RUINES DE MILET ET D'UALIGARNÂSSE
Une voie de 4 kilomètres, bordée de statues assises qui rappellent le style égyptien, unissait ce temple au port le plus rapproché. Le Louvre et le Musée Britannique possèdent des fragments de Didymes et de la voie Sacrée ^ 1x3 petit bassin du Sari tchaï ou « Fleuve Jaune », qui débouche dans le golfe de Mendelia, est aussi très riche en antiquités. Non loin de la ville qui a donné son nom au golfe et que dominent au nord les escarpements du Latmus, l'ancienne Euromus montre les restes d'un beau temple corinthien ; Melassa, la Mylasa des anciens, n'a pas une maison qui ne soit construite des matériaux retirés de temples, de palais ou de mausolées ; Asin-kaleh ou le « Village du Château », qui se trouve au nord de l'embouchure du Sari tchai, est au pied du promontoire péninsulaire qui porta lassus, son beau théâtre, ses tombeaux, ses murs pélasgiques, utilisés plus tard pour une forteresse vénitienne. L'ancienne Caryanda, patrie de Scylax, est sur la rive opposée du golfe de Mendelia. De là il ne reste qu'à traverser un col pour redescendre à Boudroun, la ville qui fut Ilalicarnasse, où naquit Hérodote. Admirablement située au bord d'une baie sûre et profonde, elle présente, suivant l'expression de Vitruve, la forme d'un théâtre à gradins qui regarde la mer; deux promontoires limitent la baie, l'un, à droite, qui portait le temple d'Aphrodite et d'Hermès, l'autre, à gauche, que couronnait le palais de Mausole, et que terminait une péninsule rocheuse ; dans ce vaste hémicycle s'élevaient les palais, les temples et le tombeau élevé par Artémise. Cette « merveille » du monde ancien à laquelle avaient travaillé Scopas et les autres sculpteurs les plus célèbres de son temps, fut respecté pendant dix-huit siècles par les conquérants qui se succédèrent sur les côtes de l'Asie Mineure. Quoique plusieurs fois secoué par les tremblements de terre, le socle avait encore toutes ses colonnades et ses sculptures au commencement du quinzième siècle. C'est alors que les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, plus barbares que tous leurs devanciers, s'attaquèrent au monument pour en faire des pierres à bâtir et de la chaux. Sous la direction de l'architecte Heinrich Schlegelholt, ils démolirent le mausolée pour élever une forteresse, que d'ailleurs ils ne défendirent point contre Soliman. Les fouilles de MM. Newton et Pullan, en 1857 et 1858, ont révélé l'emplacement du mausolée et déblayé des fragments admirables : c'est à Londres maintenant qu'il faut aller voir ces restes du plus ancien monument ionique de l'Analolie; d'après M. Rayet, il fut construit au nûlieu du quatrième siècle de l'ère ancienne.
' 0. Rayet et A. Thomas, Milet et le golfe Latnuque.
638 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UKIVEASELLE.
Le porl (le Boudroun ne fait qu'un petit commerce de figues; Djova, située à rextrémité orientale du golfe de Kos, est simplement l'escale de Moughla, qui se trouTe h une vingtaine de kilomètres dans l'intérieur, environnée de montagnes; enfin ta fameuse Cnide, la cité principale de l'Hexapole doriennc, la ville aimée d'Aphrodite, qui possédait la statue de la déesse, sculptée par Prasilèle, n'a laissé que des ruines, des tombeaux.
