QA
g su
hSKIllâ
% ÉÊ
Hî
uif^k. WM
Fw^^|ji
^^^jr?D.5Bg
^^JB
J^SCfe k-j •tor'^JBi
Srij ^j
Fellows découvrit, pour ainsi dire, la Lycie, dans son mémorable Tojage de 1858, c'est par dizaines que les explorateurs comptent les villes et les bourgades lyciennes qu'ils ont visitées dans les vallées et sur le bord de la mer. Voici Tlos, sur le flanc des montagnes qui à l'orient font face aux rochers de Pinara; près de Xanlhos, voici Patara, avec son grand théâtre
(M SOUVELLOE GËGRAPHIE UNIVERSELLE.
(aillé dans le roc; plus loin, sur le rivage onenlal, s'élevaient Phellus et Anliphellus; d'autres cités sans nom, ceintes de murailles parfaitemenl conservées, n'enferment que des arbres. Parmi les ruines récemment explorées, les plus remarquables étaient celles de Giôl-bachi, découvertes en 1842 par le voyageur Schônborn. Une montagne, dominant à l'ouest la vallée profonde du Dembra-tchaï, est surmontée par une petite acropole entourée de tombeaux, et par un monument rectangulaire, dont la façade
5( 6r ?ar-.^
ya-
sj^
JW*
jv^J^^^fe
'^^^^'^^Jt^^^^?:^^ V^r~
'^^^Sri^^À^
^Wn7 ^^^
^& fe.
'^^1 Âl. -i^W^
WW\i jK^WÈ
\ ^?^^W tr^Pill
Es.deC «n.cK
Ej
soba
Salk.Mw»tnt SttS-ÛMmm»*t S^mtt greJf-âni«^ar-rrt/lf,fmti7t7iJk-7iA,ialKAr/rjiA//*in
principale et les quatre parois de la cour intérieure étaient ornées de frises en bas-relief ayant ensemble un développement de plus de cent mètres. Là se déroulaient, ombragées par la ramure des arbres, toutes les grandes scènes de l'Diade et de l'Odyssée, la cbasse de Méléagrc, les combats des Amazones et des Centaures'. C'est dans un musée de Vienne qu'on admire maintenant les frises de Giôl-bachi, sculptées avec toute la grâce hellénique et une singulière richesse d'invention. Le nom antique de la ville ruinée est resté inconnu.
< BcsDdorf, Voriûu^a' Beiichl ûber swei OetUrreich. Arckeol. ExpediUonen nach Kleinatim.
GIOL BACUI. ELHALI) 64»
Divisée en de nombreux bassins, dont quelques-uns' n'ont pas même d'écoulement apparent vers la mer, la Lycie a dû se partager de tout temps en cantons ayant une existence économique distincte ; chaque vallée, chaque massif montagneux avait sa ville; nulle part ne se trouvait un centre naturel de commerce pour un vaste territoire; le lien politique était celui de la confédération . Mais si la Lycie est découpée à l'inlini du cdté de la mer, où florissait la civilisation hellénique, elle est de formes plus régulières et d'accès plus facile dans les riions du nord, où elle se confond avec les plateaux
de l'intérieur, et c'est par là qu'a pénétré la domination turque, imposant la centralisation administrative. Une ville relativement considérable, Elmalu, s'est fondée dans un bassin fermé qui se trouve presque au centre géométrique du vaste demi-cercle décrit par les côtes de la I.ycie, entre le golfe de Makri et celui d'Adalîa. C'est une cité prospère, peuplée surtout de Grecs et d'Arméniens, mais ayant son quartier turc, dominé par une mosquée riche et gracieusement ornée. Elmalu s'occupe de la prépai-ation des cuirs; toutefois ses tanneries, au lieu d'empester l'atmosphère comme celles des villes européennes, répandent une odeur agréable, duc à
650 NOUVELLE GÉOGRAPiUK UNIVERSELLE.
remploi de la vallonée- Des Srayrmiotes, grecs et levantins, y viennent faire directement leurs achats de maroquins, de peaux, de fruits, de matières tinctoriales. Les deux ports avec lesquels la capitale de la Lycie fait le plus grand commerce sont Makri et Adalia; elle trafique également avec Phenika, la ce ville des Dattiers », qui justifie bien son nom. Mais (Meis, Mégisté) ou Castelorizzo, pyramide insulaire de maisons et de fortifications ruinées, qui se dresse au large d'une baie, n'a guère d'importance que par son havre d'abri et par son commerce avec Alexandrie : les montagnes de la Lycie et de la Caramanie fournissent des bois à l'Egypte.
