N° 54, — POPULATIONS INDIENNES DE L'AMAZONIE
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fs et leur dialecte particulier, quoique se rattachant à une grande famille glossologique. Sur le Javary, le fleuve qui sépare le Pérou du Brésil, les peuplades appartiennent pour la plupart au groupe des Panos, qui paraissent avoir eu jadis une civilisation très avancée, mais que les guerres et les
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nombre, Sur le Juruä, les diverses tribus seraient de souche arawak, de même que les peuplades du Purüs, divisées en une multitude de groupes et de sous-groupes ayant chacun une appellation distincte. Les Ipurina sont parmi les plus beaux Indiens par les formes et la prestance : ils se
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peignent de dessins noirs, sur fond écarlate. Ardents à la lutte, ils se battent souvent sans haine, par plaisir, et la plupart ont des cicatrices sur le corps, souvenirs de combats dont ils sont très fiers. Un de leurs jeux favoris est de prendre un tronc d'arbre pour ennemi supposé et de lui lancer une flèche, après avoir fait tout un simulacre de préparatifs : quand le dard a traversé le bois, ils se précipitent contre lui en poussant des eris aigus : I-pu-ri-na! I-pu-ri-na! — d'où le nom qui leur a été donné. — Les jeunes gens aiment aussi un genre d'exercice dangereux, celui de s'élancer l’un contre l’autre en se heurtant de l'épaule; parfois le choc est si violent, que les deux tombent à la renverse. Ils empoisonnent leurs flèches, mais ne connaissent pas le curare, que l’on ne trouve chez aucune tribu du versant méridional de l’Amazone, quoique les plantes nécessaires à la préparation de cette substance n’y manquent point! : pour apprécier leur poison, ils l’essayent d’abord sur des singes. Les Ipurina prisent en abondance le tabac, qu'ils aspirent en le plaçant dans le creux de la main droite, et font grand cas de leurs tabatières, coquillages percés de trous étroits, d'où ils font tomber le tabac par petits coups. Tant de guerriers périssent dans les combats que le nombre des femmes dépasse de beaucoup celui des hommes : aussi la polygamie est-elle commune. Très fidèles envers les morts, les Ipurina leur apportent des aliments, du tabac et du roucou; quand ils jugent que la chair est détachée du corps, ils déterrent les ossements en cérémonie et les gardent comme lares domestiques.
Les Catauixi et les Paumari du bas Purüs sont également des nations arawak, et vivent d’une manière analogue; cependant les Catauixi ont une coutume peut-être empruntée des Quichua à la suite de quelque ancienne migration : ils enterrent leurs morts dans la cabane mortuaire, aceroupis en de grandes jarres’. Les Paumari — ou Pama-ouri, « Mangeurs de Baies » — paraissent être les descendants des anciens Purüs, qui ont laissé leur nom à la rivière : ils souflrent fréquemment d'une maladie de peau qui leur à valu de la part de leurs voisins portugais le sobriquet de Foveiros ou « Galeux; » peut-être faut-il attribuer cette affection à l'habitude qu'ils ont de se frotter avec de la graisse de crocodile. Ils sont doux et pacifiques : rarement, dit Chandless, on entend parler de violences et de morts d'hommes en pays paumari. Les Mura, qui vaguent le long du fleuve des Amazones en fugitifs, vers les bouches du Purüs et du
! Keller-Leuzinger, Vom Amasonas und Madeira. # Von Martius, Ethnographie Brasilien's.
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Madviva, ne sont plus que les tristes restes d’une nation jadis puissante, détruite presque en entier par les Mundurucü vers la fin du dix-huitième siècle : en maints endroits se montrent des taperas, c'est-à-dire les emplacements de leurs anciens villages. D'ailleurs les Mura ne sont plus de race pure. Un.grand nombre de nègres fuyards partagent leur vie errante : les Mura que l’on voit dans les villages amazoniens ne sont guère moins africains qu'américains'. On les dit d'une indolence extrème : « Paresseux comme un Mura dormant sur trois ficelles » est un proverbe bien connu qui les accuse d'être trop nonchalants pour se tisser des hamacs convenables. Bates pense qu'ils appartiennent à la race tupi et que leurs plus proches parents sont les Mundurucü, leurs exterminateurs ; cependant ils parlent un idiome tout à fait différent. La vie nomade que mènent les Mura leur a fait perdre toute notion de l’agriculture, mais ils sont très habiles pécheurs et prendraient même les tortues à la nage : ils plongent et, se glissant entre deux eaux, saisissent les animaux par la patte*.