des murs cyclopcens, dont les débris ont servi à bâtir des palais en Egypte pour Mébémet Ali ; on n'y a trouvé d'autre fragment remarquable qu'une statue de lion transportée au Musée Britannique. L'Ëuripe ou canal qui faisait communiquer ses deui ports et que traversaient deui ponts est comblé. Actuellement le marché de l'Asie Mineure sud-occidentale est dans l'ilc de Kos : de la ville du même nom, située sur une grève arrandie en dcmi-ccrcle, l'on voit au nord la baie de Boudroun, au sud le cap Krio, l'ancien promontoire Triopium ou Cnide. Kos la grecque, l'une des plus riches îles de l'Archipel, exporte d'excellents vins, des oignons, du sésame; elle alimente de fruits, grenades, amandes, citrons, raisins, le marché
UALICAANASSE, KOS, MSYROS, SYMl. 630
d'Alexandrie. Comme fioudroun, Kos est dominée par une foi'leresse des chevaliers de Saint-Jean qui renferme les bas-reliefs d'un temple grec; la grande place est ombragée par un platane de 19 mètres de circonférence, dont les branches latérales sont soutenues par des piliers de marbi-e : c'est là, dit la tradition, qu'Uippocrate donnait ses consultations; des sources, qui jaillissent au sud-ouest, sur les flancs de l'Oromedon, sont connues sous le nom du « Père de la Médecine ». Kos, voisine du volcan de Nisyi-os, abonde en fontaines thermales et la fécondité de ses campa-
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gnes est due principalement, ainsi que l'a démontré Gorceix, aux cendres volcaniques qui furent expulsées du cratère de Nisyros lors de quelque antique éruption. Les autres montagnes insulaires de ces parages de l'Archipel, Kalymnos, Astropalxa, Symi, ont pour richesse principale les -éponges de leurs baies; tes marins de Symi emploient à cette pèche une douzaine de grandes embarcations et 150 bateaux ordinaires. Tous les Symiotes sont habiles plongeurs et ne craignent pas de s'aventurer dans les eaux où nagent les requins; ta coutume interdit au jeune homme de se marier avant qu'il sache cueillir une éponge à vingt brasses'. La scène que ■décrit la ballade de Schiller aurait souvent eu lieu à Symi : la plus belle
■ HamiltOD. Ruearcha in Aiia Miaor.
640 NOUVELLE 6Ë0GRAPUIE UNIVERSELLE.
f]lle du pays est promise par le père au jeune homme le plus audacieux et la foule s'assemble pour assister et juger les plongeurs ^
Rhodes, la « terre des Roses », ou plutôt des « Grenades » % ainsi qu'en témoignent d'anciennes monnaies, est Tune des plus grandes îles de l'Archipel anatolien. A certains égards elle occupe une position privilégiée : abritée des vents du nord-est par les montagnes de la Lycie, ne subissant point le vent du nord, qui, par l'appel des foyers de chaleur d'Egypte et de Syrie, se change pour elle en vent de nord-ouest', rafraîchie en été par les brises marines, elle jouit d'un climat plus égal que les autres Sporades asiatiques et ses vallons ne sont pas moins fertiles que ceux de Chio et de Mytilini : c'est à Rhodes, mieux qu'à toute autre île de l'archipel, que s'applique le mot d'Hippocrate : « On n'y connaît guère de différence de chaleur et de froidure; les deux températures se fondent l'une dans l'autre. » Rhodes est r«épouse du Soleil », le « séjour des Héliades », parce qu'il n'est pas un jour de l'année où le rayon lumineux ne perce les nues; « les arbres n'y sont jamais sans feuillage, ni les jours sans soleil. » Située à l'angle même de la Péninsule, Rhodes occupe un centre de convergence sur les routes de la mer, et dans l'antiquité, alors que les navires se hasardaient rarement loin des côtes, elle était l'escale nécessaire des flottes de commerce qui, arrivées à l'angle du continent, avaient à changer de route. Ainsi s'explique l'importance des échanges qui se faisaient autrefois dans la cité de Rhodes, « à laquelle, dit Strabon, nulle ne pouvait être égalée ». Au troisième et au deuxième siècle de l'ère ancienne, les Rhodiens étaient « les premiers marins du monde » ; héritiers des Phéniciens, qui avaient eu des colonies dans leur île, ils établirent comme eux des comptoirs jusque dans l'Ibérie lointaine, et la ville de Rosas, les montagnes de Roda rappellent encore leurs visites aux promontoires pyrénéens. Ils faisaient un très grand commerce avec Sinope, qui leur fournissait du blé de Crimée, des esclaves, des poissons « pélamides » ou sterlets, et leur politique recherchait toujours l'amitié de Ryzance pour s'assurer le passage du Bosphore*. La position de Rhodes lui donnait aussi une valeur stratégique de premier ordre, et les chevaliers de Saint-Jean, expulsés de la terre ferme, firent preuve de sagacité en établissant leur fortei'esse principale sur la pointe avancée de l'île, semblable à une proue de vaisseau heurtant le rivage; là ils balancèrent pendant
> Van Egmont and Ueyman, Traveh; — Schubert, Reiien in dos Morgenland.
