‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 369 sur 401 · POPULATION DE L'ARGENTINE · texte numérisé non relu

POPULATION DE L'ARGENTINE

«main-d'œuvre », l'immigration est considérée dans l'Argentine, malgré les jalousies locales, comme le recrutement de concitoyens futurs. Dès l'année 1814, un an avant qu‘ l'introduction d'esclaves fût prohibée à Buenos Aires, Rivadavia parla

‘attirer l'immigration étrangère, « non

ulement comme addition de travailleurs, mais comme élément de civi-

lisation »'. Dans les premières décades, on ne compta pas le nombre

des étrangers qui débarquaient sur les rives platéennes pour s'y faire une

patrie nouvelle, mais depuis 1857 on énumère les immigrants entrés à

Buenos Aires, soit directement, soit par la voie de Montevideo. En défal-

quant le chiffre de lémigration et la mortalité probable des nouveaux

venus non mariés, pendant les premières années de leur séjour’, on

constate que la République s'est enrichie d'un million d'habitants faisant

souche en Argentine. En outre, des milliers et des milliers de voyageurs

arrivés par” voies coûteuses à bord des transatlantiques, et non classés

parmi les immigrants, se sont établis à demeure, et l'on ne devrait pas

non plus oublier les colons chiliens qui traversent les cols des Andes, pour

redescendre sur le versant oriental, et qui constituent la grande majorité

de la population cis-andine.

Tout en augmentant soudain le nombre des résidents, les étrangers

immigrés font par contre-coup baisser la natalité proportionnelle, les

hommes débarquant beaucoup plus nombreux que les femmes® : dans Buenos Aires, Santa Fé, l'Entre-Rios, on compte 20 pour 100 en plus de population masculine. Mais ceux qui viennent en masses plus épaisses,

les Italiens, sont précisément ceux dont les familles multiplient plus que

toutes les autres : 60 pour 1000, tel serait le chiffre de leur natalité dans les provinces platéennes, tandis qu'elle est de 40 pour 1000 seulement dans les familles françaises immigrées, et moindre encore chez

les Argentins. En certaines années, la mortalité de ces derniers dépasse-

ait même à Buenos Aires le chiffre des naissances*, Ainsi les « fils du

pays » auraient déjà perdu de leur force virile, et l'accroissement annuel

de la nation serait compromis si le mélange avec le sang de l'étranger ne

! Alexis Peyret, ouvrage cité.

; Immigrants de 5° classe débarqués à Buenos Aires de 1857 à 1891. 1 801 807 émigrants partis de » » 420 000

Morts probables d'immigrants sans familles . Jus Fo 400 000 Accroissement présumé des habitants par l'immigration, . . . . 1 000 000

5 Proportion des hommes et des femmes pour les 65 655 immigrants à Buenos Aires en 1886 :

Hommes . . . . . . . . . . . 71,25 pour 100 Femmes . . . . . . . . . . . . . 28,70 »

4 Latzina; — M. G. and E. T. Mulhall, ouvrages cités.

renouvelait la race', C'estun phénomène analogue à celui que l'on observe dans la Nouvelle-Angleterve et les autres pays anciennement colonisé des États-Unis. On dit que dans là république Argentine, comme dans le Paraguay, les naissances féminines prévalent chez les familles créoles?,

