‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 339 sur 401 · GROUPE · texte numérisé non relu

GROUPE

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TEHUEL-CHE. 687

les autres possèdent un système de numération décimale, simple et très wmplet, parfaitement identique dans les divers langages. Ce trait rattache

k parler des Patagons aux langues de souche péruvienne, Ne faut-il pas

a attribuer la cause à l'influence civilisatrice que les Quichua exerçaient jdis bien au delà des frontières politiques de l'empire Inca'? Du reste, ils

vont point de traditions historiques : ils ne peuvent s'imaginer que leurs

meôtres aient vécu sans chevaux.

La guerre a contribué pour une grande part à l'amoindrissement des

htagons, quoiqu'ils se soient presque loujours maintenus en dehors des

ttes qui ont amené l’extermination des Pampéens; parfaitement soumis depuis plusieurs années, ils sont même censés chrétiens et se font bap-

ser. Malgré leur force apparente, les maladies les déciment ; les sources

mêmes de la vie semblent atteintes. Ils sont d'ordinaire très sobres, et

quand on leur confie un message, ils chevauchent quelquefois deux et

mème trois jours sans manger? ; mais dans les fêtes ils boivent sans mesure;

lrognerie complète l’œuvre commencée par les balles des Argentins.

Quand arrive la saison des pommes et baies sauvages et que les Indiens Juea-che, qui vendent l'eau-de-vie chilienne, ont fait leur tournée dans

ls campements, on ne songe qu'aux buveries. Sous prétexte de se concilier ks faveurs des « bons esprits », on donne à boire et à manger aux

pierres sacrées, on verse de la boisson sur les victimes, taureaux, juments,

poulains et brebis; mais on a bientôt oublié les génies d'en haut, et l'orgie

« déchaîne; elle dure parfois des semaines entières. Alors les étrangers

ut de sérieux dangers à courir s'ils se présentent devant ces gens en

délire, qui, pour un mot, saisissent leurs armes; souvent aussi ils se sont més sur des femmes pour les brûler comme sorcières”. Dans la plupart des tribus, les épouses prudentes ramassent avant la fête tous les instru-

ments dangereux, couteaux, épieux, lazos, massues, et les cachent dans

quelque ravin écarté, où elles se réfugient avec les enfants.

Les Indiens de la Patagonie périssent pour la plupart sans passer par h période de servitude : ce sont encore les hommes fiers, parcourant librement les solitudes, de la montagne à la mer et du nord au midi. Il: portent la chevelure touffue, soutenue par un large bandeau, semblable à alui qui, après la naissance, leur avait comprimé le crâne. Ils s’épilent

«iygneusement la barbe et se servaient naguère à cet effet de petites pinces

on argent, identiques à celles qu'on a trouvées dans les anciens tombeaux

! Francisco P, Moreno; — Cârlos V. Burmeister, Revista del Museo de La Plata, tomo HE, 1891. ? Carlos V. Burmeister, mémoire cité, * Musters, At Home with the Patagonians

des Calchaqui de Catamarea!; devenus pauvres maintenant, ils emploient généralement de simples couteaux, avec lesquels ils rasent leurs soure cils”, La guerre leur étant in-

N° 448, — POPULATIONS INDIENNES DU SUD DE L'ARGENTINE, terdite, ils ne portent plus de

lance, ni la cuirasse en peau

Quest de Paris IA ;

= TS — … | & er EN de vache garnie de métal:

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leur seule arme Lola perdida ou la « voule per-# due », qu'ils recouvrent de cuir et tiennent attachée ne tour de leur taille’, Quelques ’atagons ont encore des clochettes d'argent à la ceinture:

tous se peignent en rouge, en blanc, en bleu noir, à h fois par coquetterie et pour se protéger contre l'action du vent et des moustiques.

Leur seul instrument de musique est une sort: füte faite d'un os de wo,

l'aut L'ancien culte se maintient

toute sous le masque moderne d'in- 1e différence : le soleil, la lune uk représentent toujours des yé- Et nies favorables; des influences L funestes se dégageraient de pre certains animaux, tels que le a lézard, et l'on n'a pas encore ee cessé de le conjurer par le “ C. Perron a on k 5 sacrifice d'êtres vivants, sur-ÙS | 1 : 16000000 1 è tout de chevaux‘: c'est pro- PE © 500 kil. k AV bablement aussi par crainte He de quelque maléfice que plusieurs tribus tehuel-che ne mangent point de pér poisson. Les femmes cachent des figurines, qui sont probablement des L. ni de

1 Francisco P. Moreno, Viaje à la Patagonia Austral. * Musters, ouvrage cité.

5 F. Machon, recueil cité.

* W. IL. Hudson, Idle Days in Patagonia.

ant, ils emploient asent leurs soupe erre leur étant ine 1e portent plus de | cuirassé en peau garnie de métal:

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TEHUEL-CUE (HA)

imulettes ou des lares, et des voreiers médecins continuent d'exorciser les maladies, d'appeler ou de chasser les démons.