Les inhalations de la paricä, tirée des semences d'une légumineusce arborescente, l’inga, ont un grand rôle dans la religion des Mura. Lors de leurs fêtes, dites quarentenas par les Brésiliens, ils terminent les orgies de boisson en se prenant deux par deux et en s’insufflant mutuellement dans le nez au moyen d'un roseau une forte dose de paricä. Parfois l'im-
pression est si forte que les individus tombent évanouis; on en a même vu mourir sur le coup. D'ordinaire l'inhalation produit une frénésie momenlanée qui se traduit par un flux de paroles, des cris et des sauts. A cette excitation furieuse succède la prostration et, pour se réveiller de la stupeur, il faut encore respirer la paricä. Des pratiques semblables accompagnent les fêtes de la puberté chez les jeunes hommes et les jeunes filles. Tous les Mura se réunissent par couples, homme et femme, et se fouettent jusqu'au sang. Puis ils boivent, ils chantent pendant plusieurs jours, mais la fustigation se répète et l’inhalation de la paricä transforme la fête en furieuses saturnales, On retrouve ou l’on retrouvait les mêmes orgies chez d'autres Indiens, notamment les Omaguas et les Mauhé, mais nulle part aussi violentes d'aspect. En outre, la plupart des tribus ont remplacé la paricä par le tabac. Pour guérir leurs malades, les pagets on magiciens se servent de tabac en bâtonnets longs de deux pieds, dont ils enfument leurs patients : ce sont probablement les premiers modèles des ! Von Schütz, Amasonas,
* Ilenry Walter Bates, ouvrage cité, % Von Martius; Bates; ouvrages cités.
cigares que l'on fume aujourd'hui d'une extrémité du monde à l’autre. Après la combustion de l'énorme cigare, les prêtres soumettent leur viclime au massage le plus énergique pour attirer la maladie vers les doigts des pieds et des mains; puis, d'un geste subtil, ils saisissent le mal, le jettent dans leur bouche et l'engloutissent. Le malade est guéri ou censé l'être".
Les diverses rivières qui se réunissent pour former le Madeira parcourent, on le sait, les territoires, en grande partie boliviens, qu'habitent les sauvages Antisiens où Chunchos des avant-monts, les Mosetenes, les Yuracaré, et les Indiens policés des plaines, Chiriguanos, Chiquitos, Guarayos et Mojos. Ces derniers, bateliers incomparables, sont devenus les intermédiaires d'une grande partie du commerce du Madeira, et on les rencontre dans tous les postes de la rivière: à Manaos même, la ville centrale de l'Amazonie, ils constituent une colonie assez considérable. Avant ces migrations, leurs voisins du nord étaient les Caripuna, où « Hommes de l'Eau », campés dans le voisinage des cascades et rapides du Madeira. Ce sont les frères d'autres Caripuna de la famille des Panos, qui habitent la vallée de l'Ucayali. Sur la rive droite du Madeira et dans les forêts qui s'étendent à l'est, vers le Tapajoz, les Parentintin succèdent aux Caripuna. Ce sont des Tupi de race pure, qui paraissent avoir émigré du sud et qui sont constamment en guerre avec leurs voisins, les Mundurucü de l'est; aussi diminuent-ils rapidement. Les blancs qui remontent le Madeira ont, comme les Mundurucü, pris part à l'extermination de ces indigènes, leurs frères de race et de langue, accusés sinon convaincus d’anthropophagie. Les Parentintin se rendent hideux en allongeant leurs lèvres et leurs oreilles.
