FAUNE DE LA PATAGONIE ET DES MONTAGNES
L'habitant des pampas par excellence est la viscacha (lagostomus trichodactylus), qui rappelle le « chien des prairies » du continent septentrional, e,comme lui, se creuse des cités souterraine : : ins le sol sablonneux. Ce rongeur ressemble à la marmotte, mais n'a pas de sommeil hibernal. Ses trriers, larges de 2 à 20 mètres, suivant l'importance de la famille, sont lisposés en spirale et s’élargissent avec la profondeur. Le jour, on reconnait les viscacheras d’assez loin, l'herbe étant rongée à ras de terre vers l'entrée, tandis qu’au-dessus du terrier elle croît en hautes touffes; mais h nuit, le cavalier doit prendre garde, de peur que sa monture, passant «ur une voûte des galeries cachées, ne se brise les jambes en tombant dans l'édifice effondré'; mais le cheval indien, accoutumé aux expédilions nocturnes, garde sa tête penchée, flairant le sol comme un chien de chasse, et son instinet l'avertit toujours à temps du danger’. Comme dns les prairies des États-Unis, les hiboux et autres oiseaux nocturnes s tiennent fréquemment en sentinelle à l'ouverture des terriers. Les pères, les couleuvres, les araignées venimeuses se glissent dans ces retraites sûres; aussi les voyageurs qui traversent les régions où les viscachas vivent en grand nombre, ne manquent-ils jamais de se munir d'ail, afin d'écarter les serpents par une odeur que tous les Argentins s'accordent à regarder comme un préservatif absolu. D'ailleurs les caravanes ont intérêt à camper à côté des viscacheras, grâce à l'habitude qu'ont les petits animaux d’orner le devant de leurs portes; on y trouve des ossements blanchis, des objets égarés dans la pampa, pièces de vêtement, courroies, souliers et, chose plus importante pour le voyageur, des branches sèches et des racines. Ce sont des fagots tout faits, et le passant n'a qu'à se donner la peine de les allumer pour cuire son repas. Entre le rio Colorado et le rio Negro, l'animal le plus commun est le marra ou «lièvre de Patagonie » (dolichotis patagonica) ; en traversant la brousse, on les voit détaler par vingtaines à droite et à gauche de la piste’. Dans ls régions cultivées de la pampa, le gibier, au lieu de diminuer, comme on aurait pu s’y attendre, a beaucoup augmenté, grâce à la cessation des incendies qui détruisaient autrefois les petits et les nichées*.
Les montagnes ont aussi leur faune. Le chinchilla (callomys), que a belle fourrure expose à une extermination prochaine, n'habite ni ks plaines ni les sommets neigeux et ne descend pas des Andes dans les
! Martin de Moussy, ouvrage cité,
? W. H, Hudson, The Naturalist in la Plata.
* Càrlos Burmeister, Anales del Museo de Buenos Aires.
* Alexis Peyret, Une Visite aux colonies de la République Argentine.
régions patagoniennes. Le huanaco se rencontre au contraire dans les | hautes Andes argentines, et, sous les latitudes australes, descend dans les étendues pierreuses de la Patagonie jusqu'au bord de l'Atlantique, Les chasseurs ont exterminé le huanaco dans une grande partie des donal avant-monts argentins. On ne Île trouve plus que très rarement dans les pré-cordillères de Ja Rioja et de Catamarca; mais dans la province de Jujuy, où la population des campagnes se compose encore de Quichua, huanacos et vigognes sont respectés par les indigènes et parfois c'est par centaines que le voyageur les voit paître autour de soi'. Comme le 4 chameau, son congénère de l'Ancien Monde, le huanaco peut rester long-
temps sans boire et même s'accommode au besoin d’eau salée’. Dans la Patagonie méridionale, entre le lac Argentino et la cordillère Latorre, s'étend une plaine où Rogers et Ibar virent plus de cinq mille bêtes «t qui reçut d'eux le nom de valle de los Huanacos. Ils évaluaient le nombre de ces animaux dans la région à 1200 000 : les Tehuel-che en tuent
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500 000 par an, sans qu'on s'aperçoive de la moindre diminution dans pm pi les troupeaux”. Les huanacos mâles, solitaires et très agiles à la course, rfoul
sont difficiles à tirer, tandis que les femelles, plus rapidement fatiguées et toujours groupées, offrent aux chasseurs une proie moins incertaine. Dans la Patagonie méridionale, sur les bords du Gallegos et du Santa
Cruz, les huanacos blessés ou mourants se trainent vers une brousse volant
écartée, où ils finissent en paix : des milliers de squelettes recouvrent ces st ul ossuaires de la tribu‘. Les peaux de jeunes huanacos, cousues avec des œuse tendons d’autruche, fournissent des manteaux très appréciés et qui se lui do vendent fort cher sur le marché de Buenos Aires. On emploie la laine de alter l'animal pour en tisser des ponchos et des couvertures. Vers l'extrémité Ka co du continent, il a pour congénère le huemul ou cervus chilensis, qui un appartient aussi à la faune des Andes péruviennes. Dans ia Fuégie, les singu renards (canis magellanicus) sont assez communs, mais très menacés 1% ment par les chasseurs à cause de leurs fourrures. Des myriades d'individus ui lo représentent les tribus des rongeurs, et l’une des espèces, la tuco-tuco JE paiss (ctenomys magellanica) ou le « caché » (oculto) pullule au point de rendre Co l'agriculture des plaines presque impossible, le sol étant en quelques d'un endroits miné dans tous les sens”. diver lienn * Luis Brackebusch, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, tome IV, 1882. du C
