MONTS DES GUYANES
en chaïnons distincts, qui s'orientent pour la plupart du nord-ouest au sud-est, les monts de Pacaraima ou des « Corbeilles », dont les strates de grès, sans fossiles, sont percées çà et là de masses dioritiques, se rétrécissent graduellement dans la direction de l'est et se terminent en Bpromontoire aux bords de l'Essequibo par le morne de Camuti, haut pilier ' de diorite ayant la forme d'une calebasse indienne : c'est là ce que
… pareil à celui d'un long tonnerre : ce fracas est probablement causé par la chute d’une paroi de grès".
qui paraissent avoir formé une vaste mer intérieure parallèlement à la mer. Ces groupes de sommets, hauts de 600 mètres en moyenne, les monts à Canucu, Cumucumu, Coratamung, furent autrefois des îles de schistes } cristallins et de gneiss, orientées dans le même sens que les Pacaraima; : plus au sud, d'autres saillies de même formation s’alignent de l'ouest à à l’est, entre l’un des grands affluents du rio Branco, le Takutu, et l’Esse- | quibo, plongeant également leurs racines en des terres d’alluvions que recouvrirent des eaux lacustres. Le seuil de partage entre les eaux atlantiques et le versant amazonien se présente en maints endroits sans aucun renflement perceptible : d’après Brown, l'altitude de la plaine d’aigueverse serait de 106 à 107 mètres seulement : un petit lac, l’Amuku, s'étend dans la zone indécise qui sépare les deux pentes, entre le Pirara, sous-affluent du Takutu, et le Rupununi, tributaire de l'Essequibo. Dans cette région de savanes le passage de l’un à l’autre versant est donc singulièrement facile, et de tout temps les tribus indiennes suivirent cette voie historique dans leurs migrations. L'absence de frontières naturelles
tagnes qui bordent le haut bassin on voit très bien s'ouvrir cette « porte d’invasion » entre les contreforts du Caïrrit et ceux du Roraima*. On donne quelquefois à l'ensemble du seuil le même nom qu'à la rivière, Pirara, mot d'origine macusi qui, d'après Schomburgk, indique la nature du terrain, un conglomérat ferrugineux*. Une colonne de trapp, pilier naturel que les Macusi tiennent pour sacré, se dresse dans la plaine du
! Charles Barrington Brown, Canoe and Camp Life in British Guiana. # Henri À. Coudreau, Notes manuscrites.
5 Reisen in Rritisch Guyana.
Quelques autres massifs insulaires se succèdent au sud jusque vers les sources de l'Essequibo, jaillissant à l'altitude d'environ 250 mètres, entre des montagnes qui ne s’arrondissent pas en amphithéâtre continu, et que l'on aperçoit rarement de la rive, à travers les arbres touflus de la forèt vierge. Les chaînes sont des cordillères distinctes, formées de montagnes nettement séparées par des gorges transversales : autant de « blocs énormes, dont quelques-uns ont jusqu'à cinquante kilomètres de longueur et qui surgissent d'un soubassement de plateaux peu élevés! ». D'après Coudreau, la montagne la plus haute de ces régions serait le Caïrrit ou Caïrrid Dekeuou*, le « Mont de la Lune », vers les sources de Takutu : elle atteindrait 1500 mètres d'altitude. La chaine, d'environ 1000 mètres en moyenne, que domine ce piton, se développe en une vaste courbe au sud, puis à l'est jusqu'à l'Aourriaoua, où naissent les eaux de l'Essequibo; au delà se profilent les hauteurs du Couroucouri entrevues par Coudreau. Ici, le faite de partage coïncide exactement avec la saillie montagneuse : d’un côté coulent les eaux qui descendent à l'Essequibo, de l’autre les affluents amazoniens du Trombetas.