Adalia, la capitale de la Pamphylie, est considérée par la plupart des archéologues comme Attalea, la ville d'Attale Philadelphe, dont elle porterait le nom. Disposée en forme de thé.^tre grec, autour d'un port circulaire que deux châteaux forts défendaient à l'entrée, elle arrondit ses gradins sur la pente douce d'une colline; d'en bas on voit d'un coup d'œil la ville entière enfermée par une double enceinte crénelée, flanquée de grosses tours; quelques débris romains sont encastrés dans les remparts et les murailles. Entourée de jardins et à l'issue d'une plaine très riche en céréales, Adalia fait un certain commerce, surtout avec l'Egypte, et l'apparence physique de sa population, de même que le dialecte local, témoignent de croisements entre les Turcs indigènes et les immigrants arabes ; presque tous les échanges sont monopolisés par des négociants grecs. I^es ruines antiques sont nombreuses dans cette région de la Pamphylie : à l'orient d'Adalia, sur le rivage du golfe, Eski Adalia ou <c Vieille Adalia », la Sidé grecque, montre les restes admirables d'un théâtre; au sud-ouest, les n»stes d'Olbia dominent un val verdoyant où les Adaliens ont bâti leurs maisons de plaisance près des casca telles; au nord-ouest, sur im plateau isolé, les débris de Termessus major couvrent un espace considérable; comme dans presque toutes les cités grecques, le théâtre y occupe, au bord d'une falaise, l'endroit d'où la vue s'étend sur le plus vaste horizon de vallées et de montagnes.
Si les routes n'étaient pas si rares et si mal entretenues, Adalia serait un port très animé, comme débouché naturel des bassins fermés qui limitent au nord le Sultan-dagh et les monts où le Méandre prend ses sources. Dans cette région se sont fondées quelques villes industrieuses, dont les produits sont expédiés à Smyrne par le chemin de fer ou à Conslantinople par la route d'Afioum-Kara hissar. Bouldour, sur la rive orientale du lac de même nom, s*élend sur plusieurs kilomètres carrés dans une plaine étroite : c'est le Polydorion des Grecs. Elle a, comme Elmalu, des tanneries, des maroquineries, elle tisse et blanchit des toiles,
ADâLIà, BOULDOUR, ISBARTA, EGHERDIR. 651
expédie à Smyrne la gomme adragant retirée d*une espèce d'astragale qui ressemble à l'ajonc. Isbarta, l'ancienne Baris, que dominent les coupoles de trente mosquées, est encore plus commerçante que Bouldour et communique plus facilement avec la mer; on la compare à Brousse pour la beauté de l'aspect et la richesse des campagnes, couvertes de vignes, de pavots et d'autres cultures, qui contrastent avec les talus de pierres ponces et les escarpements de trachyte; dans cette plaine se réunissent les nombreuses sources de l'Âk sou (Fleuve Blanc), qui se déverse dans la mer entre Âdalia et Eski Âdalia, après avoir traversé les fertiles « plaines du Coton » (Pambouk4)vassi). Un tributaire occidental de l'Âk sou passe à la base des rochers qui portent les ruines de l'antique Sagalassus ; le village turc le plus rapproché s'appelle Âghlasan, nom dérivé de la forme primitive. Sagalassus, qui résista vaillamment à l'armée d'Alexandre, était une des plus fortes cités de l'Asie Mineure, et en même temps l'une de celles où, dans un espace restreint, se trouvait le plus bel ensemble de temples, de palais, de portiques, de théâtres et autres édifices publics que possédait chaque ville grecque^ La terrasse, parfaitement unie, est dominée au nord par une roche verticale, tandis qu'au sud elle est coupée par de raides escarpements ; une roche conique, régulière comme un volcan, se dresse en avant de la terrasse, qui projette vers elle un isthme étroit : cette roche qui commande tout le plateau porte les ruines de l'acropole ; à l'extrémité orientale du terre-plain, un théâtre, encore plus grand que celui de Hieraj)olis et non moins bien conservé, quoique des noyers aient inséré leurs racines entre les gradins, s'élève majestueusement au-dessus des édifices renversés ou croulants. Au sud de Sagalassus, une autre forteresse des Pisidiens, Ci^mna, occupait un plateau isolé et que l'on croirait inaccessible : au pied du roc s'étend le village moderne de Ghirmeh.
