EXPLORATION DE L'AFGHANISTAN
ques-uns ont péri à la lâche, tels que les deux Conolly, Lord, Forbes, Burnes, l'Afghanistan n'est point encore bien connu. Plusieurs itinéraires étudiés avec soin par des officiers d'avant-^arde ont été tenus longtemps secrets par les chancelleries, et les caries précieuses de ces chemina moisissent en des carions oublies ; les territoires situés à l'écart des voies stratégiques sont restés inexplorés; la plupart des voyageurs modernes qui onl pénétré dans la contrée ont suivi les traces laissées par
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les années en marche. La route directe entre Kaboul et Herat par le pays des Hczareh n'a encore été suivie par aucun Ëui-opéen ; en vain l'Anglais Mac-Gregor tenta de s'aventurer dans celte direction ; désavoué par son propre gouvernement, il dut rebrousser chemin sur l'ordre formel de l'émir'. D'ailleurs, les massifs isolés et les chaînes de montagnes qui hérissent le socle du plateau transforment mainte région de l'Afghanistan en un dédale de défilés e( de vallées habitées par des gens à mœurs sauvages qui en rendent l'accès périlleux. A part les diverses routes de Kaboul et de Kandahar et certaines régions limitrophes de l'Inde, dans le
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30 NOUVELLE fifiOGRAPHlE UNIVERSELLE.
Soulaiman-daghy la superficie du pays n*e$t figurée sur les cartes que d*une manière approximative, grâce aux itinéraires des voyageurs européens et aux points dont ils ont déterminé la position astronomique, principalement dans le voisinage des frontières de la Perse et de Tlnde. Quant à la population, elle ne peut être évaluée d'après des documents précis : le seul recensement des familles qui ait été jamais fait date du temps de Nadir-chah, qui voulait connaître la valeur de sa conquête pour le rendement des impôts et la levée des troupes ; c'est d'après ce compte sommaire, étahli il y a près d'un siècle et demi, que l'on désigne encore, malgré les guerres, les croisements et les migrations, telle ou telle tribu comme composée de tant de centaines ou de milliers de familles ^ Actuellement, les voyageurs sont en désaccord d'un tiers ou d'un quart dans leurs appréciations : de moins de 3 millions à plus de 5, tel est l'écart qui se ^ présente pour le nombre des Afghans, sans tenir compte des habitants du Turkcstan, gouverné officiellement par des représentants de l'émir de Kaboul*.
Le territoire afghan, indépendamment des irrégularités de ses frontières politiques, est un plan qui s'incline au sud-ouest, de l'angle nord-oriental du Kafiristan vcrs^ la dépression marécageuse dans laquelle se déversent les eaux du Hilmend. Deux rebords élevés limitent les côtés supérieurs du plateau : au nord, l'Ilindou-kouch et ses prolongements occidentaux, désignés parfois sous la dénomination classique de Paropamisadcs ; à l'orient, diverses chaînes, dont la principale est le Soulaïman-dagh. liCs arêtes de montagnes qui se dressent sur le plateau compris entre les crêtes bordières se ramifient suivant différentes directions ; cependant elles se profilent pour la plupart dans le sens de l'inclinaison générale du pays, c'est-à-dire du nord-est au sud-ouest, et c'est dans ce sens que coulent les eaux des vallées intermédiaires.
De toutes les chaînes de l'Afghanistan, la plus haute et la plus régulière est celle qui continue le rempart du Karakoroum, en se reployant vers le sud-ouest : c'est l'IIindou-koh ou « mont des Hindous », plus connu sous le nom de Hindou-kouch ou « Meurtrier des Hindous », peut-être par une allusion de cruelle ironie à la mortalité des marchands qui se risquent au milieu de ses neiges, s'exposant aux vents glacés pour aller faire l'usure chez les Tadjik et les Uzbeg. C'est aussi à cette chaîne maîtresse que des auteurs modernes ont appliqué ce nom de « Caucase indien », tandis que
' Bellew, Raceê of Afghanistan,
t Supeiiicîe de l'Afghanistan au sud de l'IIindou-kouch. Population probable. Population kilométrique.
658 550 kilomètres carrés. 4 200 000 habitants. G fi babitanU.
