COLOMBIA
Uruguay (Banda oriental) la France l'Angleterre la Colombie l'Argentine aucienne République (aucienne Cis-Platina) nègre
2000 kil.
à Sio Paulo, de Minas Geracs, de Pernambuco. Après la proclamation de l'indépendance nord-américaine, les mouvements nationaux devinrent plus sérieux, et cette même année 1789, qui de l’autre côté de l'Océan } vit naître la Révolution française, marqua au Brésil l'écrasement de la | première conjuration républicaine, déjà préparée quelques années aupa- Bravant par les étudiants brésiliens qui résidaient en France. Un des à conspirateurs, Joaquim José de Silva Xavier, surnommé Tiradentes,
subit la peine du gibet en 1792. Les Brésiliens ont choisi cette date comme le point de départ de leur nouvelle ère nationale",
Cependant le régime portugais se maintint encore pendant plusieurs années, grâce aux conjonctures nouvelles que produisirent les guerres napoléoniennes. Fuyant le Portugal, le prince régent dom Joûo du émigrer au Brésil et faire de Rio de Janeiro le chef-lieu de sa monarchie : le Brésil prit le titre de royaume et l’on commença de considérer le Portugal lointain comme la dépendance de son ancienne colonie. Aussi l’orgueil de la nation se trouva vivement froissé quand le gouvernement royal voulut rétablir l'ancien ordre de choses. En 1817, une insurrection républicaine éclata dans Pernambuco, la ville patriotique par excellence. Puis, en 1821, les côrtes brésiliennes, s'opposant au départ de dom Joäo VI, furent dispersées par la force des baïonnettes; mais, l’année suivante, le régent dom Pedro eut à choisir entre le retour Portugal et le trône impérial du Brésil indépendant : il prit le trône,
Ainsi s'accomplit, presque sans conflit, la rupture définitive : la vaste |
colonie se détacha de la métropole, près de cent fois moins étendue, qui pendant trois siècles lui avait donné sa population, sa langue et ses mœurs. Phénomène analogue à celui qui se présenta dans le monde antique, lorsque la puissante Carthage se fit indépendante de Tyr, et que les colonies de la Sicile, de la Grande Grèce, des Gaules et de l'Ibéri s'émancipèrent de la tutelle hellénique.
Devenu maître de ses destinées, le Brésil se montra dans son individualité précise, contrastant avec celle des républiques espagnoles. Une première opposition provenail du régime politique, dont les différences étaient d'ailleurs plus apparentes que réelles ; car si la rupture violente et des guerres acharnées avaient amené successivement tous les États amiéricains de langue espagnole à se donner des constitutions républicaines, tandis que-le Brésil s'érigeait en empire, ces’ États n'en étaient pas moins des communautés à mœurs monarchiques, obéissant à des dictatures militaires. Un contraste plus sérieux provenait des éléments ethniques dont se composait la population mélangée des deux moitiés du continent sud-américain. Le Brésil, comme les États andins, a par centaines des tribus indépendantes d'origine peu connue et croisées à l'infini, qui vivent dans les solitudes; mais par ses populations indiennes, mélangées avec les immigrants européens, il présente plus d'unité que les répu bliques espagnoles du pourtour continental. La plupart des nations abo-
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encore par la part de l'élément africain qui entre dans leur population. Sans doute, les Hispano-Américains se sont croisés de noirs, principalement sur les côtes de la mer des Antilles et des mers équatoriales, mais ce mélange n’a guère d'importance en comparaison de celui qui s’est opéré au Brésil entre Portugais et Guinéens. La proximité des deux ceûtes presque parallèles a produit ce phénomène, capital dans l'histoire de la fusion des races. Les esclaves noirs ont été importés dans les plantations brésiliennes par millions, et quoique les cargaisons de chair humaine ne comprissent d'ordinaire qu’un petit nombre de femmes, moins utiles que les hommes pour le dur travail des champs, des familles se constituèrent, les naissances égalisèrent les sexes, et les croisements de race à race devinrent fréquents. On peut dire que la nation brésilienne, prise dans son ensemble, est de sang mêlé, quoique la majorité se dise blanche d'origine. Les sentiments de vanité expliquent suffisamment que les familles se réclament de leurs ancêtres libres et non de ceux qui furent esclaves. Aussi toute statistique basée sur la déclaration des citoyens serait-elle mensongère. Mais il importe peu. Quelle que soit la proportion des croisements, l’égalisation se fait par la naissance même. Les employés, de peau plus ou moins ombrée, ne font aucune difficulté de reconnaître comme blancs tous ceux qui veulent se dire tels, et leur délivrent les papiers qui établissent légalement la pureté de leur origine. D'ailleurs le Brésilien libre, fût-il même du plus beau noir et n’eût-il que des Guinéens parmi ses aïeux, n’en est pas moins considéré par ses compatriotes blancs comme un égal.