Egherdir, — du grec Akrotiri, — située à l'extrémité méridionale du lac de ce nom, est une cité charmante; l'amphithéâtre des pêcheries, d(3s maisons, des mosquées, des remparts et des tours, les bouquets d'arbres au-dessus desquels se redressent les escarpements nus, la nappe des eaux bleues, les îles boisées, les promontoires qui se succèdent sur les bords jusqu'aux montagnes vaporeuses, lui donnent un aspect italien. Bcï-chehr ou la « Ville du Bey », également bâtie au bord d'un lac, sur une rivièn; qui va se jeter dans le Soghla-gôl, est aussi une ville pittoresque, mais sans grand commerce. Evidemment, la contrée était beaucoup plus riche et plus populeuse quand les cités romaines, Apamaea Cibotus, ApoUonia,
* Arundel, Visit ; — Hamilton, Researchet in Asia Minor,
TÂnlioche pisidienne, dont on voit encore d'imposants débris, s'élevaient dans la régipn des lacs. I^es hautes arcades de l'aqueduc qui portait à la capitale de la Pisidie les eaux pures du Sultan-dagh, en traversant par une courbe gracieuse le plateau de la cité, offrent un spectacle grandiose. Aucune ville moderne n'a succédé à Antioche. Apollonia, sur un afQuent du lac d'Egherdir, est remplacée par le gros bourg d'Ouloubourlou, connu maintenant par la découverte d'une inscription pareille à celle d'Âncyre.
Konieh, l'ancien Iconium, capitale de la province de Lycaonie, puis de l'empire Seldjoucide, occupe une position stratégique sur la route de la Syrie à Conslanlinople, à la base des montagnes qui dominent la région des plaines au sud du Grand Lac Salé. Les armées se sont fréquemment heurtées dans cette partie de l'Asie Mineure, pendant les Croisades, puis dans les guerres intestines des Turcs; en 1832, les forces égyptiennes commandées par Ibrahim-pacfaa y remportèrent une victoire qui leur eût ouvert la porte de Stamboul sans l'intervention des puissances européennes. Konieh, cité déchue, est plus curieuse par ses monuments du moyen âge que par son industrie présente. Ses murailles et ses toui*s ont gardé leurs sculptures et leurs inscriptions, grecques, arabes, turques, qui rappellent les différents régimes subis par Iconium ; les mosquées du temps des Seidjoucides, presque toutes fort dégradées, sont les plus belles de la Péninsule par l'élégance des arabesques et la variété des émaux; le a minaret qui monte aux Etoiles » est un chef d'oeuvre de délicatesse par la forme et le coloris des entrelacs. L'oasis de jardins qui entoure Konieh est comme assiégé par le désert ; mais à quelques heures vers l'occident s'ouvrent des vallons ombreux qui approvisionnent la ville de légumes et de fruits. Au nord-ouest, Zilleh aux toits en terre rouge, que dominent des parois de trachyte, également rouges, est une bourgade prospère, entièrement peuplée de Grecs qui descendent de l'ancienne population hellénique expulsée d'Iconium'; dans les environs se trouvent des gisements d'écume de mer. Le service des postes en Anatolie est confié depuis un temps immémorial à une tribu tartare des environs de Konieh, dont tous les hommes peuvent dire avec orgueil que jamais un seul d'entre eux n'a démérité de la confiance publique. Si bon cavalier qu'il soit, rarement un voyageur a pu suivre ces courriers dans leurs rapides chevauchées à travers la Péninsule*. C'est aussi des environs de Konieh qui viennent la plupart des hammal ou porte-faix de Conslantinople et de Smyrne.
* Ilamilton, Researckes in Aiia Minor.
