IX
taillées depuis des siècles sur les rochers de Bamian ont vu défiler devant elles bien des expéditions de guerre, de propagande ou de commerce qui ont eu des résultats considérables dans l'histoire du monde. Les Mongols, les Turks, les Persans ont pratiqué ces routes du faite asiatique, et maintenant Russes et Anglais, campés les uns dans les plaines de TOxus, les autres dans l'hémicycle fortifié dont Pechaver occupe le centre, attendent, à ce que croient fermement les indigènes, le signal de l'escalade et des combats. En cet endroit, la largeur du plateau qui sépare la vallée del'Indus et les pentes tournées vers le Turkestan ne dépasse guère 300 kilomètres ; Kaboul, que les armées anglaises ont déjà conquise trois fois, n'est qu'à une centaine de kilomètres du seuil élevé où commence ce versant du nord auquel on peut donner sans erreur géographique le nom de « versant russe » ; des canons anglais, des ambassades moscovites ont déjà franchi le seuil de Bamian. Au nord-ouest de l'Afghanistan, entre Merv et Herat, il est un espace où le faite disparait presque entièrement, où nul obstacle ne s'opposerait aux armées en marche. Il suffirait de quelques journées de travail à des escouades d'ouvriers pour tracer une route qui permettrait de se rendre en voiture des bords de la Caspienne à Kandahar^
Dans son ensemble, l'Afghanistan peut être considéré comme une région de passage : c'est le Roh, pays montueux mentionné simplement par d'anciens auteurs comme la région comprise entre Touran, Iran et Uind*. Continuation orientale du plateau d'Iran, il sépare les deux foyers de civilisation, l'Inde et le bassin de l'Euphrate, et sa principale importance lui vient des chemins qui réunissent les deux contrées. Les cités qui s'y élèvent, dans les vallées fertiles, au milieu des oasis, à l'entrée des gorges, sont mentionnées dans l'histoire surtout en raison de leur valeur stratégique et des avantages qu'elles offrent aux armées pour la conquête ou la défense de territoires éloignés. C'est ainsi que Herat, Kandahar, Ghazni, Kaboul sont souvent désignées sous le nom de « clefs » de l'Inde. « Depuis l'antiquité la plus reculée, disait, en 1602, l'historiogi^aphe d'Âkbar, Kaboul et Kandahar sont regardées comme les portes de l'Hindoustan : l'une y donne entrée du Touran, l'autre de l'Iran; et, si ces places sont bien gardées, le vaste empire de l'Inde est à l'abri des invasions étrangères*. »
Et pourtant, malgré les expéditions de guerre qui ont si fréquemment traversé le pays, malgré les efforts de nombreux explorateurs, dont quel-
^ Lessar; — H. Rawlinson, Proceedings ofth^ Geographical Society, 1883. * Raverty» Notée on Afghanistan and part of Bali^chi^ian*
Abou'i Faiel, Ayin Akbary.