TERRITOIRE AFGHAN, HINOOU-KOUCII. SI
les Grecs l'appelaient loat simplement « Caucase » : ils y voyaient le prolongement des crêtes ponto-caspiennes et leurs écrivains cherchaient à flatter Alexandre, en le proclamant vainqueur de ces monts que n'avait pu franchir Hercule'. Nombre d'auteurs arabes donnent aussi à l'Hindoukouch le nom de Bilauristan (Bilor, Bolor) ou « Région du Cristal », à cause des pierres précieuses qu'on y trouve en quantités considérables*. La partie la plus élevée du faîte de l'Hindou-kouch n'est pas ia crête par
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laquelle il s'unit au Karakoroum, au nord de la haute vallée de Yasin. En cet endroit, l'interruption est presque complète : en remontant la vallée du Hastoudj, tributaire de l'Indus par le Tchitral, le Kounar et la rivière de Kaboul, on peut s'élever sans peine à travers les pâturages, interrompus de quelques escarpements, au col ou plutôt au large seuil herbeux de Baroghil, où les riverains du haut Oxus amènent leur bétail : d'après l'explorateur indigène, connu sous la désignation de « mollah », qui traversa cette pailie du faite en 1874, le seuil entre les deux bassins de l'Indus et de
* GrigOTTCT, CommmIaire$ à la tradudion nuit de la Géographie de Cari RUUr. s hÈ.itrtj,Jtm>uUi>flheAtiatkS<ieielgofBmgal, nov. 1864.
rAmou-daria aurait seulement 5660 mètres de hauteur; rÂnglaisBiddulpIi, qui s*est également promené dans les prés fleuris du Baroghil, dit qu'on pourrait en cet endroit traverser facilement en voiture le faîte de l'Asie*. Les grands sommets s'élèvent, non sur cette partie du socle de l'Hindoukouch, mais au sud, dans une chaîne qui prend son origine à l'extrémité occidentale du Karakoroum et se dirige au sud-ouest entre la vallée du Mastoudj et les rivières qui descendent à l'est vers le Gilgit et Flndus. Cette chaîne latérale, désignée parfois sous le nom de ce montagnes de Lahori » , d'après un col qui la franchit vers le milieu de son développement, a des cimes beaucoup plus élevées que celles de l'Hindoukouch proprement dit. Un de ses pics, qui se dresse à 40 kilomètres au sud-ouest du seuil de Baroghil, a 6836 mètres; un autre, à l'est de Tchitral; s'élève à 5760 mètres et, par une crête encore plus haute, se rat^ tache à un massif oriental, dont la pointe suprême, encore innommée, dépasse 5910 mètres : c'est plus que la hauteur de l'Elbrouz, le géant du Caucase*.
En se prolongeante l'ouest, puis au sud-ouest, l'Hindou-kouch se redresse peu à peu et parait d'autant plus grand que le haut Oxus descend de plus d'un millier de mètres en longeant la base septentrionale de la chaîne. Une montagne superbe, qui, vue de Mastoudj et de Tchitral, occupe avec ses pyramides étincelantes et ses puissants contreforts tout un côté de l'horizon, s'élève à plus de 7500 mètres, sur un chaînon méridional de l'Uindou-kouch : c'est le Tiritch mir, rival des sommets du Karakoroum'. Mais là aussi, dans ces régions de rochers et de frimas, l'homme arrive à se frayer un passage pendant de courtes semaines d'été. L'Ichtirak et l'Agram, au nord de Tchiti^al, sont constamment obstrués par les neiges et des animaux de charge ne peuvent y passer; mais plus à l'ouest, contournant le massif du Tiritch mir, ils gravissent le Nouksan ou « Pas du Malheur », dont la brèche, plus haute que le Mont-Blanc, franchit la chaîne à une altitude de 5100 mètres. Le sentier qui s'élève vers le col est « coupé dans la glace et la neige », c'est-à-dire qu'on doit en tailler les marches à la surface d'un glacier; c'est aussi probablement à des champs de glace que se rapportent les récits des indigènes sur un lac du Tiritch mir entouré de colonnes en marbre blanc. Deux autres cols plus occidentaux, le Khartaza et le Dora, sont, comme le Nouksan, accessibles aux caravanes : le Dora paraît être le plus facile; son altitude est évaluée
> Douglas Forsyth, Proceeding* ofthe Geographical Society, aprit 1879. ' Cléments Markham, Proceedingê ofthe Geographical Society, feb. 1879. ' Biddulph. Tribes of the Hindoo Kooth,