* Ed. Dutcmple, En Turquie (TAêie,
KOMEH, KARAMÀN, NIGDEH, ANAMOUR. 655
A Touest (le Konieh, les rares agglomérations de maisons ou de cabanes auxquelles on donne le nom de villes se succèdent à la base septentrionale du Taurus, là où les ruisseaux d'eau pure descendus des montagnes ne sont pas encore taris et où, pendant la saison des Cèvres, les indigènes sont à proximité des hauts pâturages pour les migrations annuelles. Karaman, jadis capitale de la province de Karamanie, se trouve déjà presque au cœur des monts, à 1900 mètres d'altitude. Eregli n'a guère plus de 1000 mètres, mais ses maisons se groupent sur une colline audessus de la région marécageuse. Kara bounar ou « Noire Fontaine » est complètement abandonnée pendant l'été; ses habitants quittent leurs exploitations de sel et de salpêtre dans les dépressions lacustres pour se rendre dans les yaïla du Karadja-dagh. Enfin, Nigdeh, à l'extrémité orientale du bassin, est à 1500 mètres environ, au pied des contreforts de l'Ala dagh. Non loin, le village de Kiz-hissar, « Château de la Fille », ou Kilisi-hissar, « Château de l'Église », s'élève sur la <c chaussée de Sérairamis » où avait été bâtie l'ancienne Tyane, patrie du magicien Apollonius. L^explorateur Hamilton a pu identifier la position de Tyane par la découverte de la fontaine jaillissante que les auteurs décrivent sous le nom d'AsmabaBus. Cette source, consacrée à Jupiter, forme un étang d'eau froide, saumâtre, légèrement sulfureuse, dont le bouillon central s'élève d'environ 50 centimètres au-dessus de la surface, sans que jamais le bassin déborde; évidemment ce réservoir ofTre la même disposition que celle de nos jets d'eau ; le liquide s'élance par une ouverture centrale et fuit par une fissure du fond. La route commerciale et militaire suivie de tout temps d'Iconium à Tyane s'infléchit en demi-cercle pour longer la basé des montagnes par Laranda et Cybistra, c'est-à-dire par Karaman et Eregli; plus au nord, les marécages salins, le manque d'approvisionnements et d'eau pure rendent le voyage trop pénible pour qu'un nombre d'hommes considérable puisse s'y aventurer. Ainsi les contours du rivage et les crêtes parallèles des montagnes côtières se reproduisent exactement par la courbe de la grande route maîtresse sur les hauts plateaux. Dans cette région, le voyageur anglais Davis a récemment découvert des inscriptions hittites.
Séparés de l'Anatolie intérieure par de hautes montagnes, les rivages de la Cilicie Trachée n'ont que de petits havres, moins actifs que les ports d'autrefois, qu'alimentait alors le commerce de la populeuse Cypre. Alaya, l'ancien Corakesion, est un village blotti au pied d'une roche insulaire qu'un isthme de sable rattache au continent; Selinti, laSelinos des Grecs, n'est qu'un hameau ; Anemourion, sur le promontoire le plus méridional de l'Asie Mineure, n'est plus qu'une vaste nécropole et la boui^ade d'Ana-
Hoi NOUVELLE 6Ë06RÂPII1E UNIVERSELLE.
mour s'élève à quelque distance des ruines, à l'embouchure d'un lorrenU Plus loin, la crique de Tchalindreh, la Celenderis des anciens, est le port d'embarquement ordinaire pour l'île de Gypre. Quant à la roche -du Port Provençal, fortifiée jadis par les chevaliers de Rhodes, nul ne l'habile, et l'ancienne Séleucie (Selevké), à l'embouchure du Gôk-sou (Calycadnus), n'est plus qu'un amas de masures.
