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URUGUAY

L'Uruguay, la plus petite république sud-amérieaine, est souvent désigné sous le nom de « Banda Oriental », qui témoigne déjà de l'état de dépendance historique où il se trouve relativement à l'Argentine : cette expression de Bande Orientale n'est vraie que pour les habitants de « la Bande Occidentale », c'est-à-dire pour les gens de Buenos Aires et de la mésopotamie Argentine. Sous le régime colonial, le territoire qui devint l'État de l'Uruguay faisait en effet partie des possessions espagnoles, el même après que l'indépendance eut été proclamée, jusqu'en 1815, il fut l'une des provinces de la confédération platéenne. Mais si les riverains de la rive droite de la Plata regardaient la « Bande » de la rive gauche comme appartenant à la même région naturelle et devant constituer un même État, d'autre part les Portugais, et leurs héritiers les Brésiliens, voyaient aussi dans cette région péninsulaire que limitent l'Océan, l'esluaire de la Plata et le fleuve Uruguay, l’appendice nécessaire de leur domaine immense. Aussi le poste de Colonia, situé en face de Buenos Aires, fut-il énergiquement disputé à Le fin du dix-septième et au dixhuitième siècle entre les deux voisins, ?t c’est afin de pouvoir prendre les Portugais à revers que les Espagnols fondèrent en 1724 la ville de Montevideo, devenue depuis la capitale de l'Uruguay.

Mais en 1821 les Brésiliens, profitant des troubles de la république platéenne, réussirent à s'annexer l'Uruguay, dont ils firent la province Cisplatine, et pendant six années ils restèrent maîtres de la contrée, possesseurs de tout le littoral entre l’Amazone et la Plata, les deux grands leuves du continent. Pendant une nouvelle période de trois années, l'Uru-

guay fit encore partie de la confédération Argentine, et quand il se fut affranchi de nouveau, il devint le théâtre de la « grande guerre », qui dura seize années, de 1856 à 1852, et après laquelle le pays dévasté n'était plus qu'une vaste solitude. Durant la latte des alliés contre le Paraguay, le petit État de l'estuaire ne garda son autonomie que par une fiction politique, puisqu'il dut recevoir le président que lui amenaient les Brésiliens vainqueurs. S'il reste constitué en république indépendante, il le doit à la rivalité des grands États voisins ; chaque événement qui s'accomplit de l'autre côté des frontières se répereute aussitôt dans le pays intermédiaire. L'Uruguay a dû malgré lui prendre part, activement ou passivement, à toutes les guerres civiles qui secouent la république Argentine et le Rio Grande do Sul. Cependant, malgré cet équilibre instable, le pays à beaucoup progressé depuis la grande guerre. La population à plus que décuplé pendant ce sièele, tandis que la valeur totale des produits s'accroissait dans une proportion plus forte encore, car peu de contrées sont plus favorisées par la nature : elle à tous les avantages du sol, du climat, de la position commerciale.

Regardant de trois eôtés sur les eaux, mer, estuaire et fleuve, l'Urugnay est bien délimité par les traités sur sa frontière septentrionale, à l'est par la petite rivière Chuy, la Lagôa Mirim et le Jaguarño, à l'ouest par la rivière Quaraim. Enfermé dans ces limites, le pays serait facile à explorer dans son entier, et on le connaît en effet d’une manière générale, puisque des plantations et des villages se sont établis dans toutes les parties du territoire : mais le relief du sol et les positions respectives des lieux n’ont pas encore été étudiés avec une précision suffisante, Les champs ont été mesurés de l’une à l'autre extrémité de la République, toutefois la contrée n'a pas encore une carte digne de ce nom",

Les hauteurs de la Bande Orientale, qui ne s'élèvent nulle part à plus de 600 mètres d'altitude, appartiennent au même système montagneux que celles du Rio Grande do Sul, On en désigne aussi les erêtes sous le nom de cuchillas, quoiqu'elles n'offrent pas d’arêtes aiguës, mais de longues croupes aux pentes adoucies. Les ondulations du sol oceupent la plus grande partie dy territoire et se décomposent en centaines de massifs distinets entre les rivières et les ruisseaux. Des campos, des

{ Superficie el population de l'Üruguay en 1893 : 186920 kil, carrés; 790 000 habitants; # hab. par kil, carré.

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URUGUAY. 507 plaines irrégulières s'étendent au pied de ces collines, qui paraissent hautes par le contraste et dont les pentes supérieures s'élèvent, grises et nues, au-dessus de la zone verdoyante, Quelques rangées se développent en longues chaînes entre les bassins fluviaux : telles la euchilla de Haedo, qui se prolonge au sud-ouest vers Paysandu, et la Cuchilla Grande, qui, s'abaissant par degrés dans la direction du nord au sud, projette dans li mer quelques promontoires rocheux; entre Montevideo et Maldonado le dernier chaînon s'appelle sierra de las Animas, « montagne des Ames ». Dans la partie septentrionale de l'État, les roches consistent principalement en granits et gneiss, et des couches de matières éruplives se sont épandues au-dessus des autres formations, En ces régions du nord se trouvent les gisements aurifères, le plomb, le cuivre et ces agates, ces améthystes qui alimentent les tailleries de pierres précieuses : toutes les pierrailles ou graviers qu'on appelle piedra china ou « pierre chinoise » sur les rives de l'Uruguay, sont d'anciens corps organisés transformés en silice, renfermant souvent des gouttes d'eau, et quelques-uns conservent leur couleur primilive!; on y trouve aussi des cocos de mina, géodes remplies de eristaux qui font parfois explosion : les indigènes disent alors de ces « fruits de terre » qu'ils sont arrivés à maturité”, Le sol des plaines est recouvert de couches argileuses qui se changent en boue sous l'action des pluies, et dans lesquelles on a trouvé en abondance des ossements de mégathériums et autres animaux préhistoriques.

Le courant qui a donné son nom à la République, l'Uruguay, est un puissant fleuve déjà devant la ville de Salto, où il vient de plonger en une cascade qui arrèle, sauf en lemps de fortes crues, la navigation des bateaux à vapeur. Cependant il n’a pas encore complètement égalisé son hit et quelques écueils, les Corralitos où « petits Coraux », rendent la navigation difficile aux gros navires; pendant les basses eaux le flot n'a qu'une épaisseur de 3 mètres au-dessus de l'Hervidero où « Bouillant »; d'après les projets de correction fluviale, on approfondirait à o mètres et demi le chenal de navigation, entre le Salto Grande et l'île de Martin Garcia, et l'on ferait des emprises le long des rives basses où l’on débarque maintenant les marchandises au moyen de charrettes aux roues énormes, En aval, le fleuve garde l'aspect pittoresque de ses rives hautes, de ses collines couvertes de bosquets, de ses brusques détours, aux chan-

geants paysages; mais la profondeur de son chenal en fait déjà un détroit.

1 0. Durant Savoyat, Un peu de Géologie et de Paléontologie. # Dobrizhofter, ouvrage cité.

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