Bien différents sont les Parexi, qui, avec diverses tribus de même origine, c'est-à-dire arawak, les Cabixi, les Cachiniti, les Vaimaré, peuplent les campos ou plateaux faîtiers entre les sources du Guaporé, du Tapajoz et du Paraguay. Ce sont des populations inoffensives et indolentes qui, en relations fréquentes avec les blancs, demandent le baptème pour se parer d'un nom chrétien et se faire donner des cadeaux. Tous se servent d'instruments en fer pour la culture du sol et ont remplacé par des fusils les flèches et les massues d'autrefois. Fort habiles de leurs mains, ils fabriquent des paniers, des cribles, tissent des hamacs et des étoffes, qu'ils vendent aux blancs en échange de produits européens. Ils se policent rapidement comme les Tapuyos de l'Amazonie, mais en gardant quelques-unes
* Keller-Leuzinger, ouvrage cité.
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de leurs anciennes mœurs et de leurs cérémonies religieuses. Ils enterrent les morts dans la cabane mème, sous le hamac du parent le plus proche, et déposent dans la fosse la nourriture nécessaire pour un voyage de six jours, temps qu'il faut employer pour atteindre le ciel. Le septième jour, les amis peuvent se réjouir : le défunt est arrivé dans sa nouvelle patrie". Von Martius considérait les Parexi comme formant une famille distincte parmi les Indiens du Brésil.
Le cours moyen du Tapajoz appartient à des indigènes de race tupi, les Apiacd, les Mundurueü, les Mauhé. Les premiers, appelés aussi Apiaba, c’est-à-dire « Hommes* », formaient autrefois une nation très considérable, fort amoindrie de nos jours et se transformant graduellement en population policée : les voyageurs recrutent parmi eux leurs guides, porteurs et bateliers. Cependant ces indigènes pacifiques sont cannibales à l'occasion; ceux que trois barres horizontales de tatouage sur la joue ont classés parmi les hommes, mangent la chair des prisonniers de guerre : les enfants qu'ils ont capturés dans leurs incursions sont réservés pour les festins sacrés, mais on les épargne jusqu'à l’âge de douze ans, et c’est alors seulement qu'on les dévore. Les Apiacä pratiquent la bigamie, mème les chefs prennent jusqu'à trois épouses; ils divorcent souvent ou se débarrassent de leurs femmes par le meurtre quand ils ne peuvent pas les céder avec avantage. Les bateliers parlent aussi d’une tribu mystérieuse, celle des Jacaréuara, race d’albinos. qui voyagerait seulement de nuit : on les appelle d'ordinaire Morcegos ou « Chauves-Souris* ».
De toutes les nations indigènes du Brésil la plus puissante est celle des Mundurucü, que Couto de Magalhäes regarde comme le type par excellence des naturels; d'après Bates, ils seraient au nombre d'une vingtaine de mille. Leurs villages se succèdent sur les bords du Tapajoz et dans les clairières de la forêt; d'après eux toute la contrée est désignée sous le nom de Munducuriana. Grands, forts, solidement musclés, de teint assez clair, . ils se reconnaissaient naguère par un tatouage qui variait suivant les tribus et les classes, et qui avait à leurs yeux une si grande importance, qu'un conseil de famille s’assemblait pour en arrêter le plan : l'exécution en durait parfois dix années‘. Mais ce blasonnage se perd, quoique les jeunes témoignent encore un grand respect aux vieillards tatoués. Les
! Non den Steinen, Durch Central-Brasilien.
* Von Martius, Ethnographie Brasilien's.
