INDIENNES DU GRAND CHACO
Gravure de Thiriat, d’après une photographie communiquée par M, Ch, Cadiut.
— à l'exception des femmes, vêlues d'une toge bleue, — et se percent encore la lèvre inférieure, non pout ÿ antettre le berbcce où disque de bois, comme leurs ancètres, mais pour y insèver v: bouton de verre : cela
suffit pour que des gens « de raison », ayant dans les veines le « sang bleu » des conquérants, considèrent les Chiriguanos comme n'étant pas même des hommes; toutefois ils l'emportent sur la plupart des Argentins par la parfaite propreté du corps, par la sobriété, le goût du travail, l'intelligence dans le labeur : ils excellent aux besognes qui demandent de l'initiative et de l'adresse. Ils sont fort soigneux agriculteurs et éleveurs de bétail; même loin des blanes ils possèdent des jardins bien eultivés où ils ont introduit des plantes d’origine européenne, et se corstruisent des villages proprement tenus, pourvus d’une place centrale qui ferait honte à celles de la plupart des cités argentines. Ils pratiquent aussi divers métiers et savent préparer des manteaux en cuir tanné avec lesquels le voyageur s'engage sans crainte dans la brousse épineuse. Sans nul doute, le travail régulier des Chiriguanos dans les plantations des Argentins, de Tarija jusqu’à Tucuman, finira par les assimiler au reste de la population et leur fera perdre l'indépendance politique, d'autant plus qu'ils se fixent au sol, et que leurs femmes, Indiennes belles et gracieuses, sont fort recherchées par les blancs. La plupart des Chiriguanos parlent espagnol et leur guarani diffère assez peu de celui du Paraguay et du Corrientes pour que l’on se comprenne de part et d'autre.
Les Matacos ou Mataguayos, — ce dernier nom est surtout réservé aux Indiens de la nation restés libres, — travaillent à côté des Chiriguanos dans les plantations des chrétiens ou sigüelos, et, comme leurs frères de race, tendent à se transformer en prolétaires. Ils paraissent appartenir au groupe ethnique des Toba, et même quelques-unes de leurs tribus, sur les bords du Bermejo, se sont associées à ces Indiens redoutés. Les Matacos, que Baldrich dit être environ 14000, contrastent d'ordinaire avec leurs camarades Chiriguanos par les traiis et le caractère : plus petits, plus trapus, plus forts, mais inférieurs en adresse, plus dociles, mai: d'initiative moindre, ils se tiennent moins proprement et gitent en des cabanes immondes. La plupart sont toujours restés en paix avec les Espagnols et même les ont eus pour alliés dans les guerres avec d'autres Indiens : de là le nom de Mansos, — « Doux » ou « Domestiqués », — par lequel on les désigna longtemps et que l’on emploierait aussi, disent quelques étymologistes, pour ceux des terres riveraines du haut Pileomayo, les Llanos de los Mansos; cependant le. vrai nom est Llanos de Manzo, d'après un voyageur du dernier siècle qui y trouva la mort. Naguère, les ouvriers matacos que l’on embauchait dans leurs brousses natales ne travaillaient aux sucreries que pendant la culture et la roulaison. Îls revenaient passer l'été au pays; maintenant pour nombre de
veines le « sang mme n'étant pas art des Argentins goût du travail, S qui demandent lteurs el éleveurs ardins bien cule, et se corstruicentrale qui ferail quent£ aussi divers : avec lesquels le Sans nul doute, s des Argentins, au reste de a e, d'autant plus les et gracieuces, riguanos parlent : Paraguay et du tout réservé aux des Chiriguanos > leurs frères de ssent appartenir leurs tribus, sur outés, Les Matad'ordinaire avec
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MATACOS, ABIPON. 679
fmilles l’émigration est devenue définitive. Chaque Mataco sauvage porte
suspendu à l'épaule un sachet dans lequel se trouvent beaucoup de petits
objets, cheveux, pointes de flèches, écailles de poisson, plumes d'oiseaux, | feuilles sèches, chiffons souillés de sang, qui composent son « histoire » : chacun de ces brimborions lui rappelle un événement de sa vie, et il le garde jusqu’à sa mort comme une partie de soi-même. Comme les autres peuples naturistes, les Matacos attribuent les maladies à l'invasion d'ahots ou esprits mauvais ; mais, pour les chasser, ils ne se contentent pas des
incantations du sorcier : au magicien se joignent les amis du malade, qui
poussent des cris pcur ellrayer l’ahot. Les Matacos pratiquent la couvade”.
