‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 286 sur 401 · CLIMAT, FLORE, FAUNE DE L'URUGUAY · texte numérisé non relu

CLIMAT, FLORE, FAUNE DE L'URUGUAY

pampero : on lui donne alors le nom de su-estada. De grandes pluies l'accompagnent toujours, très souvent des tonnerres et des éclairs conlinus.

Sur le littoral uruguayen, l'air est généralement humide, de 0,87 en moyenne. Aussi les rosées sont-elles fort abondantes, et dès le coucher

du soleil la vapeur d'eau qui se trouve en excès se résout en une petite

pluie excessivement fine, sorte de brouillard invisible dont la présence se révèle bientôt par une couche d'humidité sur les vêtements comme sur le sol. Souvent aussi les pluies tombent en averses. Quoique les jours pluvieux soient très inférieurs en nombre à ceux de l'Europe occidentale, la chute annuelle d'eau dépasse 4 mètre dans l'Uruguay:; mais d'une année à l'autre on observe de grandes différences, presque du simple au double. I n'existe pas de saisons pluvieuses bien marquées : on s'attend aux pluies dans les périodes de transition entre les chaleurs et les froidures. Sur le littoral, la plupart des pluies arrivent en orages, presque toujours très violents, et quelquefois mêlés de grèle*,

L'Uruguay n'a plus la richesse de flore qui persiste dans les parties méridionales du Brésil, du moins jusqu'à la dépression que parcourt le Jacuhy. Les palmiers sauvages, notamment le yataï (cocos yatai), se voient encore sur les rives et dans les îles de l'Uruguay, à côté des taquaras où bambous brésiliens, mais ils ne se montrent plus au sud du Rincon de las Gallinas; la grande forêt se fait rare dans l’intérieur, et ne présente plus cette merveilleuse variété d'essences que l'on remarque dans les selvas et les mattas du Brésil; les lianes ne s'enguirlandent plus aux arbres, l'araucaria des campos a même disparu. Vers le sud s'étendent des plaines rases, sans végétation arborescente, ou dominées, sur quelque renflement du sol, par un ombü solitaire, l'arbre de la pampa platéenne.

La faune de l'Uruguay cesse également d'être brésilienne, pour se rapprocher de la faune argentine. Le singe hurleur, que l'on rencontre encore dans les forêts du haut fleuve, ne se voit plus dans les districts riverains du bas fleuve ; le caïman ne se montre pas davantage dans les estuaires: des serpents à sonnettes vivent jusque dans les vallons rocheux de Minas et de Maldonado. L’autruche sauvage est très rare, mais depuis 1874 on l’a domestiquée en de nombreuses fermes. Les eaux platéennes qui baignent les côtes de la Bande Orientale sont très poissonneuses, et

1 Conditions météorologiques de Montevideo, d'après Martin de Moussy :

Années Le Température & Jours Hauteur d'observ. Latitude. maximale, moyenne. minimale, de pluie. de pluie,

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pendant le blocus de neuf années que subit Montevideo, de 1845 à 1851, les habitants eurent pour nourriture principale le produit de leur pêche, limitée pourtant à l'étroit espace enfermé par l'escadre ennemie‘. Dans les environs de Maldonado, un crabe terrestre, analogue au cancer ruricola de la Jamaïque, se creuse des trous dans le sable sec, loin de la mer el des lagunes.

Lors de l'arrivée des Espagnols dans le bassin de la Plata, la région péninsulaire baignée au sud par le golfe était peuplée de diverses tribus indiennes, que les nouveaux venus voulurent aussitôt dompter pour en faire des esclaves. Ils réussirent auprès de certaines peuplades, peut-être d'origine guarani, qui vivaient sur la rive gauche de l'Uruguay et dans ses iles. Les Yaro, les Bohan, les Chana, se soumirent aux envahisseurs et disparurent bientôt, soit par les croisements, soit par des luttes qu'ils eurent à subir contre les Indiens restés libres. Ceux-ci, les Charrua, étaient parmi les plus beaux des indigènes : plus grands de taille que les Européens, sobres, agiles et forts, remarquables par la finesse de l'ouie et de la vue, toujours graves et d'un sang-froid parfait, ne « se plaignant jamais, même quand on les tuait* », ils étaient aussi d’une superbe vaillance, et les Espagnols ne purent conquérir leur domaine que pas à pas; en lutte avec un pareil ennemi, les étrangers ne se hasardèrent à coloniser le territoire qu’en s’établissant en des campements fortifiés. Les Charrua combattirent d'abord avec la flèche et la massue, puis, lorsque les chevaux se furent propagés dans le pays, ils apprirent vite l'usage de la lance et du lazo, comme les tribus de la pampa. Au milieu du dixhuitième siècle, ils étaient refoulés au nord du rio Negro, mais ils reccvaient un renfort, celui des Indiens Minuan, qui, n'ayant pu se maintenir sur les deux rives du Paranä, venaient de franchir l'Uruguay. « Les Charrua sont quatre cents guerriers, disait Azara, et ils ont coûté plus de sang à l'Espagnol que les nombreuses armées de l'Inca et de Montezuma. » Ils furent définitivement vaincus et faits prisonniers en 1831 : on eut l’indignité d'en vendre quelques-uns à un entrepreneur de cirque ambulant, et le dernier de ces malheureux mourut dans un hôpital de Paris’. Nul doute que le sang des Charrua, comme celui des autres Indiens de la contrée, ne soit entré dans les veines des « Orientaux » de la Plata : le

* Martin de Moussy, ouvrage cité.

3 Felix de Azara, Voyages dans l'Amérique méridionale. 5 Émile Daireaux, Revue des Deux Mondes, 1° nov. 1876.

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