Ijg mouvement des échanges a dû se reporter à l'est, sur les rivages de la Gîlicie Ghampêtre, où vient aboutir la route diagonale de l'Asie Mineure et où des plaines et de fertiles vallées offrent une vaste zone de culture. Mersina, le port commerçant de cette région, n'était, au milieu du siècle, qu'un petit groupe de cabanes entouré de myrtes, d'où le nom qui lui fut •donné; c'est actuellement une cité commerçante, dont le port, trop exposé aux vents du large, est bordé de quais et pourvu de jetées*. La ville est en partie construite de fragments de marbre qui gisaient sur le sol, débris <rune cité grecque. A quelques kilomètres à l'ouest, d'autres ruines indi- «quent l'emplacement de la Soli des Argiens, où se parlait ce langage incorrect qui a fait donner aux tournures vicieuses le nom de ce solécismes ». Plus loin se voient les colonnades romaines de Pompeiopolis, qui menaient à un port ovale dont le quai d'enceinte est parfaitement conservé ;mais les boues ont comblé le bassin et les dunes du littoral se prolongent en travers de l'entrée. Un monument, plus curieux à certains égards, est le Dcrikli tach ou la « Pierre Debout », énorme pilier érigé peut-être avant les âges historiques : d'après Langlois , ce bloc, usé à la base par les chameaux qui viennent s'y frotter, a 15 mètres de hauteur, et son volume est •de 120 mètres cubes' ; il pèse au moins 300 tonnes et peut se comparer aux plus puissants mégalithes de la Bretagne. Serait-ce un menhir ou plutôt un de ces piliers que les Phéniciens élevaient ordinairement par paires, à l'entrée de leurs temples'?
Une excellente route moderne unit Mersina aux cités de Tarse etd'Adana. Tarse, située près de la rive droite du Gydnus ou Tarsous-tchaï, sur la déclivité mourante d'un contrefort du Boulgar-dagh, est, parmi les villes fameuses de l'Asie Mineure, une de celles qui prétendent à la plus haute antiquité : d'après une légende orientale, le site qu'elle occupe est la première plaine qui s'assécha lors du retrait des eaux diluviales. Avant que les alluvions n'eussent comblé le port et lorsque le Gydnus était encore .navigable, Tarse était admirablement située pour devenir un centre de
t Mouvamcnt du port de Mersina en 1880 : 110000 tonnes. * Victor Lunglois, Voyage dans la Cilicie. ^ G. Pcrrot, Nolcê manuscriles.
MERSINÂ, TARSE. 655
commerce, entre la Syrie et TAsie Mineure, par les portes de Cilicie dont eUe gardait Tentrée. Aux temps de César et d'Auguste, elle était la rivale d'Alexandrie, qu'elle regardait par-dessus la mer. Ses écoles étaient considérées comme les meilleures du monde, comme supérieures même à celles d'Athènes, et ses philosophes allaient porter leur science dans l'Occident ^ La ville était devenue très riche et somptueuse, Marc Antoine en fit la capitale de son empire asiatique : c'est là qu'il épousa Cléopâtre ; Julien fut enseveli à Tarse. Mais les guerres ruinèrent la cité, la rivière qui la traversait s'éloigna vers l'est et cessa de porter des embarcations, le port se combla. Tarse resta perdue dans les terres. On n'y voit même plus aucun vestige de son ancienne gloire; à peine quelques fragments antiques résonnent sous la pioche ; l'édifice le plus curieux est une mosquée que la tradition dit avoir été bâtie à l'endroit précis où naquit Paul, ce l'apôtre des Gentils ». Non loin des murailles on a découvert un énorme dépôt de terres cuites, représentant surtout des figurines votives : là se trouvait probablement une fabrique de ces objets de sainteté'. Après la Mecque et Jérusalem, un des principaux lieux de pèlerinage des musulmans est une grotte des environs de Tarse, une de ces nombreuses cavernes où la légende place le séjour des « Sept Dormants » '.
En été, la ville devient insalubre et les habitants aisés s'enfuient dans les vallons du Boulgar-dagh, aux bains d'ichmeh, à Kozneh, à Nemroun, à Gulek-bazar, près des Portes Ciliciennes. Ce qui fait la beauté de Tarse est son vaste jardin, verdoyante ceinture, d'où l'on entrevoit des arcades brisées, des piles chancelantes, débris d'un aqueduc romain; mais toutes ces ruines paraissent mesquines, quand, au détour d'un sentier ombragé, on se trouve en présence de l'énorme Dunuk-tach, ou « Pierre Tombée ». Ce vaste quadrangle de maçonnerie, vide à l'intérieur, a l'air d'un gigantesque bloc. Vu des bords du Cydnus, à travers le branchage des cyprès et des arbres fruitiers, le Tach ressemble à une falaise de grès : on dirait une œuvre de la nature, comme il s'en rencontre souvent dans les pays bouleversés par les agents géologiques. Cet étrange édifice, évidemment très antique, a près de 90 mètres en longueur, sans compter les constructions accessoires; sa laideur est de 42 mètres et sa hauteur de 8 mètres environ; les plaques de marbre blanc qui revêlaient les murailles sont éparses sur le sol. Ainsi que des médailles la représentent, la puissante' masse aurait servi de piédestal à une statue de monarque portant l'arc et
I Heuzey, Académie des Inscriptions et BelleS'letlreSy 7 juillet 1876. ^ Léon Heuzey ; — Burckhardt Barker, Lares and Pénates. 3 V. Langloîs, ouvrage cité.
