ÉLÈVE DU BÉTAIL EN ARGENTINE
ture ils n’ont guère de valeur', D'origine arabe par la variété d'Andabusie, le cheval argentin est d'ordinaire fort docile, sobre, dur à la itigue; mais naguère on s’occupait peu de la beauté de ses formes : il st de petite taille et sa tête est fort grosse, La vanité des cavaliers aidant, \rgentins et étrangers rivalisent maintenant d'ardeur pour l'embellissement de la race par un mélange avec le sang arabe. On élève aussi des mules, surtout dans la province de Côrdoba; autrefois ces animaux étaient portés au Pérou pour le service des mines; actuellement on en fait le “ommerce avec la Bolivie et le Chili. Dans toute la région des montagnes un se sert presque exclusivement du mulet, qui a le pas sûr et plus de résistance que le cheval. Mais on s’est encore peu intéressé à l'amélioration de l'animal par le choix des baudets. Les mules qu’on expédie de Buenos \ires aux Mascareignes et aux Indes, et de l'autre côté vers les provinces andines, sont élevées dans les contrées du littoral.
Le mouton constitue, avec le cheval et le bœuf, la principale richesse nimale de l'Argentine et tend même à prendre le premier rang. Sous le régime colonial, la race s'était énormément accrue, quoique les ovidés, out en restant groupés autour de l'homme, n'eussent pour ainsi dire jaucune valeur marchande. Dans l'intérieur, quelques femmes calchaqui rweueillaient la laine pour en tisser de grossières étoffes; mais on ne mangeait même pas la chair du mouton: des industriels sacrifiaient les hètes pour faire de la chaux avec leurs os, abandonnant la viande aux chiens et aux vautours. L'Espagne jalouse avait interdit l'exportation des mérinos dans ses possessions d'outre-mer : cette variété précieuse ne fut introduite que longtemps après la déclaration d'indépendance. Nais depuis 1850 un grand nombre d'éleveurs, parmi lesquels on compte surtout des Anglais, ont amélioré les variétés indigènes et, par le roisement avec les diverses races d'Europe, ont obtenu de nouveaux types “mme pour le bœuf et le cheval. Les meilleures laines sont celles des brebis qui paissent le gazon court des provinces nord-occidentales : les qualités supérieures proviennent de la puna de Jujuy, où le mouton se mêle au Jama, animal qu’on ne trouve en aucune autre partie de l'Argentine. Nul berger, sauf le Quichua, ne réussirait à l’assouplir pour le transport des fardeaux.
Toutes les autres espèces domestiques de l'Europe ont été introduites “ont prospéré dans l'Argentine, même sans aucun soin : les chiens et
ls chats, qui par milliers sont revenus à l’état sauvage, les pores, les
! Rogers und Ibar, Petermann's Mitteilungen, 1880, Heft IT.
chèvres, qui là aussi ne sont guère que le bétail du pauvre, les lapins, leg gallinacés de toute espèce, L'autruche indigène et celle de l'Afrique ont réussi dans quelques fermes, mais ne donnent pas lieu à une grande exploi-f tation industrielle comme au cap de Bonne-Espérance, Le coq, d'une grande beauté, combat dans les reñideros de tous les villages : on leÂ
soigne avec amour; on croise les variétés pour obtenir les meilleurs champions, avee la crête la plus audacieuse, l'œil le plus vif, le plumage le plus éclatant, l'ergot Île plus acéré, auquel on ajoute un tranchant d'acier. Des oiseaux chanteurs, tels l'alouette, ont été lâchés dans les ampos. Les abeilles d'Europe ont réussi, notamment dans l'Entre-Rios ; mais ne serait-il pas préférable d'utiliser les espèces indigènes”? Diverses mouches à miel foisonnent dans le Chaco et dans la province de Santiago À del Estero, donnant encore lieu à une industrie assez active : des chasseurs ou meleros indiens font des voyages de plusieurs jours, et même de plusieurs semaines, pour découvrir les gâteaux que les abeilles et les bourdons melliféères construisent en des trous où attachent aux branches des arbres, Is abattent parfois des bois entiers. Les précieux insectes, pourchassés à outrance, disparaîtront peut-être avant qu'on ait appris à discipliner leur travail et à préparer des ruches.
