N° 50, — CHUTES DU MADEIRA ET PROJET DE V
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CRATO, HUMAITA, BARCELLOS, MANAOS. 187
des paillottes isolées se succèdent sur le parcours fluvial, d’une longueur de 1060 kiomètres jusqu'à l'Amazone. Crato, petit groupe de cabanes situé sur la rive gauche, a remplacé un autre Crato, jadis très redouté comme lieu de bannissement : le gouvernement portugais y envoyait les personnages politiques dont il voulait se débarrasser. Actuellement, Humaita, bâtie à 1 kilomètre en amont du nouveau Crato, prend une cerlaine activité comme centre de commerce pour le caoutchouc et autres denrées de la forêt. Le principal campement du bas Madeira est le hameau de Borba, entouré de quelques cultures : tout un réseau de navigalion, furos et igarapès, le met en communication avec l’Amazone, en amont et en aval du confluent. Les fièvres règnent dans certaines régions du Madeira, notamment près des cataractes. Les quelques familles groupées à Borba ayant eu aussi à souffrir du mauvais air, le village a été reporté en un emplacement plus salubre.
interrompu par des cataractes comme le Madeira, le rio Negro n’a guère plus d'habitants sur les bords inférieurs de son cours, en amont de Manaos. Toutefois, à la fin du siècle dernier, les bourgs riverains, Thomar, Moreira, Barcellos, Ayräo, où les Indiens cantonnés étaient forcés au travail, avaient pris quelque importance. Les indigènes, esclaves de fait quoique libres de nom, récoltaient le coton, l’indigo, le riz, le cacao, le café, le tabac, ils mettaient en œuvre la fibre du cotonnier dans six filatures, et fournissaient de tissus tout le district que parcourt le fleuve et une partie de la province de Parä. Mais cette prospérité factice ne reposait que sur la force : un changement de régime dans l'administration et tout se trouv: désorganisé; les Indiens s’enfuirent dans les forêts pour reprendre leur liberté, et les villages de la rive ne montrèrent bientôt plus que des ruines et de misérables paillottes. Il faudra recommencer l'œuvre du peuplement et de la mise en culture.
Les bords du Uaupès, dont la population est encore partiellement indépendante, mais où des missionnaires ont groupé quelques familles de fidèles, possèdent les plus gros villages du bassin fluvial. Juaurité, Panoré, Taraquä ont chacun plus de trois cents habitants : au milieu des soli- Ludes, ces bourgades paraissent de véritables villes. Sur le rio Negro proprement dit, Marabitanos, ainsi nommé d’une ancienne tribu d’Indiens, n'est qu'un pauvre hameau, et, de toutes les « villes » riveraines situées sur le fleuve en aval du Uaupès, Barcellos, la plus grande, ne se composait que de trente maisons en 1884, lors du voyage de Coudreau. Elle fut, au dernier sièele, un chef-lieu de capitainerie, et alors on y comptait quatre mille habitents; découronnée en 1809 au profit de Manaos, Barcellos vit émigrer
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à la fois les soldats, les fonctionnaires et une partie de la population civile, Le rio Branco, qui débouche en aval, fut, comme le rio Negro, bordé de villages populeux, Santa Maria, Carmo, Pesqueira Real, dont les habitants possédaient de grands troupeaux de bétail. Il ne reste plus rien de ces anciens établissements, et même on ne saurait en indiquer la place, Actuellement le pays se repeuple, Malgré l'obstacle que les cachoeiras du fleuve opposent à la navigation, des éleveurs entreprenants ont introduit du bétail dans les savanes qui confinent à la Guyane britannique, sur les bords de l'Uraricoera et du Takutu, et la gracieuse villette de Bôa Vista s'est élevée sur la rive gauche du rio Branco, en aval du fortin de Säo Joaquim, bicoque de paille et de boue, dont la garnison, composée de cinq hommes, passe la plus grande partie de son temps dans une fazenda voisine, où on l'héberge par pitié’. En 1885, les diverses « ménageries » du haut rio Branco comprenaient quatre mille chevaux et vingt mille bêtes à cornes,
Manaos, l'ancienne ville dite Barra où Fortaleza da Barra do Rio Negro, devait son ancien nom à la « barre » ou conflit des eaux qui se produit à la jonetion du rio Negro et de l'Amazone ; son appellation actuelle provient d'une tribu d'Indiens Tupi, jadis puissante, qui résista vaillamment aux attaques des Portugais : c'est d'après eux que l'on désigna la cité mythique du lac Parima, habitée par l'el Dorado, l'Homme Doré. Manaos fait exception parmi Îles groupes urbains des bords du rio Negro : elle est située sur la rive gauche du fleuve. La ville oceupe un vaste espace de « terre ferme », au-dessus du niveau des plus hautes crues, et présente mème quelques monticules : la grande avenue qui la traverse, parallèlement au rio Negro, à 16 kilomètres en amont du confluent, offre une succession de montées et de descentes, et les rues qui la coupent à angle droit vont se perdre à l'est dans la forêt; il reste quelques débris de ancien fort. Deux ruisseaux serpentent dans Manaos, s'ouvrant au fleuve par de larges bouches qui servent de lieux d'ancrage aux petites embarcations. À une petite distance, un de ces ruisseaux tombe d'un rebord de grès rouge par une chute de 5 mètres environ : c’est la « Grande Cascade », le principal but de promenade et charmant lieu de bains pour les visiteurs de Manaos. Lorsque les Indiens de l'Amazonie étaient pour la plupart encore indépendants, la Barra servait de poste central aux troupes dites de « rachat » (resgatäo), qui faisaient la chasse À l'homme pour fournir des esclaves aux plantations du littoral. Puis l ville devint graduellement une place de commerce, et, capitale de la nou-
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