Pourtant le Brésil, parmi les pays à civilisation européenne, maintint le plus longtemps l'esclavage des Africains. Après avoir proclamé leur indépendance nationale, les Brésiliens pratiquaient encore légalement h traite des nègres : il fallut, en 1826, la pression menaçante du gouvernement anglais pour que ce commerce fût officiellement aboli. Mais la convention ne fut pas observée, et la traite continua en dépit des croisières britanniques. Malgré l'adoption au Parlement anglais, en 1845, du « bill Aberdeen », par lequel les marins de la Grande-Bretagne s’arrogeaient le droit de pourchasser les négriers dans les eaux brésiliennes et même de forcer l'entrée des ports, le trafic des esclaves continua presque sans diminution jusqu'au milieu du siècle. La certitude de recevoir sur les marchés brésiliens la somme de 400 francs pour chaque « paire de bras » nègres, achetée 100 francs sur la côte de Guinée, avivait le commerce des négriers, et l’on importait tous les ans de 50 000 à 80 000 esclaves : on évalue à plus de 1 million et demi les noirs importés au Brésil de 182%
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à 1851 en violation des traités. Mais le gouvernement lui-même, poussé par la volonté nationale, dut sévir à la fin, en assimilant l'importation des nègres à la piraterie. Dès ce moment, la fin prochaine de l'esclavage ne pouvait faire l’objet d'un doute, car le nombre des asservis diminuait d'année en année, tandis que la proportion des hommes libres s’accroissait par lexeès des naissances et par l'immigration. La mortalité frappait exceptionnellement les travailleurs noirs. En 1851, on évaluait à 2 200 000 individus la population servile de l'empire : eîle n'était plus que 1 500 000 en 1871; en vingt années, elle aurait diminué de 700 000, soit un tiers environ '.
L'affranchissement entrait pour une certaine part dans la réduction du chiffre des esclaves. Certes, quoi qu’on en ait dit, la servitude était au Brésil ce qu’elle fut dans toutes les possessions coloniales : les hommes livrés au caprice d’autres hommes ont toujours à craindre des actes d’injustice et de cruauté; leur condition même les corrompt et les avilit. Les {ouets, les chaines et menottes, les colliers de force et divers instruments de supplice se trouvaient sur toutes les plantations; suivant le hasard des héritages, des faillites et des ventes, on séparait la femme et le mari, les parents et les enfants. Néanmoins, les planteurs brésiliens, d’un caractère moins âpre que les propriétaires nord-américains, ne s'évertuaient point, comme ceux-ci, à justifier lasservissement des noirs par des arguments tirés de la Bible ou des cours d'anthropologie; ils ne reprochaient point au nègre le crime de sa peau ni la tache du péché attribué à Cham, et n’érigeaient point en système la distinction des races. Ils n’interdisaient point l'instruction au nègre et n'avaient point promulgué de lois pour rendre impossible toute émancipation. Sous la pression de l'opinion publique, nationale et étrangère, les affranchissements devenaient de plus en plus nombreux; en 1866, les couvents bénédictins libéraient leurs seize cents esclaves; les hôpitaux et diverses administrations les imitaient. D'autre part, les provinces du Nord et du Sud se débarras- «aient presque complètement de leurs « nègres de champ » par l’expor-
) lation dans les caféteries des hommes encore asservis : l'institution 2 n'existait plus comme fait important que dans les districts du Centre.