Une antique croyance, appuyée sur mainte aventure interprétée au gré de «s magiciens, — désignés sous le nom de payé, bien peu différent de l'appellation usitée dans l'Amazonie et les Guyanes, — donne pour demeure aux démons ou gualichi le corps des vieilles femmes : aussi cheaun a le droit de tuer les matrones âgées, et naguère ce droit s'exerçail très sauvent, Afin de conjurer ce péril, la plupart des vieilles essayaient de rendre des services comme diseuses de bonne aventure; mais malheur telles si leurs prophéties occasionnaient quelque événement fâcheux ! Eu œrtains cas même, la coutume forçait le Tehuel-che à sacrifier une aïeule, «cave où maîtresse; quand une personne jeune mourait dans la tente on bldo, le chef de famille devait entrainer en secret, loin de la demeure, h victime désignée et la dépêcher d'un coup de couteau. Ce devoir était commandé surtout quand il s'agissait des belles-mères. Aussi, en prévison d'un meurtre possible, les parents de l'épousée prenaient grand soin de vivre à part du gendre, ne le touchaient jamais, ne s'entretenaient pint avec lui. On sait que chez les Papoua, les Australiens et les Cafres de l'Afrique méridionale se retrouvait la même coutume : quand la bellemère apercevait de loin son gendre, ou le gendre sa belle-mère, l'un ou l'autre se cachait dans les broussailles, Les orphelins sont les pupilles de bute la tribu et l'on gère leurs biens avec un dévouement parfait. Souvent ls époux qui n'ont pas d'enfant adoptent solennellement un petit chien lui constituent un douaire de chevaux comme ils l'eussent fait pour leur fils*,

Les mariages, — toujours librement consentis sans intervention des prents, — sont, comme les enterrements, prétextes à sacrifices : on abat aors plusieurs juments et on en boit le sang au sortir de la blessure; mais ks sacrifices humains ne se font plus dans ln génération contempoane. L'homme en deuil de sa femme brûle tout ce qu'il possède’. Un enterre les morts, cousus en un poncho, soit dans la fissure d’une averne, soit sous une pyramide de pierres, cairn semblable à eelui des chefs gaulois. Les morts sont toujours assis, comme autrefois les momies péruviennes et comme les corps des habitants préhistoriques de la Patagnie*. Encore vers 1860 les Puel-che cousaient les cadavres dans un sac de cuir frais ; lorsque le mourant était un vicillard, on n'attendait

! Hall, Notes of a Naturalist.

? Musters, ouvrage cité, * Francisco P, Moreno, Bulletin de la Société d'Anthropologie, janvier 1883,

XIX,

point sa mort, dans la crainte que la raideur des articulations ne rendit À l'opération impossible. Une vicille femme, chargée de l’ensevelissement, s’asseyait sur la poitrine du malheureux, ramenait de force les jambes sur le tronc, au risque de les briser, puis attachait les mains sur les tibins. Le paquet, dûment ficelé, était ensuite exposé au soleil, puis, suffisamment racorni, enfoui sous le sable de la dune. Telle était la force de ha tradition, transformée en devoir pieux, que, pour ensevelir les morts suivant les formes voulues, on les tuait en leur brisant les os". Récemment l’Argentin des campagnes, « fils du pays » et certainement descendant par les femmes des aborigènes américains, ne différait guère par les mœurs de l'Indien qu'il avait combattu. Même physiquement, il lui ressemblait par la haute taille, la vigueur des membres, le teint bistré, les traits forts, les cheveux noirs et durs. L’habitude du cheval avait fini par lui arquer les jambes, par lui faire tourner les pieds en dedans : il se balançait lourdement en marchant. Araucan par le genre de vie, le gaucho élait, comme le sauvage, intrépide, d’une prodigieuse endurance, indifférent à la mort ; il méprisait le travail physique, le laissant volontiers aux femmes; s'il consentait à faire quelque labeur, il s'y prenait d'une façon fière et méprisante, comme il convient à un gentilhomme; il s’arrangeait même à faire travailler son cheval à sa place : il utilisait l'animal pour fouler le grain, pétrir l'argile, baratter le beurre; le cheval, ché dans l'aire, séparait le blé de la paille, mêlait la terre et l'eau sous le choc répété de ses sabots, faisait cailler le lait en traînant l'outre rebondissante. Sale, habitant une case sordide, le gaucho aimait à faire

admirer des étrangers la richesse de son costume, mante en laine de

huanaco, pantalon brodé, bottes fines avec éperons d'argent, chapeau emplumé; non moins superbement harnaché était son cheval, dont pourant il n'avait pas fait son ami, et qu'il allait peut-être perdre un instanti après, sur quelques coups de dés; les combats de coqs, les courses, lesi orgies de cabaret et la guerre, telles étaient ses passions. Aussi, dans la lutte pour l'existence, est-il graduellement évincé. De même qu’il refoula l’Indien, le gringo, — c'est-à-dire l'immigrant qui parle « grec » (griego), — le travailleur étranger le refoule à son tour. Les derniers purs gauchos furent les Llanistas de la Rioja, d'abord clients de deux grandes familles ennemies, puis, durant les guerres civiles de l'Argentine, tous groupés autour d’un terrible chef, Facundo Quiroga, et brandissant leur drapeau redouté : « Religion ou Mort! »

! Francisco P. Moreno, ouvrage cité.

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