La sierra s'abaisse dans la direction de l'est, où elle constitue la limite naturelle entre la Guyane hollandaise et le Brésil : d’après Brown, les mornes les plus élevés n'auraient pas même une centaine de mètres en hauteur au-dessus des sources du Corentyne, rivière qui sépare les deux Guyanes, anglaise et néerlandaise. Au delà, les saillies se relèvent pour constituer la chaîne Tumuc-Humac, d’étymologie inconnue, où prend naissance le Maroni, fleuve principal de la Guyane française. Le sommet le plus élevé, d'après Coudreau, serait le Timotakem, situé dans les Tumue-Humac de l'ouest : il atteint 800 mètres. Peu de voyageurs ont traversé cette région montagneuse en précisant la direction suivie; Coudreau a donné la seule carte qui ne figure pas la chaîne au hasard. Il est d'autant plus difficile de reconnaitre la forme et l'orientation du Tumuc-Humac qu'une forêt continue recouvre les montagnes aussi bien que les vallées intermédiaires. L'altitude des sommets n'est pas suffisante pour dépasser la zone de végétation tropicale : on y trouve les mêmes espèces que dans les plaines basses et la traversée du fourré y est aussi pénible. Pendant l'hivernage, les brouillards qui rampent sur les hauteurs rendent les observations presque impossibles. Sur deux cents pitons qu'escalada Coudreau, trois seulement se dressent en dehors de la végétation
1 Henri A Coudreau, {a France Équinoxiale 2 Nom déformé par Brown en Acaraï, 3 Jules Crevaux, De Cayenne aux Andes.
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MONTS DES GUYANES, TUMUC-HUMAC. 15
forestière, permettant ainsi de prendre un tour complet d'horizon et de uivre du regard les alignements des hauteurs. Le plus beau de ces obsertoires paraît être le Mitaraca, mont de 580 mètres terminé par un eûne e granit où l'on ne trouve pas même une touffe d'herbe pour s'aider à | imper et où les glissades pourraient être fort dangereuses. Mais aussi, Daréille escalade et l'incomparable vue du sommet valent, dit Coudreau,
le voyage de Paris aux Guyanes! ».
"Dans son ensemble, le système des Tumue-Humac s'oriente dans la
N° 3 — MONTS TUMUC-HUMAC
Quest de Greenwich
ection de l'est-sud-est, parallèlement à la côte comprise entre l'estuaire à Maroni et celui de l'Oyapok. Dans la région occidentale les monts s’alient en deux chaînes distantes d’une quarantaine de kilomètres. C’est ns la chaîne du nord que s'élève le belvédère du Mitaraca, et dans celle
sud que pointent les sommets les plus fiers, le Timotakem et le imomairem. À l’est, les deux chaînes se rejoignent par des contreforts projettent au nord des ramifications qui limitent le bassin du Marom ble séparent du versant de l'Oyapok. Au delà, les Tumuc-Humac orienés se prolongent dans la direction de l’est, mais sans former de le continu pour le partage des eaux. Leur extrémité terminale diverge en
Étude de la chaîne des monts Tumuc-Humac, mémoire manuscrit.
éventail, vers le nord-est, l'est, le sud-est, n'apparaissant plus qu'en renflements distinets au-dessus des marais, Aux sources de l'Oyapok, entre les montagnes, les seuils de partage sont tellement incertains, que pendant la saison des pluies les étangs et laguets intermédiaires rattachent en lignes d'eau continues, mais inaccessibles même aux pirogues indiennes, les cours de l'Oyapok, du Cachipour, de l'Araguari et du Yari, affluent de l'Amazone.