Enfin, en 1871, année climatérique dans l'histoire des nations, fut
D promulguée la loi d’émancipation progressive qui devait amener l'extinc- E lion de la servitude dans l’espace d’une génération. On proclamait la D «liberté du ventre », c’est-à-dire que tous les enfants à naître étaient
! Augustin Cochin, Revue des Deux Mondes, 1871.
déclarés libres, mais sous la tutelle de leurs maîtres, qui pouvaient utiliser les services de l’affranchi jusqu'à vingt et un ans, ou le céder à l'État moyennant 1800 francs. Par la mème loi on libérait tous les esclaves de l'État, ceux de la Couronne et des successions tombées en déshérence. On créait un fonds d'émancipation spécial et l'on facilitait les affranchissements. Fortement atteint par toutes ces mesures de transition, l'ancien régime ne pouvait se maintenir dans un milieu économique nouveau, et, malgré la résistance des planteurs, le Parlement abolit définitivement la servitude, en 1888. Tel fut l'ébranlement causé par cette mesure, que du même coup la forme politique du Brésil se modifia : d'empire unitaire il se constitua en république fédérale, presque sans eflusion de sang. À de nouvelles conditions sociales devait correspondre un nouveau décor gouvernemental. L'émancipation proclamée s'appliquait à 740 000 individus : ainsi, dans vingt années, le nombre des esclaves avait décru de moitié. Mais si la servitude des noirs a disparu, le régime de la grande propriété existe encore : ce fait domine la politique actuelle du Brésil, donnant à l'immigration et à l'importation des travailleurs un mouvement de recrudescence extraordinaire.
À maints égards, le Brésil, — « États-Unis du Sud », — peut se comparer aux États-Unis du Nord. Au point de vue géographique, les deux pays offrent une curieuse ressemblance. D’une étendue énorme, ils occupent tous les deux la partie centrale de continents symétriques ; ils sont arrosés chacun par des fleuves d'un développement gigantesque, et, bordés à l'est par d'étroites rangées de montagnes parallèles au rivage, ils s’appuient à l'ouest sur la puissante épine dorsale du Nouveau Monde. Leur histoire présente aussi une saisissante analogie malgré le contraste produit par la différence des origines, latine d'un côté et de l'autre anglosaxonne. Considérablement inférieurs aux Américains du Nord par le nombre, l'industrie, la richesse, l'instruction moyenne, les Brésiliens n’en passent pas moins par des évolutions parallèles à celles de la puissante république du continent septentrional. Dans les deux contrées, le blanc s’est trouvé d'abord en contact avec l'indigène, et l’a cruellement refoulé dans l’intérieur. Au Brésil comme aux États-Unis, il a importé le noir esclave pour lui faire défricher le sol ; dans le continent du Sud comme dans celui du Nord, s’est formée une aristocratie de planteurs dont le pouvoir repose sur l'exploitation, presque le monopole, d'un petit nombre de denrées. Sous la pression des mêmes causes, la féodalité brésilienne, fortement ébranlée par l'abolition de l'esclavage, a dû, comme les États mississippiens, s'accommoder à des situations économiques nouvelles;
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OCCU- impossibles : de ces côtés les États hispano-américains se trouvent séparés
sont du Brésil par d'immenses espaces en partie inconnus, très difficiles à ordés D traverser, déserts ou peuplés seulement d'Indiens sauvages. Le manque s’ap- D de contact matériel entre les populations les empêchait d'avoir recours à Leur la force, et les discussions diplomatiques, à propos de frontières idéales, bs'assoupissaient par l'éloignement; mais au sud il n’en était pas ainsi : la limite naturelle dans le corps continental est indiquée d’une manière précise par l'estuaire de la Plata et le confluent de l'Uruguay. Toute autre frontière est relativement artificielle. Aussi les conflits ont-ils été fré- Be quents : la rivalité des intérêts mit les populations limitrophes souvent aux ane prises et maintenant même (1895) le Brésil et l'Argentine, représentés à foulé Washington par leurs diplomates, revendiquent de part et d'autre un lamnoir beau de ce territoire.
2 Au dix-septième siècle déjà, en 1680, les Portugais avaient fondé la “ile de Sacramento sur la rive droite de la Plata, à l'endroit où se trouve aujourd'hui Colonia, l’ancienne « colonie » portugaise. Durant près d’un ècle les deux puissances rivales se disputèrent ce point si important du Blittoral, qui finit par rester aux Espagnols. La période de transition qui suivit la révolution de Buenos Aires, le soulèvement des populations
xIX. 14
créoles, permit à l'armée portugaise de reconquérir la Banda Oriental, territoire qui est devenu la république de l'Uruguay, et pendant quelque, années le Brésil se trouva complété par la possession de toute la province « Cis-Platine ». I ne put jouir longtemps de sa conquête. Bientôt le Cis-Platéens, presque espagnols par l’origine et la langue, s'insurgèrent contre la domination des Lusitaniens du Nord, et, après une guerre d& trois années, dans laquelle les « Trans-Platéens » de Buenos Aires devin.