‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 112 sur 186 · MOL-DAMA, CYZIQUE · texte numérisé non relu

MOL-DAMA, CYZIQUE

el de marins est presque entièreraenl grecque'. Les Cosaques des environs sont hellénises.

Il ne reste plus que d'insignifiaiits débris de la somptueuse Gyziquc vaotée par les anciens, et les substructions des édifices déblayés ne sont pas de ce beau travail grec que l'on admire à Pergarae, à Ephèsc, à Hilet : les Turcs donnent à ces ruines le nom de Bal-Kiz ou « Fille de Miel », appellation dans laquelle Hamilton voit un ralembourg involontaire, pro-

venant de l'abréviation du nom grec Palnia Kysieos ou « Vieille Cyzique ». La cité hellénique occupait une position admirable sur la plage méridionale d'une île montueuse, transformée de nos jours en péninsule, et possédait deux ports bien abrités, s'ouvrant l'un vers l'Hellespont, l'autre vers le Bosphore; le détroit s'est comblé, et au lieu des deux ponts qui, du temps de Slrabon, unissaient l'île à la terre ferme, s'est formé un isthme de plus d'un kilomètre de largeur. Actuellement, le port oriental de Cyziquo est remplacé par celui de Pandermos ou Panormos, petite ville turque.

grecque et arménienne, que visitent régulièrement les bateaux à vapeur de Gonstantinople. Au port occidental a succédé celui d'Erdek, Tancienne Artaké, entourée de vignobles, qui produisent d'excellents vins, le meilleur de TÂnatolie. En face, sur la rive continentale, la grosse bourgade d'Âîdindjik montre do nombreuses inscriptions trouvées dans les ruines do Cyzique; près de là sont les carrières de marbre, d'où furent retii'ées les dalles qui recouvraient les édifices en granit de la cité voisine. Les musulmans émigrés de la « Vallée des Roses», dans le Balkan, se sont portés en grand nombre vers Cyzique et sa péninsule. Un gisement de boracite en blocs d'une grande richesse est exploité dans les environs.

A l'ouest du golfe d'Erdek et du groupe des îles de Marmara, la côte, en grande partie marécageuse, n'a que de pauvres villages; la seule ville, Bigha, est à une vingtaine de kilomètres dans l'intérieur, à l'endroit oà le Kodja-tchaî ou Granique échappe à la région des montagnes et où Alexandre remporta sa victoire décisive, au passage du fleuve. Le rivage asiatique de l'Hellespont n'est guère mieux peuplé. Lamsaki, l'ancienne Lampsaque, donnée par Xerxès à Thémistocle exilé, pour lui fournir son vin de table, n'est qu'un petit bourg perdu au milieu des olivettes et des vignes; Abydos n'est plus même indiquée par des ruines et l'on n'y voit que des casernes et des batteries, pareilles à tant d'autres ouvrages militaires qui défendent l'entrée. Le château des Dardanelles, point central de toutes ces fortifications, s'élève sur la rive méridionale du détroit, à côté de l'embouchure du Tchinarlik, l'ancien Rhodius, petite rivière qui coule à l'ombre des saules et des platanes. Une ville, que peuplent des gens de toute race. Turcs, Grecs, Juifs, Arméniens, Tcherkesses, Tsiganes, s'est bâtie au nord de la forteresse, entre la rivière et l'Hellespont, et souvent des équipages de toutes les nations commerçantes de l'Europe ajoutent à la confusion des langues. Sur la plupart des maisons qui bordent la grève, flottent les drapeaux de différents États, car Kaleh-Soultanieh ou le « Château du Sultan », ainsi que s'appelle officiellement la ville des Dardanelles, est comme la porte d'entrée de Gonstantinople, et tous les bâtiments sont tenus d'y jeter l'ancre avant de remonter vers la capitale. On donne aussi aux Dardanelles le nom de Tchanak-kalessi ou « Ghâteau des Poteries », à cause de ses fabriques de poteries vernissées, pour la plupart de formes bizarres. IjCS montagnes des environs sont riches en gisements métallifères, dont le gouvernement s'est en grande partie attribué le monopole.

Au sud du château des Dai'danelles le détroit s'élargit ; sur un promontoire se voient les talus réguliers d'une acropole qui fut celle de l'antique Dardanus, dont les marbres brisés parsèment les sentiers. Plus loin, le gros

DARDANELLES, HISSARLIK, BOUNARBAGHL 595

village d'Eren-koï ou Itghelmez, tout peuplé de Grecs, maigre ses noms turcs, s*élève sur une haute terrasse qu'ombragent les noyers et les chênes, et déjà Ton aperçoit dans le lointain la plaine de Troie et les tertres coniques érigés sur les collines des alentours. Une vallée, parcourue par un ruisselet que Schliemann croit être le fleuve Simoïs, sépare les hauteurs d'Eren-kôi d'un chaînon de collines dont la dernière, dominant les campagnes marécageuses du Mendereh, est la fameuse terrasse de Ilissarlik ou du « Châtclct », ido^tiûée par la plupart des archéologues avec la nouvelle Ilion; riieureux fouillcur y voit, contrairement à Strabon, Tllion d'Homère, et l'on comprend que ses travaux de déblai prodigieux sur le coteau le portent à exagérer la valeur de ses découvertes : quand on approche de Ilissarlik, on croirait, à la vue de ces énormes tranchées, de ces puissants amas de débris, qu'on se trouve au pied d'une citadelle labourée par les obus.

En cet endroit, la roche dure est recouverte de décombres ayant une épaisseur totale de 16 mètres et disposés en couches provenant de différents âges. Les débris de six villes successives se seraient amassés en un immense remblai. La couche supérieure appartient à la période historique du monde grec; au-dessous, une strate très mince recèle des vases de provenance lydienne; puis viennent deux assises dont les maisons, de médiocre apparence, étaient construites en petites pierres unies par de la boue et badigeonnées d'argile à l'intérieur. C'est plus bas que se trouverait la Troie de l'Iliade, ville brûlée, dont les cendres renfermaient des milliers d'objets attestant l'origine hellénique des Troyens et leur culte spécial pour Athéné. Enfin, la couche inférieure indiquerait le séjour d'un peuple antérieur même à la légende. D'après la forme des objets que l'on a trouvés dans les ruines, l'inisendie célébré par l'Iliade aurait eu lieu, il y a trentesix siècles environ, à l'époque du cuivre pur et des dieux à faces d'animaux. Toutefois la terrasse de Hissarlik, d'environ 79 hectares*, est trop étroite pour que la ville bâtie en cet endroit ait jamais pu être considérable et fortement assise; en outre, elle manque d'eau, à peine un léger suintement d'humidité se voit au pied de la colline en temps de pluie. D'après Lechevalier et Forchhammer, l'emplacement de l'ancienne Ilion devrait être cherché sur la colline de Bounarbachi ou <c Tête de l'Eau », au sud de la plaine alluviale : là s'élève une haute colline, toute parsemée de pierres brisées, qui domine à l'ouest le cours du Mendereh par des escarpements inexpugnables de 100 mètres en hauteur; de longues pentes

' Emile Burnouf, Archives des Missions scientifiques, tome YU.

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