3 Barbosa Rodrigues, Rio Tapajos.
* Henry Walter Bates, ouvrage cité.
xx, 23
Mundurucü se distinguent par leur fidélité à la parole donnée, par leur noblesse et leur fierté : ce sont des « gentilshommes » bien supérieurs à maint traitant. Habiles agriculteurs, ils sont aussi des ouvriers fort adroits et savent fabriquer de très beaux ouvrages en plumes, qu'ils consentent rarement à céder aux étrangers. Très jaloux de leur indépendance et jadis très belliqueux, les Mundurucü ont une savante organisation militaire, Mème en temps de paix ils préparent la lutte par une sorte de recrutement : des messagers vont rappeler aux guerriers valides l'obligation de se présenter au premier ronflement du tambour; dès qu’une expédition guerrière a été décidée, les hommes se casernent en de vastes cabanes d'où les femmes sont exclues. Ils attaquent l'ennemi toujours en pleine lumitre, suivis par le tambour, dont les roulements indiquent les directions à prendre, les manœuvres à faire. Tous les villages des Mundurueü sont mis à l'abri d'un coup de main par de solides estacades. Dans la bataille, les guerriers n'épargnent personne ; mais après la victoire ils prennent soin des femmes et des enfants, et ceux-ci, adoptés par la tribu victorieuse, servent à remplacer les vides faits par la mort. C'est un grand honneur d'avoir tué un ennemi et le vainqueur garde toujours comme un talisman et un précieux trophée la tête du vaincu, décorée de plumes, pourvue d'yeux et de dents en cire. Mais, en dehors de la guerre, les Mundurueü ont des mœurs très douces, et s'ils tuent les malades réputés incurables, c'est par compassion".
Les Mauhé du bas Tapajoz et des rives amazoniennes, qui ont donné leur nom à lout un ensemble de coulées sur la rive méridionale du grand fleuve paraissent appartenir à la mème souche que les Mundurucü, quoiqu'ils se soient depuis longtemps séparés d'eux et parlent une langue toute difiérente. A l’est, à l'ouest, ils ont pour voisins des Indiens de race caraïbe, les Arara ou Yuma, guerriers dangereux qui attaquent toujours de nuit et dans lesquels leurs superstitieux voisins voient plutôt des démons que des hommes. Environnés d'ennemis, les Mauhé sont fort méfiants, rusés et souvent perfides; ils se tiennent à l'écart et peine de mort est prononcée contre toute femme de la nation qui s’unirait avec un étranger: cependant ils se fondent peu à peu avec les populations mélangées des Tapuyos. Aussi industrieux que les Munduruct, ils étaient naguère les seuls Indiens qui préparassent la guarana, décoction qu'on obtient avec les fèves d'une espèce de liane, paullinia sorbilis, et que l'on emploie dans tout le Brésil, et jusqu’en Bolivie, contre la dysenterie et
* Von Martius, ouvrage cité.
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les fièvres intermittentes. Avant les combats, les Mauhé prennent aussi de la guarana pour se donner de la vigueur et se rendre insensibles aux blessures. Dans les transactions locales, les fèves du paullinia servent de monnaie. Les Mauhé, comme diverses autres nations américaines, croient fermement que la gestation chez la femme est accompagnée chez l'homme d’une maladie latente, le padrejon, correspondant au madrejon : les deux époux se traitent par un mème jeûne rigoureux, ne mangeant guère que des fourmis et des champignons, et buvant quelques gorgées de guarana.