6o6 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
le carquois et se tenant debout sur un animal symbolique armé de cornes. Les fouilles pratiquées n'ont révélé ni son âge ni sa destination. Quelques savants y voient un lieu d'oracles; d'après l'archéologue Langlois, qui s'appuie sur un texte de Strabon, ce serait le tombeau du premier Sardanapale, réfugié en Cilicie après la perte de son empire : l'édifice portait sans doute au sommet la statue colossale de style assyrien figurée sur de nombreuses monnaies de Tarse ^
Adana a pris une part de l'importance commerciale de l'ancienne Tarse. Située comme elle dans une région des plus fertiles, entourée de jardins, de champs de cotonniers et de cannes à sucre, elle se trouve également sur la grande voie diagonale de l'Asie Mineure ; en cet endroit, le Sarus ou Seîhoun, qui coule k l'est et que traverse un pont de dix-huit arches, échappe à la région des collines pour entrer dans la vaste plaine alluviale qui s'accroît chaque année, d'une quantité d'ailleurs peu appréciable, vers Cypre et la Syrie. Sa vallée supérieure et celles de ses tributaires sont autant de chemins qui s'ouvrent dans la direction de Kaïsarieh et du Kizil irmak. En outre, le Pyrame ou Djihoun se rapproche assez d'Adana pour que cette ville soit devenue le débouché naturel de tout le bassin; c'est là que vient aboutir la voie historique entre le h«aut bassin de l'Euphrate et le littoral de la Cilicie. Le fleuve offre de plus, sur presque toutes les rivières de l'Asie Mineure, l'avantage d'être navigable dans son cours inférieur; des embarcations, frétées à Cypre et en Syrie, mouillent devant les quais de la cité. Grâce à la fécondité de ses campagnes et à la convergence des routes, Adana est devenue le centre d'un grand commerce et l'on s'occupe de constiniire un chemin de fer à voie étroite, de 60 kilomètres de longueur, qui la rattachera au port de Mersina par Tarse. Plus salubre que cette dernière, la cité du Seîhoun est cependant dangereuse à habiter pendant la saison des fièvres et les villages des montagnes environnantes se peuplent alors d'immigrants.
Dans la haute vallée du Sarus, au nord de la ville arménienne de Hadjin et sur la limite des deux vilayet de Sivas et d'Adana, non loin de la nouvelle ville d'Azizieh, le petit bourg de Sar ou Sartereh occupe l'emplacement de l'ancienne Komana, appelée Hierapolis ou « ville Sainte ». La montagne qui domine les ruines s'appelle encore Koumenek-tepe, mais le nom même de Komana n'a pas encore été découvert sur les monuments. Tous les édifices, temples, théâtres, arènes, gymnase, datent de la période hellénoromaine; toutefois les sanctuaires offrent, probablement pour obéir aux
* G. Perrol, Mémoires (U Archéologie, (TEpigraphie et d'Histoire.
TARSE, ADANA, ALBlSTAxN, ZEÏTOUN, MARACII. 657
traditions sacrées, un caractère plutôt égyptien que grec; le temple proprement dit n'a point de colonnes et les demeures des prêtres l'entourent sans présenter d'unité architecturale. Des grottes s'ouvrent dans les parois des montagnes qui dominent la cité et sa riche plaine, que six mille esclaves cultivaient au temps de Strabon'. Les principautés turcomanes de Kozan-oglou et de Mencmentz-oglou, qui s'étaient constituées dans les vallées supérieures du Sarus et du Pyramus, ont perdu leur indépendance ; encore au milieu du siècle, elles ne se rattachaient à l'empire turc que par des hommages de vassal à suzerain.