2 Fr. Machon, recueil cité.
3 Petermann's Mitteilungen, 1880, Heft II. 1M 4 Ch. Darwin, W. Hudson, ouvrages cités. tA
5 Pelermann's Mitteilungen, 1887, ef I. SK
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L'ornis argentine est très variée, depuis les puissants vautours jusqu'à hiseau-mouche, « fleur volante ». Presque tous les échassiers que posgdent le Brésil tropical et les Guyanes pénètrent dans les régions mérilonales jusqu'au Tucuman et au Corrientes. De nombreuses espèces de perruches et de perroquets, entre autres le perroquet amazone, l'oiseau prieur par excellence, font aussi partie de la faune argentine. Une variété grticulière de colibri (trochilus) vit dans la sierra de Cérdoba", et d'autres e voient jusque dans la Magellanie. L'oiseau-mouche antaretique, origiire de la Bolivie et du Chili, où il revient tous les hivers, visite en dé les rives de la Terre de Feu : on l’a vu butiner dans les fleurs de lchsia pendant une tempête de neige*.
Le condor, le géant des oiseaux du Nouveau Monde, est très commun dns les sierras de San Luis et de Cérdoba, posées comme d'énormes burs de guet au milieu des plaines parsemées de troupeaux. Quant à lautruche ou fandu, coureuse des plaines, elle habitait jadis toute la mmpa et les régions herbeuses de la Patagonie; mais le cultivateur la nfoule et le chasseur la détruit avant que l’éleveur l'ait transformée en animal de basse-cour. Les oiseaux auxquels la venue du blane à été le moins funeste sont les espèces aquatiques des marais, des estuaires, des risants. Les archipels magellaniques ont encore leurs nuées d'oiseaux wlant au-dessus des rochers. Parmi tous ces palmipèdes, le plus grand st un canard que les marins anglais appelaient le race horse duck à ause de la rapidité de sa marche, à la fois natation, course et vol : on lui donne plus communément le nom de steamer duck, lant le mouvement iternatif de ses ailes ressemble à celui des aubes d'un bateau à vapeur. Ki course sur l’eau est d’une vitesse considérable, et derrière lui se creuse un long sillage. Ses ailes, à pennes raides, fouettent le flot avec une dngulière vigueur et contribuent plus que le choc des pattes au mouvement de propulsion. Quelques-uns des canards mâles ont plus d’un mètre ci longueur du bec à la queue; ils se nourrissent surtout de moules et passent les prairies d'algues sous-marines”,
Comme les autres divisions de la faune, le monde des reptiles témoigne d'un affaiblissement de l'énergie vitale au sud de la zone torride. Les diverses tortues argentines sont plus petites que leurs congénères brésilennes; les crocodiles jacarés, qui pullulent dans les marécages et lacs du Corrientes, n’ont en moyenne que 2 mètres en longueur et rarement
! Martin de Moussy, ouvrage cité.