* V. Guérin, Ile de Rhodes,
* Ross, Reisen in den griechischen Insein. ^ E. DesjardinSy Notes manuscriies.
plus de iteus siècles la fortune tics Turcs dans les mers du Levant, et l'on sait avec quelle vigueur ils résisièrent, en 1522, aux forces de Soliman le Magnilique. La vilh' ;i<'tiirll<'. o"i'ii|i;i!il i\ peine un sei/ièiiie de j'inicieniip
étendue, appartient encore, par l'un de ses quartiers, au moyen 3ge chrétien : en montant la me tortueuse des Chevaliers, entre les portes Lla- L sonnées des « auhcrgcs », on se croirait transporté A quatre siècles dans le passé. L'ile asiatique a conserïc l'aspect d'une cilé de l'Europe féodale; malheureusement les plus remarquables monuments de la Hliodos des
Chevaliers, t'éftlise de Saint-Jeaû-Baptiste et le palais des Grands Haitres, furent délruits en 1856 par une explosion : d'anciens documents étudiés par M. Guérin lui font présumer que les barils de poudre, cause du désastre, étaient ceux qu'avait cachés le traître d'Amaral pour hâter la reddition de la place, en 1522.
Les ports de Rhodes sont en grande partie oblitérés : le havre du sud,
situé en dehors des remparts, n'est plus utilisé par le commerce; celui du nord, dans lequel étaient remisées les galères des Chevaliers, ne reçoit plus que de faibles embarcations; les navires ordinaires ne pénètrent que dans le port central, au-dessus duquel s'arrondit l'amphithéâtre de la ville. Mais ce port même est mal protégé; son entrée, qu'il serait facile d'abriter par un brise-lames, est largement ouverte aux vents dangereux du nord-est, et souvent les équipages doivent appareiller pour les criques du continent, surtout pour le havre magnifique de Mermeridjc, bassin à tortueuse entrée qu'entourent de hautes collines. L'île, assez massive dans ses contours.
RHODES, KARPÀTHOS, MAKRI.
n'a plus de ports fréquentés au sud de la cité des Chevaliers ; les navires ne visitent plus la baie que domine l'ancienne acropole de Lindos, vers le milieu de la côte orientale. Près de là, au nord, se voient les restes de l'antique cité phénicienne de Gamiros, dont la nécropole a livré aux chercheurs des milliers de poteries curieuses.
Au sud-ouest de Rhodes, l'ile allongée de Karpathos fait quelque commerce, mais la plupart des habitants émigrent temporairement pour gagner leur vie comme charpentiers ou sculpteurs sur bois. Quant aux insulaires de la petite Kasos, qui continue la chaîne des iles vers la Crète, ils s'occupent presque exclusivement de navigation, et leur pavillon se montre dans tous les ports de la Méditerranée*. Après une descente meurtrière que firent les Turcs pendant la guerre de l'Indépendance, l'île avait été complètement abandonnée. La plupart des terres de l'Archipel se gouvernent elles-mêmes : on ne leur demande que l'impôt.
Sur la côte méridionale de la Péninsule, le port de Makri, assez vaste pour recevoir tous les navires de la Méditerranée, n'a pourtant sur ses
* Villes principales du versant anatolien de la mer Egée et des iles turques de FArchipel, arec leur population approximatiTe :
GORTIIfBIlT.
Smyme 192 000hab.
Nanissa (Magnésie) 50 000 »
Gydonia (Aïvali), d'ap. Humann. 35 000 „
ÀÎdin, d'après Âpostolidès . . 52 000 »
Kirkagatch 20 000 »
Akhissar 20 000 »
Tchesmeh,eni882 16 285 »
Pergame, d'après Humann . . 16 000 »
Âlachchr (Philadelphie). . . . 15 000 »
Ouchak, d*après De Moustier . 15 000 »
Thyra 15 000 »
Latzata,en1882 13 880 »
Kassaba 12 000 »
Moughla, d'après Scherzer . . 11 000 »
Boumabat 10 000 »
Vourlah 10 000 »
Soma 10 000 ))
Kadi-koY du Méandre.
Gôrdix
Nazli
Denizli
Koula
Edremid
Baïndir
Œdemich
Bouladan
Yenidje Fokia
Ghediz, d'après de Moustier.
Fokia fPhocée)
Menemen
Scala Nova
Sokia
Sighadjik
Sevri-hissar
Dikeli, d'après Humann. . .
. . . 4000 hab.
Iles.
Tenedos