A l'est du Tapajoz, le bassin du Xingü était encore inconnu au point de vue ethnologique lors du premier voyage de Karl von den Steinen, en 1884; mais cette exploration, bientôt suivie d'une seconde par le mème savant, dirigea tout à coup l'attention vers cette partie jadis ignorée du Brésil et signalée maintenant comme le centre de dispersion d'une des grandes races américaines : de là seraient sorties successivement les diverses tribus caraïbes, qui, sous tant de dénominations variées, se sont répandues au nord-ouest jusqu'à la baie des Andes, au nord jusque dans les Guyanes, le Venezuela, les Antilles, et dont on cherchait autrefois l'origine dans les grandes îles et sur le continent de l'Amérique septentrionale. Les Bakaïri, et leurs voisins du nord les Nahuqua, sont les plus purs des Caraïbes, à en juger par leur idiome, celui de la famille qui est le moins modifié par les éléments étrangers". Ils vivent au milieu de Tupi et gens d'autres races, mais tellement à l'écart que récemment encore ils se trouvaient dans un état rudimentaire de civilisation, ne connaissaient point les métaux et n'avaient point le chien comm? animal domeslique : non seulement ils appartenaient à l’âge de pierre, mais les Bakaïri restés indépendants sont encore dans l’âge « pré-bananique », ignorant ce fruit que Tomäs de Berlanga introduisit au Pérou’. Nombre d’autres plantes comestibles, appréciées pourtant par la plupart des tribus indiennes, leur sont inconnues; ils ne fument point le tabac et ne savent pas préparer de boissons fermentées. Leurs poteries sont bien inférieures par la forme, la décoration, le coloris à celles de leurs frères de race, les Roucouyennes des Guyanes. Von den Steinen en conclut qu'ils sont, parmi les Caraïbes, les plus rapprochés du lieu d'origine et du type primitif. Les légendes nationales parlent de mouvements d'émigration qui S'accomplirent du sud au nord, et des exodes de ce genre ont eu lieu
! Karl von den Steinen, Durch Central-Brasilien; — Paul Ehrenreach, Petermann's Mitteilungen, 1N91, Heft IV.
* Marcos Jimenez de la Espada, Boletin de la Sociedad Geografica de Madrid, 1891.
pendant la période contemporaine. Les Arara ou Yuma épars sur la rive méridionale de l'Amazone ont le même tatouage que les Bakaïri, une ligne bleue qui traverse la joue pour réunir l'angle extérieur de la paupière à la commissure de la lèvre,
Quelques-uns de ces Caraïbes primitifs, convertis au christianisme vers 1820, ont pris au moins les dehors de la eulture, et leur chef, revêtu d'un costume officiel, est devenu capitaine brésilien; mais il reste encore des groupes de Bakaïri indépendants, d'ailleurs très doux et pacifiques. Ils aiment beaucoup la musique et jouent volontiers d'une grosse flûte, de la hauteur d'un mètre environ, dans laquelle ils soufflent assis, en l'appuyant sur le sol. Leurs cabanes en chaume, n'ayant qu'une étroite ouverture, ressemblent à de grandes ruches d'abeilles. Leur industrie étant fort peu développée, ils sont obligés de se procurer plusieurs objets fabriqués chez leurs voisins les Suyä, qui vivent plus en aval, sur la rive droite du Xingi; cependant ce sont les Bakaïri qui avaient enseigné aux Suyä l’art de tisser les hamacs. Parmi les nombreuses peuplades du haut Xingü, les Suyi se distinguent par leur haute stature, leur vigueur physique, leur énergie manifeste, leur habileté de main comme potiers et vanniers. Hommes et femmes ont le corps entièrement nu et rasé, mais ils se peignent en noir et en rouge, se couronnent de plumes, se percent le lobe inférieur de l'oreille et y passent un rouleau en feuilles de palmier. Enfin les hommes faits s'introduisent dans la lèvre inférieure un disque de bois rouge, semblable au botoque, qui a fait donner aux Indiens du Mucury le nom de Bolocudos. Ceux-ci et les Suyä appartiennent probablement à la même famille ethnique.
Sur le bas Xingü la tribu principale est celle des Yuruna, indigènes de la race tupi qui furent anthropophages, mais que l'on vante aujourd'hui pour leur douceur et leurs vertus hospitalières. Cependant ils ont « fui la civilisation » et son cortège de corvées et d'impôts : habitant jadis le voisinage de l'Amazone, ils ont remonté le Xingû de quelques centaines de kilomètres pour éviter les blanes'. Leur costume ressemble déjà à celui des Indiens policés de la basse Amazonie, mais ils s’ornent encore de colliers, de ceintures, de pendeloques en rassade et se frottent d'huile pour se garantir des morsures d'insectes : ils portent toute leur chevelure et la tressent en une longue queue. Nulle population ne les dépasse pour le talent de se faire aimer des animaux : chaque village est une ménagerie. La plupart des bêtes, depuis le-tapir jusqu'à la petite per-
# Karl von den Steinen, ouvrage cité
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