* Alfred R. Wallace, Humming-birds, Fortnightly Review, 1° déc. 1877. 5 King; — D. R. O'Sullivan, Fortnightly Review, January 1895.
atteignent 3 mètres : on ne les voit plus au sud de Santa F6, Les bons ne dépassent pas vers les pampas la région de Santiago del Estero, und des limites géologiques les mieux indiquées, et le serpent à sonnettes not dat se montre plus par delà le massif de Cérdoba. Les eaux de l'Argentine tel marines, laeustres et fluviales, sont presque toutes riches en poissons, et l'estuaire de la Plata, au flot mélangé jusqu'en amont de Montevideo, possède des espèces propres, outre celles de la mer et des fleuves, Unelk truite de forte taille et d’excellent goût peuple aussi bien l'eau douce que l’eau salée; on la rencontre dans le Bebedero.et la lagune de Hu A: nacache aussi bien que dans le rio San Juan, descendu des glaciers, Len €: célacés, grands ou petits, étaient autrefois très nombreux dans ces mers :MRbrdée une espèce de phoque ou lobo à donné son nom à une ile de l'estuaire platéen, et sur les côtes de la Patagonie les chasseurs poursuivent à outrance les « lions de mer », les « éléphants marins » et autres phoques dont on utilise l'huile et le cuir. Les baleines, presque détruites dans
les eaux tempérées de l'Atlantique méridional, ne se voient plus guère nes que dans le voisinage de la Fuégie et dans les mers australes où flottent lirectq les glaçons. his, quels
VII st d'o Liu La préhistoire de l’Argentine sera très difficile à déchiffrer, à cause ! Le 1 même de la variété des types humains et des objets de toute espèce que est duc conservent les hypogées. Ainsi l’on trouve dans les pampas de Buenos pierres Aires des poteries impossibles à distinguer des vases recueillis dans les mule nécropoles aztèques. Ont-elles été apportées du continent septentrional, ou Pérou bien un développement parallèle des civilisations locales a-t-il fait naitre À contr'é de part et d'autre une industrie analogue? Sur les rives du rio Dulce, tonton près de Santiago del Estero, on a retiré du sol des urnes contenant des lsus, restes humains mêlés à des coquilles d'espèces qui vivent actuellement poterie dans l'océan Pacifique. Les contours des rivages ont-ils changé depuis popula cette époque, ou le mouvement des navigations se faisait-il de l'Océan ment occidental vers l'Atlantique? Bien plus, certaines masses de pierre ou de ancien bois sont absolument identiques à celles que maniaient les Maori de à onde Nouvelle-Zélande et les Kanakes des Nouvelles-Hébrides'. Y eut-il des Jus relations de commerce et d'amitié entre les populations australiennes et nest p celles de l'Amérique méridionale”? lenant !Frar
1 Francisco P. Moreno, Revista del Museo de la Plata, tomo I, 1890-91,
ta Fé, Les bons ne Dans toute la partie montagneuse de l'Argentine nord-occidentale, de la 0 del Estero, un dent à sonnettes ne ux de l'Argentine, ches en poissons, nt de Montevideo, L des fleuves, Une
bien l'eau douce a lagune de Hua-
1 des glaciers, Les
province de Jujuy à celle de Mendoza, on remarque sur les promontoires
# dans les vallées des ruines nombreuses, remparts, forteresses et villes,
Quelques-uns de ces débris se montrent jusqu'à plus de 4000 mètres en
ditude, parfois sur des pitons abrupts où mème des parois verticales.
ombre de ces anciennes fortifications ressemblent à celles des « Falaiders » de l’Arizona et du Nouveau-Mexique. La plupart n'ont point d'ouwrtures extérieures qui communiquent avec les réduits de la forteresse :
i fallait y pénétrer au moyen d'échelles, et les murs, très épais, offraient
me espèce de trottoir quadrilatéral, d'où l'on descendait dans la cour,
brdée d'habitations en forme de grottes. Ce genre de bâtisses témoigne de
ix dans ces mers :
> île de l'estuaire Mléat d'inquiétude et de guerre dans lequel vivaient les populations ; mais
rs poursuivent à iles avaient hérité de peuples ayant pu se développer à une époque anté-
et autres phoques & ieure en de vastes communautés, car leur civilisation industrielle était ue détruites dans voient plus guère
strales où flottent
isez avancée. Et le chemin, dit des « Incas », que l'on suit sur des cen-
hines de lieues à l’est des Andes et qui parcourt les plaines en ligne
directe, lançant à droite et à gauche des rameaux vers les lieux habités
ndis, et se dirigeant vers la brèche d'Uspallata pour traverser les Andes,
quels en furent les constructeurs? Moreno croit que, malgré son nom, il
NS
st d'origine « pré-incasique » : à cette époque coulaient de grands cours
d'eau et s'étalaient de vastes bassins lacustres qui ont maintenant disparu.