Les progrès de l'Argentine, entraînant l'utilisation croissante du sol, ont fait reculer l'élève du gros bétail devant celle des moutons, qui rasent l'herbe de plus près. Les estancias de bêtes à cornes appartiennent surtout à des Argentins qui suivent les anciennes pratiques, tandis que l'élève des moutons à pris le caractère d'une industrie plus moderne, dirigée par des étrangers et des novateurs. De même l'agriculture, succédant à la vie pastorale, représente un nouveau progrès et refoule le mouton, suivie à son tour par le jardinage ou culture intensive’. Cependant l'évolution qui s'accomplit n'empêche pas que la mésopotamie argentine, unie à la province de Buenss Aires et à la république de l'Uruguay, soit la contrée du monde qui possède le plus de bœufs et de chevaux en proportion du
1 Cheptel de l'Argentine en 1888 :
QUE AL ER EN RE E RE 2eTAT 4 400 000
Bétes à cornes . . . . . , , . . . . . . 29 050 000
Moutons. . . . . . ... . . . . . . . 70450000
Proportion des animaux par 1000 habitants en 1890 :
Uruguay. . . . . 10284 bœufs; 29959 brebis; 1 081 chevaux, cte. Entre-Rios. . . . 10869 » 18116 » L449 »
Buenos Aires, . . 9029 » 109 851 » 4 003 »
Australie, . . . . 1955 pp 49702 » 286 »
France... , . . . 543 p) 592 » 76 »
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Les débuts de l'agriculture furent difficiles. C'est presque de force, pour obéir à l'implacable volonté du tout-puissant Urquisa, que les habitants de l'Entre-Rios firent leurs premières plantations. Ces ordres meurent pas grand effet; les indigènes profitaient des moindres troubles politiques pour abandonner leurs champs, leurs vergers, et reprendre la vie nomade des pasteurs. Mais la révolution que la volonté d'un seul n'avait pu réaliser, les nouvelles conditions économiques de l'Europe et du Nouveau Monde l'accomplirent, Quand la chair des animaux, devenue rare sur les marchés lointains, acquit de la valeur, même dans la mésopotamie argentine, on reconnut le prix du sol nourricier, on le elassa suivant ses produits, et l’agriculture, progressant autour des villes, s'empara graduellement des meilleurs terrains de labour, L'arrivée de eultivateurs étrangers, débarquant par milliers et dizaines de milliers, cwineide avec les transformations économiques de l'Argentine et en précipite le mouvement.
La superficie des terres cultivées dans la république Argentine était évaluée par Braekebuseh en 1891 à près de 30000 kilomètres carrés, un peu plus de la centième partie du territoire. Les deux céréales, froment et maïs, sont de beaucoup les principales cultures, et recouvrent plus des deux tiers de l'espace soumis au labour; puis vient l'alfalfa ou luzerne, que l'on cultive surtout dans les terrains arrosés de l'ouest et qui fournit au commerce une de ses plus fructueuses denrées d'exporlation. Les autres productions végétales obtenues par le travail de l'homme n'oceupent qu'une très faible partie du domaine agricole. La province de Buenos Aires, qui nourrit la capitale, est la plus riche : elle contient le tiers des terres cultivées dans toute la République’. La province de Santa Fé, que se sont distribuée en grande partie les colons étrangers, prend le deuxième rang pour la superficie des terrains labourés. Côr-
1 Terres cultivées de la république Argentine en hectares (1891) : Ensemble,
Froment, Maïs. Luzerne, Autres,
Provinces, Buenos Aires. .
Santa Fé., , . 598 093 57 073 20 772 50 419 656 287 Cordoba.. . . 174 053 111 683 188 466 49 886 0924 068 Entre-Rios . . 199 780 48 912 95 195 31 879 241 696 Mendoza... . . 12 000 30 000 495 260 23 699 490 959 Autres, , . . 54 730 407 240 159 672 118 930 420 572
Ensemble. . 1 202 228 825 495 601 85 566 462 2 996 040
(Ludwig Brackebusch, Petermann's Mitteilungen, 1893.)
doba est la troisième dans la série, mais, sauf la pomme de terre, elle ne cultive guère que le blé : il en résulte que, si cette récolle vient à manquer, la ruine est générale. Entre-Rios, si admirablement située dans la mésopotamie argentine, n'a que la quatrième place pour l'étendue des champs cultivés, et l’autre province mésopotamienne, Corrientes, vient presque à la fin de la liste, après Mendoza, San Juan, Tueuman et San Luis. Presque partout, sauf dans les Missions, les agriculteurs ont à redouter la sauterelle volante, qui se présente parfois en bandes serrées sur une largeur de cent kilomètres. Le rendement est beaucoup plus faible que dans la plupart des autres pays agricoles : ainsi, dans la province de Santa Fé, la plus fertile de la pampa, il ne dépasse pas quatre où cinq hectolitres par hectare, récolte que l’on sonsidérerait comme misérable en France ou en Angleterre. L'Argentine donne beaucoup de froment, non en raison de sa fertilité, mais en raison de son étendue".
