N° 407. — LIGNES DES FORTS CONTRE LES INDIENS
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de frontière, gardée par des fortins, était alors fort sinueuse : partant du rio Colorado, au sud de Bahia Blanca sur l'Atlantique, elle se dirigeait au nord de manière à couvrir les régions cultivées de la province de Buenos Aires, puis, de poste en poste, elle gagnait au nord-ouest la ville de San Luis, qui restait presque en vue des plaines menacées, et se recourbait au sud-ouest vers San Rafael et le col del Planchon. Cette frontière était divisée en neuf secteurs, défendus chacun au centre par un camp fortifié qu'oceupait une garnison assez nombreuse pour détacher des troupes volantes vers tous les points menacés. Les fortins intermédiaires surveillaient lt limite, indiquée même en certains endroits par des fossés et des chevaux
de frise : à la moindre alerte, le canon, avertissant et répondant de l'un
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PAMPÉENS ET PATAGONS. 683
i l'autre poste, désignait le point attaqué; souvent les Indiens passaient, allant saccager quelque ferme, mais, au retour, se heurtaient contre l'en-
nemi. Cependant ils ne se décourageaient point, et chaque année faisaient
de nouvelles tentatives. En 1876, un mouvement offensif des Argentins
sur tout le front des postes reporta la ligne plus avant, de manière à
supprimer ses courbes et à la diminuer notablement en longueur, tout en
anexant les points d'eau et les régions de pâture où les Indiens prépa-
aient leurs expéditions. Par d'autres opérations militaires ils occupèrent
successivement, sur le versant oriental des Andes, les chemins suivis de
tout temps au débouché des cols dans les vallées fertiles. Cette nouvelle chaine de forts rendait toute résistance, tout ravitaillement impossibles
aux indigènes : il ne leur restait plus qu'à se soumettre’. Mais combien
sont-ils encore ? Les Pampéens ont péri; les Patagons, c'est-à-dire les
indigènes de races diverses qui peuplaient la longue péninsule de Pata-
vonie, sont aussi en voie de disparition. On les évaluait à une trentaine de pnt aussi en V le disparition. On le luait à une trenta l
mille avant que ne commençât la colonisation ; actuellement ils ne dépas-
seraient pas deux mille individus, même en comptant ceux qui vivent
dans le voisinage immédiat et la dépendance des blanes.
Le classement ethnique et géographique des diverses tribus du sud
argentin n'a donc qu'un intérêt d'histoire. Les Ranqueles ou Ranqual-
che étaient les plus rapprochés des colons de Buenos Aires; puis venaient
les Puel-che du Colorado. Plus à l’ouest, dans la province de Mendoza,
vivaient des Araucans, les Pehuen-che ou « Gens des Araucanas », les
Huilli-che ou « Gens du Sud » et diverses autres peuplades ou « che » :
Payu-che, Tami-che, Pilma-che, Teghul-che, se succédaient le long de la
chaîne des Andes. Les Molu-che parcouraient les régions centrales, tan-
dis que les Tehuel-che, c'est-à-dire les « Gens de l'Est », habitaient le
littoral atlantique, du détroit de Magellan au rio Chubut; les Ona de la
Fuégie sont également des Tehuel-che. Toutes ces peuplades avaient
conservé un langage différent et les traditions d'une origine distincte.
Les Tehuel-che descendent probablement des Patagons décrits par Piga-
letta, Ce sont encore les plus nombreux et ils maintiennent leur cohésion comme tribu distincte. Le nom de Patagones ou « Pattus » que Magellan leur donna, est un terme malheureux, car ces hommes de si grande taille ont les pieds petits, soit en moyenne de 27 centimètres pour une stature
de { mètre 90, et chez la femme de 26 centimètres pour une taille à
! Estanislao Zeballos, La Conquista de Quince Mil Leguas ; — Benj. V. Markenne, La Conquista del Rio Negro; — Olascoaga, La conquête de la Pampa, trad, par Simonnet,
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üN4 NOUVELLE GÉOGRAPIE UNIVERSELLE,
peine inférieure‘. Lorsqu'il fait très froid, les Patagons mettent volontiers par-dessus leurs bottes des guêtres en peau de huanaco: probablement cette double chaussure donna naissance à la légende des grands pieds’: du reste, Pigafetta, le compagnon de Magellan, semble le dire : « La peau du huanaco donnait à leurs pieds l'apparence de pattes d'ours ». Mais les premiers voyageurs ne se sont point trompés en parlant de Ja haute taille de ces Indiens, quoiqu'ils l'aient singulièrement exagérée : ces géants de « dix ou douze pieds » qu'auraient vus Byron et Sarmiento n'étaient probablement pas plus grands que les Patagons de nos jours. A Carmen de Patagones, où les Tehuel-che, déjà croisés avec des Pampéens, n'atteignent pas la stature normale de leur race, d'Orbigny constata que les hommes avaient en moyenne 1 mètre 75. Depuis cette époque, presque tous les voyageurs qui ont parcouru le pays ou seulement visité son littoral ont également soumis les Patagons à des mensurations régulières, et les chiffres comparés prouvent que les Indiens purs de l'intérieur sont les plus grands : Ÿ mètre 95 dans la vallée du haut rio Chico. Les femmes ont aussi la taille très élevée, et la robe en peau de huanaco qui constitue le vêtement ordinaire des Patagons contribue à leur donner un aspect majestueux. Les Tehuel-che sont également remarquables par la largeur des épaules, la beauté des muscles pectoraux, la vigueur des membres, la noble attitude du corps. Ils ont les veux petits, le nez court, la figure ronde, la physionomie ordinairement sympathique’. En général, leur crâne est arrondi; dans les tombeaux anciens explorés par Moreno, les squelettes de cette race offrent en majorité des têtes déformées par une compression artificielle. Le travail incombe surtout aux jeunes filles, les matrones se faisant servir et passant quelquefois des journées entières sous la tente, mollement étendues et gardées par des cuscos, chiens qui jappent pour les avertir de l'approche des visiteurs.
La langue tehuel-che est très dure, gutturale, et fort difficile à reproduire par des lettres européennes, ainsi que le prouvent les diflérences extraordinaires présentées par les recueils de mots dus aux voyageurs; elle change aussi très vite par l'obligation que les mœurs imposent aux amis d’un Tehuel-che défunt d'abandonner les termes qui rappelaient son nom et à les remplacer par des expressions nouvelles. Les trois dialectes patagoniens, tehuel-che, araucan et pampéen, diffèrent tellement, que les frères de race n'arrivent pas à se comprendre; cependant les uns
1 Luis Jorge Fontana, El Gran Chaco.
? F, Machon, Bibliothèque Universelle, octobre 1895, 5 Florence Dixie, Across Patagonia.
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