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INDIGÈNES DE L'ARGENTINE, QUICHUA, CALCHAQUE

l'Argentine, ils n'ont point appris à monter le cheval, et, quoique très voyageurs, cheminent pédestrement à côté de leurs bourriquots. Ils émigrent volontiers, pour commercer dans les villes de la plaine, mais bujours avec esprit de retour, et plusieurs pratiquent la même industrie que les Collahuayas boliviens d'Apolobamba : ils vendent des pierres aimanés, des amulettes, des remèdes, et guérissent les maladies, Les Coyas restés dans leurs montagnes se mélient des étrangers, et à bon droit : dès qu'ils aperçoivent un voyageur blane, ils se hâtent de quitter leurs masures. À grand'peine peut-on les rejoindre et faire avec eux quelque marché ; ils se refusent à guider les visiteurs vers les sommets : « la monhgne se fcherait et se voilerait de nuages! ». Comme les Indiens du lérou et de la Bolivie, ils ont le culte des « hauts lieux » et dressent sur ks cols des tas de pierres, des apachelas, consacrés à Pachacamae, le ceréateur du monde »; en sacrifice ils lui offrent leur acullico ou chique de coca,

Les Calchaqui, constitués en une nation puissante, habitaient l’espace compris entre la frontière actuelle du Chili septentrional et les montagnes de Cérdoba; mais dans la plus grande étendue de ce territoire ils n'ont guère laissé d'autres traces de leur séjour que des poteries de toutes lormes, noires ou rouges, avec des dessins géométriques en lignes droites, auf les urnes funéraires où des courbes s'entremélaient avec des figures symboliques et des représentations d'animaux : plats, vases, jarres, pipes, amulettes, poupées, idoles, toutes ces poteries calchaqui jonchaient la terre par myriades. Pendant plus d'un sièele ces Indiens résistèrent avec succès aux bandes espagnoles; ils essayèrent même de restaurer la dynastie des Incas et acclamèrent comme leur souverain un aventurier qui se disait «fils du Soleil »; mais, en 1664, ils succombèrent et la plupart des combattants préférèrent périr plutôt que de se rendre : on dit que pour éviter k servitude aux enfants ils leur brisaient la tête contre des rochers. Les (alchaqui capturés dans la guerre, les Quilmes, furent transportés en 1677 près de Buenos Aires, à l'endroit suburbain qui porte aujourd'hui leur nom et où le dernier individu de leur race mourut en 1869. Mais la descendance métissée des Calchaqui constitue le fond de la population hborieuse dans les provinces de Jujuy, Salta, Catamarca, la Rioja, et la plupart des noms de villes et de villages, surtout dans les hautes vallées, sont ceux des tribus assimilées : Andalgalä, Tolombon, Cafayate, Fiambala, Tinogasta, Famatina; Tucuman, sous une forme modifiée, porte aussi une

! Luis Brackebusch, Boletin del Instituto Geogräfico Arge tino, tomo IV, 1882.

appellation calchaqui. Les Indiens Lulé, qui vivaient autrefois dans | contrée et d'après lesquels on désigne encore un village, — Lules, — allèrent, dit une légende que rapporte Gareilaso de la Vega, s'offrir comme sujets à l’Inca Huiracocha. Leur nom, qui a le sens de « Dentus », semble indiquer que leurs dents, comme celles des Botocudos, étaient mises à nu par l’usage du barbote".

Dans quelques hautes vallées, la race est encore presque pure et l'usage du quichua n’a pas tout à fait disparu devant le langage des vainqueurs. Mainte coutume rappelle à l'ethnologiste la survivance de l'antique civilisation. Les natifs regardent avec un certain orgueil les ruines des forteresses que dressèrent leurs aïeux ou peut-être même quelque nation plus ancienne; ils vénèrent aussi les hwacas ou nécropoles, desquelles les chercheurs profanes extraient des jarres remplies de restes humains. Les squelettes appartenant presque tous à des enfants, il faudrait y voir, d'après Lafone Quevedo, des victimes propitiatoires, sacrifiées pour le bonheur de la tribu et la prospérité des moissons. Cette superstition parait s'être maintenue jusqu'à un certain point, car les paysans de Salta et de Jujuy voient avec déplaisir la profanation de ces anciens cimeüères : ils croient que la destruction des huacas aura pour conséquence des gelées tardives*.

Les Guarani de race incontestée occupent encore toute la partie septentrionale de la mésopotamie argentine, mais les noms de peuplades ont disparu et partout la population est métissée. Au milieu du siècle, l'usage de la langue guarani, qui prédominait au Paraguay et dans tout le Brésil central jusqu'aux bords de !’Amazone, éfait encore général ; mais autour de chaque ville, centre propagateur de la civilisation nouvelle, l'idiome des conquérants agrandit incessamment son domaine. D'autres Guarani, restés à l'état presque pur, parcourent le Chaco et se loueat comme travailleurs dans les plantations suerières des vallées du Bermejo et du Juramento. Ce sont les Chirihuana ou Chiriguanos, essaim de la nation considérable qui vit en Bolivie duns la province de Tarija, surtout dans les plaines d'entre Pileomayo et Bermejo. Ces Indiens, appelés aussi Cambes par les Boliviens, sont restés indépendants des deux côtés de la frontière : bien peu nombreux furent ceux qui se laissèrent catéchiser par les Jésuites; cependant tous les Chiriguanos ont appris à répéter, de proche en proche, quelque chose de cet enseignement. Dits « sauvages »

! Pablo Groussac, Memoria historica y descriptiva de la provincia de Tucuman. % J, A. Lafone Quevedo, Revista del Museo de La Plata, tomo IN, 1892.

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GUARANI, CHIRIGUANOS. 677

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