‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 355 sur 401 · CORDOBA, BUENOS ARES · texte numérisé non relu

CORDOBA, BUENOS ARES

commerce et à l'immigration. C'est par l'Europe que se fit l'Argenline et qu'elle continue de se faire : tôt ou tard, quand la nation sera devenue réellement indépendante, l'équilibre s'établira entre ses diverses parties. D'ailleurs Buenos Aires, non satisfaite de sa prépondéance économique, a longtemps essayé de s’attribuer la domination politique : en secouant l'autorité de Madrid, elle avait cru devenir son héritière, et à son tour envoyait des ordres à la partie de l'empire colonial qui s'était détachée de la mère patrie. Telle fut la cause des guerres civiles, entre « unitaires » et « fédéralistes », qui ensanglantèrent le sol de l’Argentine et même, pendant un temps, la maintinrent divisée en deux États distincts.

La cité à laquelle Mendoza, qui en désigna l'emplacement, donna le nom de Puerto Santa Maria de Buenos Aires, n’est point un « port » naturel, malgré son appellation et celle de Porteños ou « Gens du Port » qui désigne ses habitants. Les indentations profondes manquent sur la longue plage basse de l'estuaire, et l'endroit choisi n'offrait aux nouveaux venus qu'une berge de débarquement pour les canots des navires restés au large. Même de nos jours, malgré le port artificiel, avec bassins, musoirs et brise-lames, qu'elle s’est fait construire, Buenos Aires se distingue à peine du pourtour uniforme de l'horizon : ses mâtures, ses lours, ses fumées apparaissent comme au-dessus d'une île flottante. Sans collines, sans renflements du sol s'élevant à plus de 19 mètres, Buenos Aires ne peut avoir rien d'imposant dans l'aspect. Les rues, découpant la ville en damier, se prolongent à perte de vue, sans rencontrer d’obstacle qui change leur direction rectiligne : seulement, au sud, les berges d'une terrasse qui descendent brusquement vers le « ruisseau » ou Riachuelo, interrompent un peu la régularité du plan géométrique: en outre, les gares, les édifices et les voies ferrées pointant dans toutes les direclions ont introduit quelque variété dans le quadrillé des rues.

Buenos Aires n’est pas la ville la plus ancienne de la République, bien que son emplacement ait été choisi l’un des premiers pour une colonie espagnole. En 1535, huit années après la fondation du fort d'Espiritu Santo, près de l'embouchure du Carcaraña, Diego de Mendoza pénétra dans le Riachuelo et construisit quelques chaumières sur la terrasse qui domine ce ruisseau. Mais il ne sut pas rester l'ami des Indiens Querandi et bientôt se trouva bloqué avec ses soldats et les colons dans l'étroit campement. Des batailles, des assauts eurent lieu avec des succès divers; toutefois la petite colonie espagnole ne parvint pas à se dégager complètement, et, en 1542, Alvar Nuñez « Tète de Vache » donna l'ordre

d'évacuer Buenos Aires : le pays était rendu aux Indiens, Repoussés de ve côté, les Européens reportèrent leurs forces vers les rives du Parani et du Paraguay où les indigènes s'étaient soumis sans grande résistance, mais leurs progrès mêmes dans l'intérieur rendirent indispensable la fondation d'une cité commerciale sur les rives de l'estuaire, Il semblait téméraire de s'établir dans le voisinage des belliqueux Charrua de la Bande Orientale, et l’on décida la reconquête de la position perdue sur le Riachuelo, En 1580, Juan de Garay, accompagné de soixante soldats et d'une troupe d'Indiens auxiliaires, reprit possession de la berge de Buenos Aires, d'où les Querandi s'étaient alors éloignés, et la répartition du terrain commença.

La naissance d'un entrepôt commercial à la porte de immense bassin des fleuves platéens était un événement trop considérable pour que l'ancien équilibre ne se trouvât pas changé. Les négociants de Séville et de Cadiz, qui possédaient le monopole du commerce dans le Nouveau Monde par la Nouvelle-Grenade et le Pérou, exigèrent du gouvernement cette mesure absurde, que l'importation des objets d'Europe à la Plata se fit par la voie du Pérou et du haut Paraguay". Cependant Buenos Aires réussit à obtenir quelques facilités de trafic, et l'établissement d'une colonie portugaise à Sacramento, en face même de la ville espagnole, développa rapidement le commerce de contrebande. Buenos Aires et sa banlieue n'avaient encore que 20 000 habitants en 1744, plus d'un siècle et demi après sa fondation. La ville ne prit d'importance qu'en 1776, lorsque les territoires platéens se détachèrent de la tutelle politique et commerciale du Pérou, pour constituer la vice-royauté de la Plata et nouer des relations directes avec la mère patrie. Dès le commencement du dix-neuvième sièele, Buenos Aires devint une grande ville de 50 000 habitants; la campagne environnante possédait un nombre égal de résidents.

Avec la période de l'indépendance commençèrent les guerres et les dissensions civiles; néanmoins Buenos Aires ne cessa de grandir, et, depuis que le mouvement d'émigration européenne a pris le caractère d'un exode, la capitale de la Plata, naguère inférieure à beaucoup d’autres cités sud-américaines et aux deux cités principales de l'Australasié, a pris le premier rang comme centre populeux dans tout l'hémisphère méridional*, Parfois des révolutions locales, des épidémies, des crises d'argent ont occasionné un recul temporaire, mais le mouvement normal

® Martin de Moussy, ouvrage cité.

* Population de Buenos Aires, le 31 juillet 1893 : 569 122 habitants,

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