à manger aux chiens, afin de faire périr le meurtrier présumé. C'est aussi par crainte des influences mauvaises que les femmes des Abipon se gardaient avec horreur d'allaiter les enfants d'autres mères, tandis qu’elles n'avaient aucune répugnance à donner le sein aux petits animaux. Même après leur conversion, les fiers Abipon gardaient devant les missionnaires jésuites leur attitude d'hommes libres : avant de mourir ils se faisaient revêtir de leur costume guerrier pour entrer fièrement dans lautre monde, et les survivants se refusaient à enterrer les défunts dans les églises : il leur fallait l'air libre, même après la mort. On dit que la nation des Abipon, convertie vers le milieu du dix-huitième siècle, s'acerut rapidement par la suppression des pratiques d’avortement et d’infanticide, ainsi que par la cessation des guerres"; mais, soit par les croisements, soit par maladies ou autres causes, la nation n'existe plus.

Les anciens alliés des Abipon, et peut-être leurs parents, les Toba, subsistent encore et sont même une nation puissante, qui, loin d'avoir été refoulée par les blanes, à gardé l'offensive. Maintes fois les Toba ont attaqué les colonies paraguayennes et argentines du Chaco, et l'on sait, par le désastre d'expéditions nombreuses, entre autres celle de Crevaux, combien il est dangereux de s'aventurer sur leur territoire. Is parcourent dans le Chaco les deux bords du Pileomayo, jusqu'à une grande distance au nord et au sud de ce fleuve, et de l’est à l’ouest on les a rencontrés du pied des avant-monts andins jusqu'au fleuve Paraguay. Les Toba sont de grande taille, de 1,65 à 1°,82, d'après Fontana. Ils ont la peau très dure, « comme celle d'un taureau” », et ne prennent de sandales que pour marcher dans les épines; même ils s'en passent à l’occasion, tant la plante de leurs pieds a pris une consistance cornée. La nature marécageuse du sol leur a donné une démarche bizarre : ils lèvent le pied verticalement jusqu'à la hauteur du genou avant de le porter en avant; ils ont gardé

1 Dobrizhoffer, Historia de Abiponibus.

£ Cortes, Bolivia.

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