MONTAGNES DE SINAI
(2046 mètres). D'ailleurs les ruines d'églises et de monastèi-es qui se Toicnl au pied septentrional de la montagne, les débris de la ville de Pharan Phoïnikon ou « Pharan des Palmiers », les milliers d'inscriptions laissées
par les pèlerins sur les roches voisines dans le val des Pierres Écrites témoignent de la sainteté qu'avait autrefois celte région. La tradition ne changea qu'après Justinien, lorsqu'il eut fait construire une forteresse près du Ujebel-Katherin et que dans le voisinage s'éleva le nouveau couvent. Jadis les Arabes allaient y sacrifier des brebis et y porter des touffes
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d'herbes, — ce que la nature leur donne de plus précieux', — mais ils n'ont aucune tradition qui fasse du Serbal le « tn^oe d'Allah » ou le « Siège de Moïse » ; leur vénération se porte sur un petit sommet, situé au nord-est, le Djebel-Monneîdja, ou le u mont de l'Entretien », qu'ils disent être la cime où Moïse conversait avec Dieu »*. Entouré de ouadi inférieurs
en altitude à ceux de Djobel-Katherin, le Scrbat se dresse à une plus grande hauteur relative, et de tout temps les Arabes y virent le géant de la Péninsule. C'est du moins le plus grandiose : au-dessus des contreforts s'élèvent ses parois nues, coupées de précipices et se terminant par une crête, ingravissable en apparence, déchiquetée en aiguilles et en pyramides. On peut y monter cependant, et depuis Burckhardt plusieurs Européens
I Burcbhardl, Traeel* in Sy\ * Georg Eben, ouTragecilé.
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en ont fait l'ascension. Par suite d'un phénomène mlnëralogique assez rare dans le granit, il se trouve que certaines parties du Serbal sont percées de grottes naturelles Les cristaux de feldspath «e sont disposés dans la roche sous forme de rayons divei^ents et se trouvant les premiers attaqués par I action du temps ils laissent en se désagrégeant des cavités profondes que Ils anachorètes ont utilisées pour en faire leuis demeuies
DsHbi it Tiylor, d'tprte ime pbolognpliie 4e K. Fnth.
D'ordinaire les fidèles regardent ces cavemeg comme l'ouvrage des ermites eux-mêmes, mais la nature en a fait presque tous les frais : l'homme n'a eu qu'à en compléter l'aménagement en taillant dans la pierre des bancs et des autels grossiers '.
Sur les pentes du Serbal, on a fréquemment l'occasion d'entendre les sons pénétrants qu'émettent les sables cristallins en mouvement. Un couloir de la montagne, incliné dans la dii'ection de l'ouest et large d'environ 15 mètres, est empli de débris menuisés des parois de quartz : on nomme ce
' Oicar PnHi, Dunage cité.
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couloir le Djcbcl-Nakous ou la « Montée des Cloches », parce qu'on y en** tend, disent les Bédouins, le son des cloches d'un couvent fantôme qui se promène dans Tintérieur du Serbal. Le voyageur perçoit un son délicieux, tantôt faible, comme celui d'une flûte lointaine, tantôt plus fort, comme celui d'un orgue rapproché; suivant l'ardeur du soleil, l'humidité de l'air et de la terre, la quantité de sable qui se détache, la force de la brise qui précipite ou ralentit les sons, la musique semble un soupir harmonieux ou comme la voix mugissante de la montagne'. Un autre Djebel-Nakous (Nagus) s'élève à quelques kilomètres de Tor, à l'extrémité méridionale du Gabeliych : c'est aussi un couvent, dit la légende, et la cloche ne manque jamais d'y sonner les vêpres*.
Le Djebel-Katherin, le plus haut sommet du groupe sinalquc (2599 raè« très), hausse déjà sa croupe de granit dans les frimas d'hiver; en décembre, Palmcr y dormit sur la neige. De cet observatoire, on voit à ses pieds la route immense dessinée par les ouadi de la Péninsule et les rivages des deux golfes; au loin se montrent même les montagnes de l'Afrique. A l'est, rOum Alowi, la « Mère des Sommets », se dresse presque isolé : serait-ce un ancien Djcbel-Elohim ou « Montagne de Dieu' »? Au sud, l'Oum-Chomer ou la <c Mère du Fenouil », est seulement de quelques mètres inférieure au Djcbi^l-Katlierin; le Thebt, à une trentaine de kilomètres plus loin vers la pqinte de la Péninsule, est aussi l'un des hauts sommets du groupe si* naïquo ; mais les autres cimes sont beaucoup plus basses. Le Djebel-Mousa ou la (( montagne de Moïse », que les moines du couvent voisin considèrent comme le sommet où fut promulguée la Loi des Hébreux, s'élève seulement à 2245 mètres; ce pic et la pointe jumelle de Ras Safsafeh ou ce mont du Saule », qui se dresse plus au nord, dominent une étroite vallée, tributaire du Ouadi-ed-Deïr, au bord de laquelle se groupent les constiiiclions du monastère de sainte Catherine (1530 mètres), entourées d'une haute muraille ; naguère on ne pouvait pénétrer dans l'enceinte qu'en se faisant hisser dans un panier qui se balançait dans les airs. La communauté, protégée ()ar un prétendu firman de Mahomet, n'a pu se maintenir pendant des siècles sous la domination mahométane qu'à la condition de bâtir une mosquée à côté de l'église^ ; elle est fort riche : ses palmeraies sont parsemées dans les diverses oasis de la Péninsule et, jusque dans les iles de Crète et de Cypre elle a des propriétés considérables. Les religieux possé-
1 llollanJ; — Holinski, Notes manuscrites.
* Charles Didier, Visite au Urand Chéri f de la Mecque; — Palmer, The Désert of the Exodus, ' llolland, 0/1 the Peninsuta ofSinaï.
* Oscar Fraas, Aus dem Orient; — Lenoir, Le Fayoum, le Sinal et Petra,