La ville principale, dans le haut bassin du Djihoun, est Albistan» souvent désignée par un jeu de mots sous le nom d'El Bostan ou « le Jardin « ; elle est en effet entourée de verdure; la vaste plaine, bien arrosée, où viennent mourir en douces ondulations les pentes des monts environnants, parait comme prédestinée à recevoir une grande cité, médiaire du commerce entre le haut Euphrate et la mer. Dans celte plaine s'unissent tous les hauts affluents du Djihoun, pour s'échapper au sud par une succession de défilés que termine la formidable cluse de l'Akhîr-dagh ; mais pour les indigènes aucun de ces torrents n'est le vrai fleuve : avec la vénération instinctive de tous les peuples pour les sources permanentes, ils regardent comme la véritable origine du Djihoun un petit bassin où bouillonnent des eaux issues de fissures profondes et d'où sort un ruisseau toujours égal arrosant les jardins. Âlbistan a quelques familles arméniennes, mais au sud-ouest une confédération haïkane, composée de six petites communes républicaines, s'est maintenue jusqu'à une époque récente dans la haute vallée dite de Zeïtoun ou des « Oliviers », quoique ces arbres ne croissent point dans le bassin montagneux, haut d'au moins 1500 mètres. C'est un spectacle unique dans ce monde arménien, composé presque entièrement de sujets avilis, que celui d'une communauté de libres montagnards, ayant gardé leur indépendance à travers les siècles. Au nombre d'environ dix mille, et parfaitement exercés au maniement des armes, ces Haïkanes ont limité leur territoire par quelques fortifications érigées aux défilés et naguère ils ne permettaient point aux musulmans de pénétrer chez eux; ils ne payaient au pacha d'Albistan d'autre impôt que le loyer de terres qu'ils avaient louées dans la plaine'.
Marach, où la moitié de la population est arménienne, s'appuie aux contreforts de l'Akhîr-dagh qui dominent le confluent de l'Ak sou et du Dji-
* Karoiidis, Komana et »es ruines (en grec moderac).
* Cari Hitler, Ai:en, vol. XIX.
jx. 85
houn, au sortir de sa grande cluse. L'industrieuse cité, dont les femmes lissent des colonnades et brochent des étoffes d'or et d'argent, est en été
la capitale temporaire du vilayct; c'est le yatla que vient habiter le pacha, quand les chaleurs lui font quitter le kichlak d'Adana. Au sud-ouest, sur le versant occidental de ia vallée du Djilioun, Sis, bourgade bâtie sur les flancs et à la base d'un monticule escarpé, fut aussi une capitale : les rois
MARACH, SIS, MISSIS, AYAS. G59
d'Arménie y résidèrent pendant deux siècles, de 1182 à 1374, et Ton y voit encore les restes du tarbas ou palais des takavor. En cessant d'être résidence royale, Sis resta le chef-lieu religieux; au monastère règne un patriarche, dont le gouvernement turc a voulu faire un rival du sujet russe, le patriarche d'Etchmiadzin. Tous les évoques des alentours envoient au prélat de Sis la dime que payent leurs paysans. Sur la route qui descend au Djihoun, une colline porte le château fort d'Ânazarbe, la Ham zarba des musulmans, qui fut avant Sis une résidence des rois arméniens et que ses ruines romaines ont rendue célèbre. Les deux aqueducs anciens, quoique rompus çà et là et privés de leurs sculptures et de leurs inscriptions, sont encore des monuments grandioses : on les voit se poursuivre sur une longueur respective de 12 et de 20 kilomètres jusqu'aux montagnes qui dominent la plaine au nord et au nord-ouest* : leurs eaux fécondantes avaient changé le désert environnant en un immense verger, si bien qu'au douzième siècle Edrisi pouvait comparer la campagne d'Anazarbe au ce paradis » de Damas.
