‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 120 sur 186 · COHHERCE DE L'ASIE MINEURE. (KA · texte numérisé non relu

COHHERCE DE L'ASIE MINEURE. (KA

de vallées » ont été supprimées; il ne reste plus que des traces des républiques autonomes qui s'étaient maintenues çà el là dans les hauts massifs ; l'oi'ganisation administrative est la même dans tous les vilaycl; mais cette unité n'est qu'un phénomène extérieur : les « nations )> analoHennes n'en restent pas moins divisées. Bien plus, les facilites croissantes des communications augmentent les points de contact entre des populations hostiles ou du moins ayant des intérêts complètement distincts; les Grecs entreprenants du littoral ne sont plus seulement les voisins dos Turcs résignés:

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ils rencontrent aussi les Tui-comans de l'intérieur, encore jeunes d'énci^ie, les Kourdes, avec leurs qualités iraniennes, d'intelligence et de souplesse, les Arméniens laborieux et tenaces. Pas une ville de l'Asie Mineure qui n'ait quatre ou cinq « nations » entremêlées ; plusieurs en ont douze ou quinze, et chacune de ces nations cherche en dehors de ïa cité natale ses compatriotes ou coreligionnaires; les habitants d'une même ville, conscients de leur origine différente, séparés par des haines ou de^ rivalités traditionnelles, ne se disent point concitoyens. Comment se fera l'annexion de tous ces éléments divers au monde européen? Sans doute il ne manque point dans l'Asie Mineure d'hommes à larges vues qui comprennent 1rs

droits égaux des nationalités orientales et qui font des vœux pour la confédération future des peuples de Taurus et de TArarat, mais la transition historique sera pénible. En assistant à la transformation de l'ancienne Turquie d'Europe, est-il possible d'espérer que celle de la Turquie d'Asie puisse se faire sans avoir aussi son cortège d'exodes et de massacres?

CÏPRE

L*île de Cypre ou de Chypre*, dont la superficie, calculée u'après les cartes marines, dépasse 9500 kilomètres carrés, est la plus grande de la Méditerranée, après la Sicile et la Sardaigne. Elle appartient géographiquement à l'Asie Mineure, dont elle est séparée par des mers beaucoup moins profondes que celles des parages syriens, et ses montagnes sont alignées précisément dans le même sens que les chaînes de la côte opposée, dans l'Apre Cilicie; sauf de petites indentations, le parallélisme est complet entre ses côtes septentrionales, du cap Kormakiti au promontoire de Saint-André, et les grèves ciliciennes, d'Anamour à l'embouchure du Calycadnus. Mais si l'île dépend de l'Anatolie par sa forme géographique, elle ressemble davantage à la Syrie du nord par sa flore et sa faune; les naturalistes en infèrent que vers la fin de l'époque tertiaire il y eut jonction entre sa pointe nordorientale et la chaîne continentale de l'Amanus, dont la direction est aussi parallèle à l'axe du Taurus cilicien*.

Historiquement, l'île de Cypre se rattache également aux deux régions, Asie Mineure et Phénicie. Par la mer et les îles de l'Archipel, elle se trouvait aussi dans le cercle d'attraction de la Grèce; la religion, l'industrie, les arts des anciens Cypriotes témoignent du mélange qu'ils avaient fait des éléments phéniciens et grecs : on y retrouve, comme au centre d'un tourbillon, des apports de toutes les terres avoisinantes. Mais la population était assez civilisée par elle-même pour que les importations prissent un caractère original. Facilement accessible aux marins de Sidon et de la Crète, Cypre était cependant trop isolée pour devenir simple dépendance de l'une des nations civilisées qui s'y rencontraient. Dès les premiers temps de l'histoire, les Cypriotes apparaissent comme un peuple dis-

< Conformément à Télymologie, Kypre serait la vraie prononciation du mot (G. Perrot). t Unger und Kotschy, Die Insel Cypern.

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