TERRITOIRE CONTESTÉ FRANCO-BRÉSILIEN
Officiellement le territoire en litige entre la France et le Brésil comprendrait un espace d'au moins 260000 kilomètres carrés : la région débattue forme une longue bande s'étendant de l'Atlantique au rio Branco, limitée au nord par le cours de l'Oyapok, les monts Tumuc-Humac et leurs prolongements occidentaux, le cours de l’Araguari et la ligne équato-
riale. Toutefois le débat n'a d'importance réelle que pour le « contesté » de la côte, entre*l'Oyapok et l'Araguari. A l'ouest, toute la vallée du rio Branco est devenue incontestablement brésilienne par la langue, les mœurs, les relations politiques et commerciales. Quant aux régions intermédiaires, que parcoururent Crevaux et Coudreau, Barbosa Rodrigues, elles sont habitées par des populations indiennes complètement indépendantes, évaluées par Coudreau à 12 700 individus. Le territoire réellement contesté entre la France et le Brésil comprend une superficie évaluée approximativement à celle de quinze départements français et n'ayant pas plus de 5000 habitants policés, un seul sur 50 kilomètres carrés. Au dix-septième siècle déjà, ces régions étaient également revendiquées par la France et le Portugal, mais la limite méridionale du domaine ne pouvait donner lieu à aucune équivoque : c'était le grand fleuve des Amazones. Le fort de Macapä, au bord même de l'estuaire, près de la ligne équatoriale, avait été bâti en 1688 par les Portugais, puis occupé par les Français en 1797, et repris par les Portugais la même année. Le traité d’Utrecht, conclu en 1715, devait à jamais régler le différend; mais lle compliqua, en fixant pour limite aux possessions respectives des deux nations une rivière que personne ne connaissait, dont nul marin n'avait exploré l'embouchure. Quel est ce fleuve Yapok ou Vincent Pinzon que les diplomates d'Utrecht, ignorants des choses d'Amérique, voulurent indiquer sur leurs cartes rudimentaires? D'un côté, les Portugais désignaient, parmi tant de « Yapok » ou « Grandes Rivières » du littoral, celle dont l'estuaire s'ouvre entre la montagne d'Argent et le cap Orange; de l'autre, les Français pouvaient expliquer que la vraie « Grande Rivière », la « mer douce » de Vincent Pinzon, est certainement l'Amazone elle-même, et qu’à défaut de ce fleuve, il fallait choisir pour limite le cours d’eau le plus considérable de la région, l’Araguari. On emplirait les bibliothèques de mémoires et documents diplomatiques
publiés sur cette insoluble question. Diverses commissions se sont occu: pées d'interpréter le sens du traité d'Utrecht ou de trancher le problème par une décision définitive, mais leurs conventions ont été successivement écartées. Le Brésil, héritier du Portugal, formule les mêmes revendications, demandant aussi la frontière de l'Oyapok; cependant il a proposé de trancher le différend en prenant le Carsevenne pour limite.
Mais l'histoire ne se décrète point : elle se fait, ignorant les traités et les
conventions. En 1856, les Français établirent un poste au centre du territoire contesté, dans le lac de Mapa, ct, quatre années après, les Brésiliens fondèrent la colonie militaire de dom Pedro Segundo, sur la rive gauche de l'Araguari. Une convention décida que les puissances rivales évacueraient le pays en litige, et la France abandonna en effet son poste de Mapa; mais le Brésil maintint la zone de territoire occupée et même, en 1860, fit acte de domination politique au nord de l'Araguari, jusqu'au Tartarugal. La contrée, naguère déserte, se peuple peu à peu; quelques villages s'y forment, et les habitants, en majeure partie déserteurs et fugitifs brésiliens auxquels l'indépendance devrait suffire, cherchent à sortir de leur état d'indivision politique. À plusieurs reprises, ils demandèrent d'être annexés à la Guyane française, notamment en 1885, lors d’une visite de l'explorateur Coudreau. Enfin en 1886, les résidents de Counani, le principal village du Contesté septentrional, se décidèrent à proclamer leur autonomie politique; mais il leur fallait un président français, et Paris s'égaya de l'histoire d’un honorable géographe de Vanves soudain transformé en chef d'un État au nom naguère inconnu, et qui s’entoura aussitôt d’une cour, constitua son ministère et fonda un ordre national, l'Étoile de Counani, avec plus de commandeurs, grand-croix, officiers et chevaliers que ne contenait d'habitants la capitale de la république. Mais ce gouvernement dura peu : une année ne s'était pas écoulée que le ministre destituait le président de la nouvelle communauté politique. L'État indépendant de Counani avait disparu.
Quelles que soient les conventions à intervenir entre chargés d'affaires ou les décisions à prendre par les intéressés, la solution approche, car le pays, naguère solitude sans valeur appréciable, est désormais connu, grâce aux explorations de Coudreau, et ses ressources éveillent les appétits des voisins du nord et du sud. La population, évaluée à 1500 lors de la proclamation de l'éphémère indépendance, s'élevait au double six années après, et déjà le commerce annuel atteint un million et demi de francs, Les bateaux à vapeur côtiers qui font le service sur tout le littoral sud-américain, d’escale en escale, sont encore inconnus entre
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