L: première des cultures après les céréales, la canne à sucre, appartient exclusivement à la zone sub-tropicale : on ne la voit que dans les fonds de vallée, formant une bande étroite, d'Oran, près de la frontière bolivienne, à Tucumar et à Santiago del Estero. La culture du cotonnier, qui donnait de bonnes récoltes, a été presque abandonnée ; mais dans cette même zone on cultive la vigne, jusqu’à la hauteur de 2000 mètres. Les régions principales des vignobles sont les environs de San Juan et de Mendoza : l'industrie viticole y a pris une véritable importance. La production annuelle du vin est évaluée à 600000 hectolitres, quantité à peu près égale à celle qu'on importe de l'étranger”, mais représentant seulement le cinguième des boissons de toute origine que l'on consomme sous le nom de vin. Les raisins servent aussi, de même que la canne, le maïs et autres produits du sol, à fabriquer des eaux-de-vie. Les provinces à vignobles possèdent également quelques olivettes, mais les baies ne servent guère à la préparation de l'huile, que l’on retire plutôt des arachides, autre culture de l'Argentine. Le Corrientes fournit des tabacs d’une qualité analogue aux bonnes variétés du Paraguay. Un peu de quinoa, dans les provinces du nord où s'était répandue la civilisation des Quichua, et des pommes de terre, des légumes, des fruits d'Europe dans les colonies
modernes, telles sont les autres productions notables dans les champs
et les jardins. On a souvent fait de la sériciculture, sans résultat fructueux, le travail des magnaneries paraissant trop méticuleux à des gens accou-
1 De Bourgade la Dardye, Le Paraguay.
3 Importation des vins et liqueurs dans l'Argentine en 18992 : 510 000 hectolitres. 5 Nacion, 5 de setiembre 1893.
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tumés aux gros labeurs. Quant à l'apiculture, on possède bien çà et là quelques ruches, mais en certaines provinces, l'introduction de l'abeille aurait été prohibée comme nuisible aux arbres fruitiers".
De même que les hommes d'origine europé:ane ont refoulé ou même exterminé les indigènes, très elairsemés de nos jours, de même que le bétail de l'Ancien Monde se substitue dans les pâturages aux bêtes primitives des pampas et de la montagne, de mème les plantes cultivées sont pour la plupart de provenance européenne : jusqu'au maïs, espèce américaine, que représentent maintes variétés d'outre-mer. La flore arborescente exotique a déjà modifié la physionomie des campagnes : les pêchers, les peupliers, les saules, les eucalyptus ont transformé les landes «ses, et des bordures d'arbres ont assaini les rivages des marais. Jusqu'en Patagonie, sur les versants des Andes, la flore silvestre à changé d’aspeet. Les missionnaires jésuites qui s'étaient avancés au milieu des indigènes bien avant les autres Européens, avaient apporté des instruments d'agriculture, des graines et les semences des prineipales espèces alimentaires de l'Ancien Monde. Les pommiers qu'ils avaient plantés leur survécurent et trouvèrent un milieu si favorable qu'ils se propagèrent spontanément, couvrant de vastes étendues. Dans la saison, la région sous-andine des € Manzanas » se peuple d'Indiens accourus des plaines environnantes : ils trouvent là nourriture et la boisson, ayant appris à fabriquer une espèce de cidre ou chicha. Cependant les forêts de pommiers n'existent que dans le voisinage des routes indiennes, jamais au cœur des grandes lorèts primitives”.
La teneur de la propriété varie dans l’Argentine. Tandis qu'en certains endroits l'ancien régime prévaut toujours, la propriété moyenne s'est constituée dans les vrovitres de l'est, où affluent les colons étrangers; elle existait déjx dans le Tucuman, où l’on comptait en 1882 plus de 1150 proprittairs chefs de famille sur une population totale de 190 000 habitants, En certains districts éloignés de Bu nos Aires, d’immenses domaines appartiennent collectivement au: abres dispersés d'une seule et mème famille, qui peuvent s'établir dans n'importe quelle partie de la propriété commune et y faire paître leur bétail. Ce maintien de l'indivision ne prouve pas, comme on pourrait le croire, la cordiale union entre parents : 1! témoigne sculement des grandes difficultés que l'esprit processif d£s associés oppose à un partage
! Ludwig Brickebusch, mémoire cité.