Les Abipon, qui guerroyèrent des deux côtés du Paranä et qui, après avoir fait si longtemps trembler les Espagnols, finirent par s’entre-déchirer avec d’autres guerriers indiens, ne sont plus représentés que par un petil nombre de familles métissées et parlant espagnol, confondues maintenant avec les campagnards argentins de Santa Fé. Les Mocovi ou Mbocowi, frères des Abipon du Paraguay, et tantôt leurs alliés, tantôt leurs ennemis acharnés, existent encore à l’état de tribu distincte, quoique bien réduits en nombre, peut-être par la variole plus encore que par la guerre; mais ils ont recruté des gens de toute race, voleurs de chevaux, brigands, meurtriers, obligés de fuir les contrées habitées par les blancs. En lutte avec la plupart de leurs voisins, surtout avec les Toba, ils furent également redoutables pour les colons de Tucuman et des provinces
ils rasèrent plusieurs villages, détruisirent des plantations et . fermèrent aux 5lancs sous le nom d’Indio; Montaraces ou « Indiens des Bois ». Leur langue, «nasale 2 gutturale », est un dialecte de l’abipon, lui-même « rameau de la grode famille caribe », dit Lafone y Quevedo, qui en a rédigé la grammaire”. Ainsi cette race puissante que les premiers navigateurs européens ’auvèrent dans les Antilles, et dont la vraie patrie serait le Brésil central, aurait aussi ses représentants au pied des Andes argentines.
Au sud des provinces colonisées dans lesquelles tout élément indigène est devenu indistinet, les régions méridionales de la pampa et toute la atagonie appartenaient encore récemment à l’Indien libre. Pampas ou
voisines :
les passages du Chaco. On les désignait en général Le) Le)
« Pampéens », Araucans et Patagons, tels étaient les noms collectifs
donnés à ces populations peu connues. Après les premiers conflits des
Espagnols avec les indigènes qui leur barraient la route du Pérou, les
! Anuadeo Baldrich, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, tomo X, 1889. # Giovanni Pelleschi, Olto mesi nel Gran Ciaco, $ Revista del Museo de La Plata, 1890-91.
naturels refoulés vers le sud restèrent longtemps en paix avec les blancs, Ils ne possédaient ni métaux précieux ni produits agricoles d'une grande valeur : on les laissa tranquilles dans leurs solitudes d'herbes où de rochers. D'autre part, les Indiens avaient reçu des nouveaux venus un allié des plus utiles, le cheval : à leur gibier ordinaire, autruches, huanacos, armadillos, ils ajoutaient comme nourriture le sang et la chair de ka jument. Ils savaient apprécier la valeur du cheval pour les transports, la vitesse du déplacement pendant la guerre : peut-être même étaient-ils arrivés à dépasser les blanes comme hardis cavaliers. Pendant leurs voyages et leurs expéditions guerrières, les Ranqueles, Pampéens du voisinage de Buenos Aires, ne descendaient jamais de leur bête. Quand ils étaient accablés de fatigue, ils s'étendaient sur l'animal comme sur un lit: le cou servait c: coussin et leurs jambes se croisaient sur la eroupe : ils dormaient de cu1es entières dans cette position sans que la conscience de l'équilibre ie: abandonnât un instant. Même en plein délire de l'ivresse, l'Indien restait allongé sur sa monture sans danger de chute : d'ailleurs le cheval était assez intelligent pour accorder ses mouvements avec ceux du corps inerte dont il était chargé, et, marchant avec précaution, se rapprochait de la tente, où la famille le débarrassait du fardeau. Souvent pendant les guerres de frontières, les soldats argentins ont capturé des chevaux sur lesquels se tenaient encore des cadavres d'Indiens embrassant de leurs mains erispées le cou de d'animal”.
Devenus riches en chevaux sauvages, les indigènes de la pampa et des plateaux patagoniens apprirent à faire le commerce avec les Chiliens du versant opposé; ils amenaient des convois de bêtes à travers li monlagne, demandant en échange des instruments et des armes. Quand ils ne possédaient pas de troupeaux assez nombreux, ils allaient en chercher chez les blancs, prenant des animaux à ceux qui avaient pris la terre, De là ces incursions, — malon où maloca, — que les colons de la frontière redoutaient à bon droit et qui se renouvelaient chaque année pendant toute la première moitié de ee siècle, sur un ou plusieurs points du front des colonies entre Buenos Aires et Mendoza. Peu à peu ces expéditions de pillage amenèrent une guerre sans merei : blanes et rouges se poursuivaient comme gibier. Dans un village, dans un campement surpris, on massacrait tous les hommes, parfois même on les torturait ; les femmes avaient la vie sauve comme esclaves ou conecubines; les enfants étaient passés au couteau, à moins qu'il ne parût utile de les garder comme serviteurs
1 WU. Hudson, The Naturalist in la Plata
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