La partie des Guyanss comprise entre les massifs méridionaux et le littoral n'a point de montagnes ou de collines s'alignant en longues chaînes; les hauteurs, découpées par les vallées fluviales, se profilent en courtes saillies : ainsi la « montagne Française », sur la rive droite du Maroni; la montagne Magnétique (218 mètres), au sud-est, entre l'Inini et le Mana; le mont granitique de Leblond (406 mètres), vers les sources du Sinnamari. Près du littoral, les hauteurs sont pour la plupart des massifs insulaires de gneiss, de schistes ou ‘le grès, s'élevant à une altitude variable de 100 à 220 mètres, Des terres d'alluvion les entourent, comme les baigna jadis le flot marin : cordon littoral après cordon littoral se déposa le long des côtes, enfermant ies îles anciennes et les archipels dans l'intérieur du continent. En Guyane française seulement quelques saillies de rochers se montrent sur le littoral même ou au voisinage des côtes. Au nord-ouest de Cayenne, des mornes s'élèvent près de Mana, d'Iracoulo, de Sinnamari, de Kourou; au sud-est du chef-lieu se profilent les monts de Caux, — dont l'orthographe française du dernier siècle a été changée en la forme anglaise de Kaw°. — Une des cimes de cette arête côtière, point culminant du littoral, atteint 255 mètres : le mont de Matouri, dans le « Tour de l'Ile » au sud de Cayenne. La montagne d'Argent, repère des marins à la bouche de l'Oyapok, n'est qu'un morne de 90 mètres. La M terre dite improprement île de Cayenne, car elle ne reste séparée du continent que par des coulées marécageuses, se hérisse aussi de quelques M pitons, anciens îlots réunis par des apports de vase, tels le Cabassou, M dominant la capitale, et à l’est les « mortagnes » de Remire, que l'on ‘4 qualifiait autrefois de « volcans » : les dépressions d'où s’épanchenM les sources qui alimentent Cayenne étaient considérées comme d'anciens ï catar: « cratères* ». Quelques îles rocheuses parsèment la mer au devant diam la côte : à l'ouest, les îles du Salut, l'archipel le plus important grâce | à son mouillage profond; à l'est, l’Enfant Perdu et la chaine, parallilk M
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1 Charles Barrington Brown, Geology of British Guiana. * Henri A * Leblond, Voyage aux Antilles: — Henri A. Coudreau, Notes manuscriles. Robert 5 J. Mourié, la Guyane Française. È Henri À
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MONTS, ILES, RIVIÈRES DES GUYANES, ESSEQUIBU, 1ù
u rivage, du Malingre, du Père, de la Mère, des Mamelles; enfin, au Pge, vis-à-vis de l'Approuague, les deux Connétables, pointes émergées lun plateau sous-marin.
MLe plus grand fleuve des Guyanes, l'Essequibo (Essequebo) coule en en ier dans le territoire anglais; mais par un des affluents, le Cuyuni, son vérsant appartient partiellement au Venezuela. Son nom, comme celui de us les autres cours d'eau guyanais, semble être de provenance indihe, du moins par sa terminaison bo, qui dans les langues galibi indique direction : — Essequibo, « vers l'Essequi' ». — Cependant Schomjrgk rapporte une légende qui attribue l'origine de ce mot à un des @Ompagnons de Diego Colomb, don Juan Essequibel* ou Jaizquibel : la Vière guyanaise aurait la mème appellation que la montagne basque. Le and cours d’eau était jadis diversement nommé par les populations de s bords : «ans la région du littoral, où il s'ouvre en un large estuaire, S riverains avaient nommé Aranauma; la branche maîtresse est désinée par les Wapisiana et leurs voisins sous le nom de Chip Ou ou rivière » Chip. Une coulée à double pente, l’Apini, la mettrait en com- ÆMMunication avec le haut Trombetas, affluent de l’Amazone. Un peu moins Mng que ne le représentent les cartes anglaises de Schomburgk et de own, l'Essequibo, naissant dans la montagne d’Aouarrioua, coule bord au nord-est à travers les forêts qu'habitent quelques familles Mindiens Chiriou et Taruma, puis s’unit à une rivière venue de l’ouest, M Yaore, qui serpente à travers la complète solitude voisine des savanes :
"he figure humaine taillée dans la pierre, près d'une cascade du Yaore, 4 ait, disent les canotiers indiens, le portrait de Schomburgk, sculpti éparée du con- #4 i de quelques s le Cabassou, M
ire, que l'on
l'explorateur lui-même, dont le nom reste célèbre parmi les indigènes. dessin est trop grossier pour qu’on puisse admettre cette légende”.