A l'est d'Adana, l'antique Mopsucste, la Mamislra des Croisés, la Missis des Arméniens et des Turcs, garde le passage du Pyrame, que traverse un pont de neuf arches : on se trouve déjà vers la racine de la Péninsule et les escarpements du Djebel-el-Nour ou « Montagne de la Lumière » indiquent la limite naturelle entre les deux contrées, l'Asie Mineure et la Syrie; dans cette marche se rencontrent des groupes de toute nation, Turcs et Grecs, Arméniens et Kourdes, Arabes, Circassiens, Ansarieh, nègres et Tsiganes. Mopsueste, à la frontière extrême du monde hellénique, appartenait également à la Syrie et à l'Asie intérieure par le mélange des cultes. Son Apollon était plutôt un Baal d'Orient qu'une divinité grecque; elle avait pour tous les dieux un sanctuaire et des adorateurs; de même iEgée (Ayas, Lajazzo), la « cité des Vagues », bâtie au nord du golfe d'Alexandrette, accueillait toutes les religions du bassin de la Méditerranée; pendant les guerres des Croisades, alors que les marins d'Italie en avaient fait leur principal entrepôt, elle était devenue ville chrétienne. Le port cilicien qui lui a succédé est à quelques kilomètres à l'ouest, non loin de la bouche du Pyrame : c'est le bourg de Youmourlalik(Tchoumour talek), que l'on parle de rattacher aussi à Adana par un embranchement de voie ferrée, qu'il faudra protéger contre les alluvions du fleuve en rejetant le courant vers l'ouest'^ Ayas et Youmourtalik sont au nombre des ports que
* Tcxier, Revue françaiie, i838 ; — Cari Ritter, Asien^ XIX. ' Ed. Du temple, En Turquie d^Asie,
Ton propose de prendre comme points de départ du chemin de fer de la Méditerranée au golfe Persique. La voie serait plus longue, mais les constracteurs y gagneraient de pouvoir ménager les rampes d'accès pour la traversée de l'Âmanus.
Sur le versant oriental du Djebcl-el-Nour, près de la courbe du goMe qui s'avance le plus vers le nord dans l'intérieur des terres, deux rochers unis par une belle arcade en granit noir resserrent le chemin : comme le défilé de Gulek-boghaz, c'est aussi une « porte de Cilicie », désignée également comme la « Porte de Tamerlan », la « Porte de Fer » ou la (c Porte Noire », Kara kapou. Que d'hommes ont été massacrés pour la conquête de cet étroit passage qui ouvre les chemins de l'Asie! Depuis les temps préhistoriques, nul siècle qui n'y ait vu des batailles\
Terre à la fois asiatique et européenne par sa géographie, sa population, son histoire, l'Anatolie présente dans son état social et politique un double mouvement de décadence et de progrès, prélude de révolutions inévitables. Les Grecs s'accroissent et les Turcs diminuent; les villes du littoral se peuplent et celles de l'intérieur tombent en ruines; l'industrie moderne est représentée à Smyrne par ses œuvres les plus grandioses, et dans le voisinage immédiat campent des tribus non moins dépourvues de tout confort matériel que les plus pauvres Kirghiz de l'Asie Centrale; certains districts de la côte sont cultivés avec autant de soin que les campagnes de l'Europe occidentale, tandis qu'ailleurs la crainte des brigands fait abandonner champs et villages. Telle ville, même dans le voisinage du littoral, est comme assiégée par les bandits, et les notables n'osent en sortir que sous la garde d'escortes nombreuses. D'immenses domaines se constituent, réduisant des populations entières à un servage déguisé. Des famines atroces, comme celles de 1874 et de 1878, dépeuplent des districts entiers. Dans l'intérieur on peut chevaucher pendant des journées sans voir d'autres vestiges hu-
* Villes du versant méridional de l'Asie Mineure, avec leur population approximative :
Eregli 5 000 hab.
Ziilch 4 000 »
VILATET d'aDANA.
Âdana, d'apr. Favrc et Mandrot . 45 000 hah.
Marach ... 24000 )>
Tarse, d*îiprès Geary 12 000 j»
Hadjin " 40 000 .»
Mcrsina, d*après GearV .... G 000 »
Sis 1 . . . . 5000 »
VIUTET DE KARAMAN.
Konieh 40 000 hab.
Isbarta 30 000 »
Adalia, d'après Spratt 13 000 »
Bouldour, d'après Hamilton . . 12 500 »
Elmalu, d'après Schônbom . . . 10 000 »
Karaman, d'après Hamilton ... 7 500 »
Nigdeh n ... 6000 >^
Egherdir » ... 5000 )>
Albistan 3000 hab.