De mème qu'au Brésil, la nationalité dominante parmi les nouveaux venus est celle des Italiens : à eux seuls ils constituent le tiers de l'immigration. Puis viennent les Espagnols et les Français, sans que la statistique distingue l'élément basque ou euskarien, naguère le plus important, Les Anglais, les Suisses, les Allemands, parmi lesquels beaucoup de Slaves des provinces orientales, se suivent par ordre numérique, Les premiers Juifs de Russie, d’Austro-Hongrie, de Palestine, importés par bandes, arrivèrent en 1891 au nombre de 2850. La plupart des arrivants parlant une langue d'origine latine, l'accoutumance au langage national ne présente aucune difficulté. On à constaté également que plus des neuf dixièmes des immigrants sont nés catholiques et qu'un tiers environ ignorent la lecture et l'écriture. Quant aux professions, les agriculteurs, journaliers et ouvriers de toute espèce l'emportent de beaucoup sur les gens sans métier défini, et la plupart des jeunes gens, venus dans le vague espoir de faire fortune en vertu de parchemins ou de diplômes, ont à se mettre bravement au travail manuel pour obtenir un gagne-pain. Naturellement la grande majorité des étrangers reste au lieu d'arrivée ou dans les environs, à Buenos Aires, à Rosario, dans l'Entre-Rios ou le Santa F6 : l'immigration se raréfie en s'éloignant de l'estuaire platéen, Mais dans presque toute l'étendue de la République les Européens trouvent un elimat qui leur convient et n'ont à éviter comme lieux de séjour que des régions analogues à celles qui seraient dangereuses dans l'Ancien Monde, telles les contrées marécageuses où naissent les fièvres, et les pays parcourus par des eaux malsaines, développant le goitre chez les riverains. Le tétanos cause une grande mortalité. Le ver solitaire est très commun dans l'Argentine : les paysans ayant pris l'habitude de manger la viande crue où à peine cuite, le parasite passe sans peine du quadrupède à l'homme. À cet égard il y a similitude parfaite entre l'hygiène et les maladies sur les plateaux abyssins et dans les campagnes platéennes”. La lèpre fait quelques rares victimes et Buenos Aires a reçu la visite de la fièvre jaune, importée du Brésil; mais depuis plusieurs années cette maladie ne se propage plus des navires dans la cité, grâce à des précau-

t Latzina; — Alberto B. Martinez, Boletin del Instituto Geogrdfico Argentino, 1888.

3 Ernest van Bruyssel, la République Argentine. 3 B. Dupont, Endemia de tenia solium en la repüblica Argentina.

celui que l'on observe ciennement colonisés rentine, comme dans les familles créoles?, parmi les nouveaux nt le tiers de l'immi- S, Sans que la statisre le plus important, 2squels beaucoup de dre numérique, Les ‘stine, importés par plupart des arrivants au langage national ‘ment que plus des qu'un tiers environ ns, les agriculteurs, de beaucoup sur les rens, venus dans le ns où de diplômes, tenir un gagne-pain.

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gentino, 1888.

ions sanitaires très rigoureuses. Parmi les violentes épidémies, la variole est la plus redoutable, comme jadis en Europe avant l'introduction de la vaceine, et la plus meurtrière des maladies lentes, la phtisie, fait autant de ravages à Buenos Aires que dans les capitales de l'Europe. Mais on cite des régions encore faiblement habitées où l'air, d'une pureté parfaite, ne laisse pas développer les maladies de poitrine : tels sont les plateaux dans l'État de San Juan et la vallée du Chubut. Un proverbe, qui n'a peut-être son pareil dans aucune partie du monde, dit qu'en Patagonie

«il meurt seulement un homme tous les cent ans! »

L'agriculture proprement dite est d'origine récente dans l'Argentine. Peu nombreux sur une terre d'immense étendue, où se maultipliaient les bestiaux par milliers et par millions, les habitants n'avaient qu'à vivre de l'abatage des troupeaux. À cette époque, la culture du sol ne répondait à aucun besoin. Les Argentins de la campagne, se nourrissant presque exelusivement de viande, avaient en abondance tout leur nécessure. On abattait un bœuf pour en manger la langue, et l'on ne se donnait même pas la fatigue d'écorcher l'animal pour en vendre la peau : tout au plus, afin d'éviter la puanteur, trainait-on la bête dans quelque briqueterie pour en alimenter la flamme. L'entretien des estancias

élait des plus simples. Les animaux restaient en plein air toute l'année et les propriétaires se faisaient un revenu suffisant par la vente des peaux, des viandes séchées ou tasajo et du noir animal, produit de la combustion des os.