n aval du confluent, l'Essequibo se recourbe graduellement dans la ëction du nord. Son lit n'est pas encore égalisé : le fleuve, interrompu des barrages de rochers, descend d'étage en étage par une succession cataractes. Celle qui porte le nom loyaliste, mais grotesque, de King liam's the Fourth Fall, inconnu des indigènes, fut longtemps la barfe des traitants à la remontée du fleuve; les seuls qui l’eussent franchie lent les voleurs d'hommes, en quête d’Indiens à capturer et à vendre
Henri À. Coudreau, Notes manuscriles.
BRobert A. Schomburgk, Description of British Guiana. -- Hakluyt appelle la rivière Dessekebe. Henri A. Coudreau, Notes manuscrites.
comme esclaves aux planteurs du liltoral'. De nombreux affluents se succèdent sur la rive gauche de l'Essequibo, car le fleuve longe de près les limites orientales de son bassin; de ce côté il ne reçoit que de faibles ruisseaux. Le Cuyuwini lui apporte les eaux des savanes occidentales; puis vient le Rupunini, gonflé lui-même par un grand affluent, le Reva : ses eaux blanchâtres, qui se mêlent à l'eau noire de l’Essequibo, offrent vers l'ouest le chemin navigable que prennent les bateliers pour entrer dans le bassin de l’Amazone par le lac Amuku et le Pirara, sans autre interruption que celle d’un portage, réduit à 800 mètres de long pendant la saison des pluies : alors des eaux s’épanchent même à droite et à gauche, d’un côté sur le versant du Rupununi, de l'autre sur celui du ro Branco. Les savanes qui occupent une grande partie de la contrée seraient le reste d’un lac jadis fort étendu qui fut probablement la mer intérieure, célébrée par la légende comme le lac Parima où vivait le roi Doré* : l# indigènes disent que le petit lac, presque la mare d'Amuku, est « toute pavée d'or ».
Plus bas, les rivières de Burroburro et de Potaro se déversent dans kM fleuve, venues toutes les deux des contreforts du Pacaraima et rachetant la différence de niveau par de nombreuses cascades. La chute de Kaïeteur, formée par les eaux du Potaro, vers le milieu de son cours, est une des plus belles qui existent dans les Guyanes et même dans le monde. Pour: tant elle était absolument inconnue des Européens, il y a peu d’anné encore, et lorsque le voyageur Brown l’aperçut pour la première fois en 1868, il ne s'attendait nullement à l’admirable tableau qui se montn soudain, encadré par l'immense forêt sombre, qui tend au-dessus de l'eau ses longs branchages drapés de lianes. La rivière, large d'une centaine de mètres et roulant dans la saison des pluies 500 mètres cubes à la seconde, descend en un jet d’une hauteur de 226 mètres, entre deux parok
perpendiculaires de roches grises et rouges, puis, au-dessous de l’immens bouillonnement de la chute, glisse comme une coulée de lait en un rapide de 25 mètres de pente sur 155 mètres de longueur. Plus bas, le Pota
descend encore, comme de marche en marche, par une succession del
cascades. Jadis, la grande chute, alors haute de plus de 500 mètres,
trouvait à 25 kilomètres en aval; mais, excavant sans cesse le plateau def
grès d'où elle s’élance dans la plaine, elle a graduellement reculé t
diminuant d'élévation. La corniche de rochers du haut de laquelké 1 Charles Barrington Brown, ouvrage cité.
* Robert Schomburgk, British Guiana.
3 Gustavo da Suckow, Geographical Journal, March 1895.
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CHUTE DE KAIETEUR,.
lusai » T shop "y d 4: j | Dessin de Th, Weber, d'après M. C. B, Brown, Canoe and Camp Life on British Guuna.