‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 13 sur 186 · HINDOU-KOUCH · texte numérisé non relu

HINDOU-KOUCH

à 4800 mètres ^ Au delà, le faite de séparation entre les torrents qui descendent au sud dans le Kafiristan et ceux qui coulent au nord dans le Badakchan et le Koundouz est encore inviolé par les voyageurs européens; mais on sait que des Kafir du versant méridional mènent leurs bestiaux sur les pentes du nord : ce fragment du rempart des monts n est donc pas infranchissable.

La crête ne redevient connue dans ses traits généraux qu*à l'ouest du col d'Ândjouman. Sur un espace de plus de 200 kilomètres, la chaîne, disposée en croissant ayant sa convexité tournée vers le nord-ouest, est coupée d'une vingtaine de brèches, dont la hauteur varie de 3500 à 4500 mètres : quelques-unes sont accessibles même aux caravanes de chameaux. Parmi ces cols, il en est qui ont un nom dans l'histoire : le Kawak, le premier passage à l'ouest de l'Ândjouman, est peut-être celui qui vit passer Alexandre; le pèlerin Hiouen-thsang le choisit pour retourner en Chine, les Anglais Wood et Lord pour rentrer dans l'Inde. Tamcrlan franchit la chaîne au col de Thaï. Le Ghibr, à l'est de Bamian, est le col où passa le plus fréquemment le sultan Baber. Celui de Kouchan, qui coupe vers son milieu le croissant de la chaîne, est peut-être le sentier le plus fréquenté : le mont qui le domine, haut de près de 6000 mètres, et que l'on voit aussi bien de Koundouz au nord que de Kaboul au sud, est le sommet connu spécialement sous le nom de Hindou-koh ou Hindou-kouch ; c'est là que se tiendrait en embûche le géant de la légende, massacrant les Hindous*. Nulle part la chaîne ne présente un aspect plus fier, grâce aux quatre vallées en forme de losange qui enceignent complètement la base des monts : au nord le Sourgh-ab et l'Inder-ab, qui s'unissent dans le lit commun du Koundouz ou Ak-seraî; au sud le Ghorband et le Pandjhir, allant au-devant l'un de l'autre pour se jeter ensemble dans la rivière de Kaboul. Le versant septentrional est d'une régularité presque parfaite : c'est un mur incliné, noir à la base et blanc au sommet, rayé à hauteur variable, suivant les saisons, par la ligne horizontale qui limite les neiges*. Au sud, le contraste de la vallée et des montagnes est peut-être plus saisissant encore, par la richesse merveilleuse de sa flore en arbustes et en herbes des prairies : l'auteur de l'Ayin Akbari dit qu'on y trouve cinquante espèces de tulipes.

Le vaste espace triangulaire compris entre l'Hindou-kouch et la chaîne de Lahorî est presque en entier occupé par des montagnes qui s'abaissent

* Montgomerie, Havildar'u Joumey, Proceedings of the Geographical Society, 1872.

* Atiatic Retearcheêf YI ; — Cléments Markham, ouvrage cité.

* Wood, Jowmey to the Source of the River Oxus,

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graduellement vers le sud-ouest. Quoique les voyageurs européens n'aient réussi encore à pénétrer que dans une petite partie de ce territoire, ils ont pu cependant en mesurer de loin un grand nombre de cimes dépassant 4000 et 4500 mètres en hauteur. Au nord de la rivière de Kaboul, quelques sommets situés à 40 kilomètres seulement de la vallée ont plus de 3000 mètres, et leurs contreforts, sciés par le travail d*érosion, se prolongent au sud pour aller rejoindre le Sefid koh : de là cette succession de défilés et de gorges sauvages par lesquelles on descend de la plaine de Kaboul dans le bassin de Pechaver. La ramification la plus occidentale de cette région montagneuse se détache de Tllindou-kouch immédiatement à Test du col d'Andjouroan ; à une centaine de kilomètres au sud-ouest, elle est coupée à des intervalles rapprochés par trois cluses d'où s'échappent les trois rivières Pandjhir, Parwan, Ghorband, qui vont se jeter dans la rivière de Kaboul. Au delà de ces brèches, le rempart recommence pour former la chaîne de Paghman, première barrière qu'ont à traverser les voyageurs quand ils veulent se rendre directement de la capitale des Afghans au passage de Bamian. La route pierreuse, mais d'ailleurs très facile, n'a qu'à s'élever d'environ 1500 mètres, de Kaboul au seuil inégal d'Ounah ou Honaï, formé, sur un espace d'environ 8 kilomètres, par la voussure granitique du Paghman, puis elle redescend dans la vallée du Hilmend pour attaquer les pentes du Hadjikak ou celles de l'Irak, passages de l'Hindou-kouch central; en 1839 et en 1840, les Anglais franchirent l'Irak sans trop de peine avec des convois d'artillerie*. Le choix du col d'Ounah pour la route ordinaire des caravanes entre l'Inde et la vallée de l'Oxus explique comment la capitale actuelle, Kaboul, a dû se placer dans l'étroit bassin qu'elle occupe; cité de guerre et de commerce, elle devait s'élever dans le voisinage immédiat du chemin que suivent les armées et les approvisionnements. Lorsque les voies fréquentées étaient celles qui passent par le Ghorband, la capitale était bâtie à l'issue des trois vallées qui convergent vers la plaine de Daman-i-koh ou « Pied-mont » : c'est là que se réunissent les troncs communs des sentiers qui franchissent les dix-huit cols de l'Hindou-kouch : là sans doute était la cité bâtie par Alexandre, Alexandria ad Caucamm^ surveillant la bifurcation des routes de la BactrianeV Nulle cité n'était mieux placée au point de vue stratégique et commercial et n'occupait une plus admirable position par la fertilité du sol environnant, l'abondance des eaux, l'éclat de la verdure et la beauté

* Kaye, Proceedings ofihe Geographkal Society, april 1879.

* A. Cunningham, Ancient Geography of India

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des horizons. Cette plaine, la plus vaste de toule la région nord-orientale de l'Afghanistan, se trouve, il est vrai, à la hauteur moyenne de 2000 mètres, mais sous la latitude de Chypre, de la Crète, d'Oran et de Tanger. La végétation y est celle de la zone tempéi'éc : des platanes ombragent les places; des abricotiers et d'auti-es ai-bres fi-uitiers des mêmes espèces que ccui de l'Europe méridionale entourent les villages; des mûriers et des vignes recouvrent les pentes inférieures étagées en terrasses ; le vert des prairies, des champs de céréales et de tabac, et les couleurs yives des

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