IX
deux bras de la mer RougCf n'a point de cours d'eau permanents : le régime hydrographique n'y est représenté que par des fontaines et les lits sinueux des ouadi. L'Arich, dont le cours inférieur forme la frontière entre la province turque de Syrie et la vice-royauté d'Egypte, serait, d'après la carte, un fleuve considérable, recevant les eaux d'un bassin d'environ 25 000 kilomètres carrés ; ce n'est en réalité qu'une ramure de lits fluviaux où l'on suit bien les traces d'anciens courants, mais où l'eau, versée par les orages, n'apparaît que rarement. En voyant ces lits de torrents desséchés, on se demande comment les eaux ont pu accomplir le travail d*érosion dont témoigne la nature, niveler de larges vallées, combler des plaines de leurs alluvions ; mais quand le ouadi s'emplit, c'est par un flot irrésistible, qui descend comme une avalanche, rasant les tamaris et les palmiers, emportant les tentes des Bédouins, qui s'enfuienl sur les berges rocheuses*. Pour l'homme qui s'aventure au désert, un filet d'eau pure jaillissant du rocher a plus de prix que tous ces bassins fluviaux sans flot permanent, malgré leur œuvre géologique immense, méandres, défilés, confluents et delta. Ainsi que le rappelle l'histoire des Juifs errant dans la péninsule de Sinaï à la recherche des fontaines, l'eau « vive » est bien la source même de la vie dans le désert; autour d'elle naissent les arbres, se groupent les animaux et les hommes : c'est la propriété par excellence de la tribu; y jeter des cailloux équivaut à une déclaration de guerre*. Ceux que l'onde pure fait revivre en célèbrent l'apparition comme un miracle : c'est la « baguette » d'un nebi qui a fendu la roche et fait jaillir l'eau des profondeurs.
Les plus fameuses sources de l'Arabie Pétrée sont les fontaines dites « de Moïse », Aïn-Mousa, qui jaillissent, non loin du golfe, à vingt kilomètres de Suez. Les eaux, qui jadis étaient amères, dit la légende, et que le Prophète transforma en eaux douces en y plongeant un rameau, sourdent du sommet de buttes argileuses qu'elles ont elles-mêmes formées par leurs dépôts successifs; d'autres tertres, dont les plus grands s'élèvent à 50 mètres au-dessus de la plaine, sont abandonnés par l'eau, qui, n'ayant pas une pression suffisante pour monter à cette hauteur, a dû se chercher de nouvelles issues. C'est au travail des infusoires que serait dû, d'après Fraas', la croissance graduelle de ces tertres; les animalcules, par leurs innombrables dépôts calcaires, transforment peu à peu le sable en une croûte que l'eau doit percer avec effort, en rejetant les sables hors de l'ori-
* llolland, Journal ofthe Geographkal Society, 1868.
* lippworlh Dixon, The Holy Land,
* Auâ dem Orient,