‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 115 sur 186 · II · texte numérisé non relu

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nombre seulement de ces arbres ont échappé à la maladie, qui fit périr en même temps tous les orangers de Samos. Des ruines romaines se rencontrent presque à chaque pas. Les restes de Nysa la grecque se voient sur une colline, au-dessus de Sultan-hissar.

Aïdin Guzel Hissar ou le (c Beau Château d'Aïdin », la grande cité de la région du Méandre, donne son nom au vilayet dont Smyrne est la capitale. Longue de plusieurs kilomètres, elle s*étend à la base et sur les pentes de collines d'un conglomérat rougeâtre couronnées de quelques villas; les maisons peintes, jaunes, vertes ou bleues, couvertes de tuiles dont le rouge a disparu sous la mousse, s'élèvent en amphithéâtre sur les escarpements; des coupoles, des minarets, des groupes de cyprès dominent le dédale des constructions basses; une vallée profonde s'ouvre au milieu de la ville entre deux promontoires, et sur les bords du ruisseau d'Aîdin-tchaî se penchent les platanes, abritant des cafés sous leur vaste ramure; d'abondantes sources minérales jaillissent dans les environs. Aïdin, ainsi nommée de l'émir indépendant qui s'empara de la vallée du Méandre «près le passage des Mongols, est peuplée surtout d'Ottomans ; mais les Grecs augmentent en nombre, en richesse et en influence, grâce à leur initiative, à leurs voyages, et surtout à leurs écoles, car s'ils ne forment qu'un cinquième de la population, ils ont la moitié des écoliers. Les Arméniens, dont le quartier, situé sur la pente de la colline, avoisine celui des Grecs, rivalisent avec eux pour les opérations de commeixje, et moins redoutés par les Turcs que les entreprenants Hellènes, fournissent à l'administration turque presque tous se$ employés. Les Juifs espagnols, qui vivent dans le faubourg inférieur, près de la gare, sont tous cotaimissionnaires, changeurs, préteurs sur gages ou comptables \ C'est à l'endroit même où finit Aïdin, c'est-à-dire au rebord de la colline dominant à l'ouest la gorge de l'Aïdin-tchaï, que commençait jadis la cité de Tralles. La terrasse qui la portait, parfaitement limitée par des escarpements et rattachée aux montagnes par un isthme de défense facile, constituait une forteresse naturelle de 2 à 3 kilomètres carrés, que des murailles rendaient presque inexpugnable'. La ville grecque fut somptueuse et riche en beaux édifices ; mais ceux-ci étaient presque tous construits en briques, et depuis des siècles les habitants d' Aïdin n'ont pas d'autre carrière; des ouvriers fouillent toujours le sol pour en retirer les briques anciennes, les seules dont on puisse se servir pour la construction des

> Population d'Âïdin en 1883 : 25 000 Tuixs; 6500 Grecs; 1800 Juifs; 1000 Arméniens * Olivier Rayet et Albert Thomas, Milet et le golfe Latmique.

NAZLI, AIDIN, SOKIA. 65;^

fours. Au milieu des oliviers de la terrasse, on ne voit que décombres et cimetières; seulement à l'extrémité occidentale se dresse encore la puis-^ santé façade du gymnase, mur épais de 8 mètres que traversent trois portes en plein cintre, les « Trois Yeux » {Utch Goz) par lesquels on contemple la vallée basse du fleuve. Le fief de Thémistocle, Magnésie du Méandre, qui succéda elle-même à une ville plus ancienne, a, comme Tralles, disparu par le travail incessant des carriers; toutes les maçonneries du chemin de fer entre Âïdin et le col d'Éphèse ont été faites avec les pierres prises à Magnésie. Près des amas informes de ruines, est la station de fialadjik, célèbre par son miel et ses Ggues, les meilleures de ^Anatolie^ A l'exception de Sokia ou la « Froide », ainsi nommée d'une brèche des montagnes par laquelle soufQe le vent du nord, la basse vallée du Méandre n'a point de ville. Sokia, où les Grecs sont en majorité, a pris de l'importance, grâce aux ateliers pour la préparation des réglisses qu'y ont établis des commerçants anglais; ils exploitent aussi dans le voisinage des mines de lignite el d'émeri. C'est toute l'industrie de la contrée. Mais il n'est pas en Asie Mineure de région où se voient des restes plus précieux de l'art antique. Là où se trouve le village de Samsoun, au pied du Mycale, s'élevait la patrie de Bias, Priène, dont la mer venait jadis baigner les quais et que dominait une très haute acropole; au pied de la roche, sur une terrasse, se voient les ruines du temple de Minerve Poliade, « modèle de l'architecture ionique à la belle époque », ainsi qu'en témoignent les fragments déposés par M. PuUan au Musée Britannique, et la ix3stauration qu'en ont faite MM. Rayet et Thomas. A une vingtaine de kilomètres au sud, sur un coude du Méandre, le hameau misérable de Palatia marque l'emplacement de la glorieuse Milet, patrie de Thaïes et d'Anaximandre ; les restes d'un théâtre, le plus grand que possédât l'Asie Mineure, sont, avec des amas de décombres, recouverts de broussailles, tout ce qui reste de la puissante cité à laquelle appartenait l'hégémonie de la confédération ionienne et qui osa résister aux armées d'Alexandre. Les fouilles dirigées par M. Rayet ont révélé le plan de somptueux édifices et ont ramené des sculptures qui se trouvent maintenant au Louvre. Myonte, sur une coulée du Méandre, au nord-est de Milet, a complètement disparu, mais la ville où naquit Zeuxis, Iléraclée, située à l'extrémité orientale de l'ancien golfe du Latmos, devenu mer intérieure par les progrès des alluvions fluviales, a conseiTé son agora, mieux reconnaissable que celle de toute autre cité

* Récolte moyenne des figues dans la vallée du Méandre :

30000 charges, soit 6560000 kilogrammes. En 1878 : 10000000 kilogr. Récolte de la vallée du Calstre : 2 120 000 kilogrammes.

grecque, cl son enceinte hardie escaladant les rochers. Enfin, près du promontoire qui sépare le golfe du Méandre de celui de Mendelia, à Didymes,

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la moderne Hieronda, se voient les ruines du sanctuaire d'Apollon Branchîdes, le plus vaste de l'Asie Mineure, et l'un des plus remarquables, par les dispositions architecturales que nécessitaient les mystères de l'oracle.

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