* Josef Siemiradzki, Petermann's Mitleicngen, 18C5, Heît IN, 5 Pablo Croussard, Tucuman.
amiable’. Dans la province de Jujuy se maintient un reste des enco- k emp miendas, c'est-à-dire, sous un autre nom, la servitude des Indiens. die
Quelques familles de ees Coyas esclaves ont réussi, après de san- des é
rivald breu réuss]
glantes rébellions, à reconquérir leurs terres et leur liberté, mais tous ne se sont pas encore affranchis, et tel grand propriétaire peut se dire Je maître de domaines immenses embrassant les montagnes, les vallées les habitants de lun à l'autre horizon”. Souvent les prétendues révolutions les. c politiques de l’intérieur ne sont autre chose que des couflits entre estan- centa cieros qui lancent l’une contre l’autre leurs bandes de vassaux ou inqui- l'on
linos; ces malheureux, tolérés sur les domaines, mais sans espoir d'en const obtenir un lopin en propriété personnelle, toujours endettés envers le De suzerain, vivent dans une extrême misère, à laquelle les hasards d'une naiss guerre civile font une diversion, quelquefois bienvenue. kel Même dans les provinces orientales, notamment dans celle de Buenos hit a Aires, la plus grande partie du sol se partage en de très vastes propriétés, de 50 ainsi qu'en témoignent les plans eadastraux, où se trouvent inscrits les on: lo noms des différents possesseurs. On évalue d'ordinaire ces étendues par affich « lieues carrées », qui varient un peu suivant les provinces, mais À villes comprennent un espace moyen de 27 kilomètres earrés*. Un seul acheteur nv s’est acquis d'un coup pour onze millions de francs un domaine de qui « 360 000 hectares dans la pampa. Des propriétés de pareilles dimensions Ne étaient trop grandes pour avoir des limites précises : les troupeaux ent vaguaient à une certaine distance de leur querencia ou lieu de repos édit nocturne, mais à quelques hectomètres près le berger ne regardait pas aux Lnière bornes du terrain de pâture. Le libre parcours des bestiaux, tel fu le 4: I grand obstacle à l'initiative agricole : les colons devaient veiller constx;1- ÿ geant ment aux abords des cultures, et souvent n’arrivaient à chasser le bétail d pass a qu'après la dévastation complète de leurs champs. De R de somunuelles Qi Lt discussions, suivies parfois de luttes à main armée entre les estancieros qu ol
et les colons. Ceux-ci ont fini par l'emporter; des clôtures en fil de fer à Re à
entourent les pâturages. dèle Les premières colonies, très péniblement créées, ont été fondées par norddes concessionnaires qui s'engageaient à peupler leur territoire dans un les te sectio 1 Brackebusch, Bolelin del Instituto Geogräfico Argentino, tomo IV, 1882, de 2 Prix moyen de la lieue carrée dans l’Argentine en 1899 : 400 1 Terres AYPICOIER, 5 4 + à 6 400 000 francs, wctio
PARTAGER EE, 4 1, + 12500 » à
Brousses. . . . SR 5700 » (Mulhall.) son |
5 Ludwig Brackcbusch, Petermann's Mitteilungen, 1899, Heft NI, empèt
reste des enco-
e des Indiens, après de sanerté, mais lous peut se dire le , les vallées el lues révolutions its entre estan- SAUX OÙ énquians espoir d'en lettés envers le
hasards d'une
elle de Buenos stes propriétés, ent inscrits les s étendues par rovinces, mais n seul acheteur n domaine de Îles dimensions
les troupeaux | lieu de repos
gardait pas aux
aux, lel lui le eiller constr;uasser le bétail de sonunuaelles les estancieros
s en fil de fer
té fondées par
Remps donné et moyennant certains avantages financiers ou autres. La
D des éleveurs, les jalousies
rivales causèrent de nombreux insuccès, mais les réussites encouragèrent ls colons, et c'est par centaines maintenant que lon comnte les groupes constitués en communes.
De nouvelles colonies naissent tous les jours :
el grand propriétaire hit arpenter une partie de son domaine, la divise en lots de vente, en fait afficher le plan dans les rilles et les gares, donne au village futur un nom qui «sonne bien », fonde une boutique pour alimenter les travailleurs à edit pendant la première année, et les colons & présentent, s'enga-
Ageant à payer leurs lots
pa annuités, d’un quart à la fois. Une loi, dite de « colonisation », votée en 1876, d’après le modèle du homestead-bill
Ldfficulté des communications, l’inexpérience des cultivateurs, l'hostilité