Après le cheval, que débarqua Solis sur les rives de la Plata, c'est par la voie du Paraguay que le premier bétail fut importé dans Île territoire platéen. En 1550, un envoyé d'Irala, revenant du Pérou, amena des chèvres et des brebis et, trois années plus tard, les frères Gôes, partis de Säo Vicente, introduisirent au Paraguay un taureau et huit vaches. De ces bêtes, originaires du midi de l'Espagne, descendent les millions d’animaux qui peuplent actuellement les savanes des républiques platéennes. En devenant indigène, le bœuf européen n'a perdu aucune de ses quatés natives et paraît avoir à peine changé : son nouveau milieu lui convient aussi bien que le sol et le climat d'origine; 1l se montre le même au nord comme au sud de l’Argentine, sur un espace de 2000 kilomètres, dans le Chaco septentrional et dans les campagnes de Bahia Blanca.

1 W. I. Hudson, Idle Days in Patagonia.

La taille dépend uniquement de la qualité des pâturages : le bœuf el plus petit dans les champs secs el arides de Catamarea, plus grand dans les riches prairies de l'Entre-Rios"; la plus belle race est celle de Miranda, venue du Matto Grosso. Le terrain le plus apprécié est celui qui comprend à la fois un campo où pâturage, un monte où bosquet dans lequel les animaux peuvent se mettre à l'abri, un bañado où marais dans lequel ils puissent se rafraichir®, Lâchées dans les plaines, les bêtes à cornes multiplièrent prodigieusement, On estime que dans les pampas et la mésopotamie un troupeau bien aménagé double tous les trois ans, L'aceroissement était plus rapide encore pour les troupeaux alzados ou vivant à l'état sauvage dans la plaine libre. Les Indiens ne les chassaient pas pour s'en nourrir, Îs ne s'occupaient que du cheval, qu'ils avaient promptement appris à monter; ils sacrifiatent aussi des juments à leurs dieux et en mangeaient la chair; mais les Pehuen-che des Andes ne S'habituèrent, dit-on, à se nourrir du bœuf que vers le milieu de ce siècle, 1 Les Espagnols de la pampa ne chassaient les alzados que pour leur cuir. Des cavaliers, tenant à la main une latte terminée par un croissant aigu, poursuivaient les animaux au galop et leur tranchaient le jarret, puis, après en avoir abattu un certain nombre, les achevaient pour enlever: le cuir, qu'ils étendaient sur le sol en le retenant par des piquets. Le peuplement de la contrée à supprimé cette industrie barbare : presque tous les animaux, devenus domestiques, sont soumis aux praliques de l'élevage régulier, Gà et là, dans les vallons écartés des montagnes ou dans les prairies défendues par un cercle de marécages, se voient encore quelques bœufs sauvages formant une « heureuse famille » avec d'autres bêtes ayant fui l'autorité de l'homme, Près de l'embouchure du rio Negro se prolonge une île basse couverte de roseaux, au milieu desquels gitent des pores sauvages : ces animaux, sans augmenter en nombre, se perpé- Luent et se maintiennent malgré les marées qui parfois recouvrent l'ile entière, el les oiseaux de proie, toujours aux aguets sur les rochers voi-

sins. Pendant un temps ces pores eurent comme protecteur contre les

aigles une vache égarée, autour de laquelle se pressait la bande : les

gens des alentours l'appelaient la « mère aux cochons® ». Les chevaux sauvages ou baguales sont encore beaucoup plus rares que les bœufs alzados, et l'on n'en voit guère que dans la Patagonie méridionale,

où on ne les poursuit guère que par amour de la chasse : comme mon- 1 Martin de Moussy, ouvrage cité,

3 E. de Bourgade la Dardye, Le Paraguay.

5 W. IL Hudson, Zdle Days in Patagonia.

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