chiflrer, à cause | Le nom traditionnel de cette voie maitresse semblerait indiquer qu'elle
toute espèce que Mt due aux Quichua, serviteurs des Incas ; mais les roches « écrites », les impas de Buenos
cueillis dans les
pierres à glyphes qui se succèdent en grand nombre le long de cette
mute où dans le voisinage ne sont pas les mêmes que celles du haut
septentrional, ou Pérou : elles paraissent appartenir à une civilisation différente. Dans ces
at-il fait naître
«ntrées aujourd'hui désertes, des fossés qui furent des canaux d'irrigation
es du rio Dulce, antournent des montagnes dont les ravins sont maintenant à sec. Des
es contenant des issus, des instruments de pierre, de cuivre, de bronze et d'argent, des
ent actuellement Mtries peintes racontent le haut degré de culture qu'avaient atteint ces
s changé depuis Wpulations disparues. Des guerres antérieures à l’histoire, mais certaineait-1l de l'Océan
de pierre où de
ment aussi le desséchement général de la contrée, ont supprimé ces
anciens représentants de la culture américaine. C’est ainsi que dans l'Ancien
les Maori de la s', Y eut-il des australiennes el
Honde se sont éteints tant de peuples puissants de l'Asie intérieure.
Jusque dans la Patagonie, le pays semble avoir été jadis très populeux. Il
dest presque pas d'endroits, si peu hospitaliers qu'ils paraissent main-
nant, où l’archéologue ne retrouve les traces du passage ou du séjour de
! Francisco P, Moreno, Notes manuscrites.
l'homme. Et ce séjour dura longtemps, car certaines couches de terrain, lentement déposées, renferment des restes de l'industrie humaine sur de fortes épaisseurs : à la Ensenada, on à recueilli des fragments de poteries à plus de soixante mètres de la surface. En outre, les grandes différences que présentent les crânes, les instruments, les inscriptions des rochers, prouvent que ces populations appartenaient à des souches diverses, Le continent qui se termine en une longue péninsule formait comme une sorte de nasse dans laquelle les peuples refoulés des contrées du nor venaient se prendre les uns après les autres, et souvent s’entre-exterminer, L'Argentine est une vaste nécropole de races perdues'. Peut-être les Yahgan, les Alakalouf de la Fuégie sont-ils les misérables restes de populations graduellement poussées vers les régions du Sud et jadis beaucoup plus avancées en civilisation. Dans le bassin du Samborombon, au sud-est de Buenos Aires, le naturaliste Carles a découvert, près d’un mégathérium, un squelette humain très remarquable à treize vertèbres dorsales”,
Les âges successifs de la préhistoire sont bien représentés dans l’Argentine, mais les Indiens n'étaient pas encore arrivés à fabriquer des instruments en fer lorsque les cavaliers européens débarquèrent sur leurs rivages : ils ne connaissaient que l'usage du euivre, et encore les nations policées du nord-ouest avaient-elles été les seules à faire cette conquête: plupart des tribus en étaient restées aux ossements, aux coquillages et aux pierres. Les sites les plus riches en fragments archéologiques sont désignés sous le nom de paraderos : Moreno en a trouvé un très grand nombre dans la vallée du rio Negro. Les archéologues y recueillent des têtes de flèches appartenant aux deux époques, paléolithique et néolithique, dont la dernière persista jusqu'à l'arrivée des Européens. Rarement ces objets se trouvent entremèlés. Les armes des âges anciens ne se rencontrent que sur les pentes supérieures des hautes berges et sur les terrasses, tandis que les flèches néolithiques, de beaucoup plus abondantes, parsèment le fond de la vallée. On distingue nettement dans l’état d'avancement des flèches non terminées que les artisans préhistoriques du rio Negro pratiquaient la division du travail et que certains recherchaient la beauté des malériaux et finissaient leur œuvre avec amour. Non loin de Carmen, le naturaliste Hudson a découvert un atelier renfermant seulement des têtes
de flèches longues d’un à deux centimètres, et toutes fabriquées en pierres
dures transparentes ou translucides, cristaux de roche, agates ou corna-
1 Francisco P. Moreno, recueil cité; — Patagonia, resto de un antiguo continente. 3 Vilanova, Congrès international des Américanistes, 1892.
couches de terrain, rie humaine sur de agments de poteries grandes différences ptions des rochers, ouches diverses, Le formait comme une s contrées du nor , s'entre-exterminer, ues', Peut-être les bles restes de popudet jadis beaucoup rombon, au sud-est d’un mégathérium, :s dorsales?.
sentés dans l’Argenabriquer des instruerent sur leurs rivaencore les nations re cette conquête : la ix coquillages et aux ologiques sont désitrès grand nombre eillent des têtes de t néolithique, dont Rarement ces objets > se rencontrent que les terrasses, tandis antes, parsèment le t d'avancement des du rio Negro pratiaient la beauté des loin de Carmen, le seulement des têtes tbriquées en pierres e, agales ou corni-
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