OUADI, SOURCES, CLIMAT DE LA SYRIE
fice ; ce double travail de construction et de rupture se continue pendant des siècles, et c'est ainsi que peu à peu se dressent les monticules. I^s sources de Moïse, légèrement thermales (27 à 29 degrés centigrades), entretiennent une riche végétation dans les jardins qui les entourent et que des bouquets de palmiers signalent aux navigateurs. Les buttes sont alignées dans le sens du nord-ouest au sud-est, parallèlement au rivage, el précisément sur la continuation de cette ligne jaillissent dans la péninsule de Sinaî les sources thermales sulfureuses de Pharaon, et plus loin celles de Tor*. D'a|u*ès la tradition, l'endroit où sourd l'eau de Pharaon indiquerait le point où le premier Israélite toucha la rive après la traversée de la mer Rouge et où disparut le chef de l'armée poursui7 vante : le fantôme du prince englouti s'agiterait encore dans les profondeurs et causerait les déplacements continuels de la colonne ascendante. Signalée par un tourbillon de vapeurs, l'eau chaude (73 degrés centigrades) s'élance du sable marin immédiatement au-dessous de la laisse de haute mer*.
Dans la Syrie et la Palestine, les phénomènes du climat diffèrent singulièrement, à cause de la forme allongée du pays, que traversent neuf degrés de latitude, et des grandes inégalités du relief, dominant de 5000 mètres la nappe de la Méditerranée parles croupes du Liban, et descendant à près de 400 mètres au-dessous par la dépression du Ghor. Tandis que le désert syrien et la péninsule de Sinaï ressemblent au Sahara par leurs extrc^mes de température, et surtout par leurs chaleurs, certaines vallées bien protégées contre les vents du nord et du sud et s'inclinant vers la Méditerranée ont un climat maritime, à faibles variations mensuelles'. Les lignes isothermiques n'ont aucunement la direction normale de l'ouest à l'est comme les degrés de latitude; elles sont au contraire dirigées de manière à contourner les chaînes de montagnes qui s'alignent en sens inverse, parallèlement au rivage de la Méditerranée. Dans la dépression du Ghor, les lignes d'égale température sont disposées en ovales concentriques sui-
* Steudncr, Miitheilungen von Petermann, XF, 1861. - Rolland, Journal of ihe Geographical Society , 1 868. '' Température moyenne à Beïrout et à Jérusalem :
Beïrout. . IS^.O (mois le plus froid, janvier) ; 27®,8 (mois le plus chaud, juillet) ; 20^,6 (année) Jérusalem. 8^,5 » 24o,5 » 17o,2( » )
(Hann, Handbuch der KUmalologie) Moyenne de pluie à Jérusalem (de 1863 h 1881) : 0-,92 ; » à Beïrout » 0*,55.
vanl le pourtour des escarpements; en moyenne, la température est de 6 degrés plus élevée sur les bords de la mer Morte que sur le plateau de Jérusalem.
Il n'y a que deux saisons en Syrie, l'été et l'hiver, qui est en même temps la période des froidures et des pluies. Pendant toute la saison chaude le ciel est d'une pureté inaltérable; les pluies ne tombent que delà fin d'octobre ou du commencement de novembre au mois d'avril. Il est rare que cette saison rigoureuse apporte de la neige, mais on cite des années exceptionnelles. C'est ainsi qu'en 1755 les neiges recouvrirent une grande partie de la Palestine, et le froid fut si intense, que des personnes gelèrent dans le voisinage de Nazareth; en février 1797, les collines de Jérusalem restèrent complètement blanches pendant douze ou treize jours; même au milieu d'avril, notamment en 1844, on a vu tomber des flocons de neige. Ce sont presque toujours les vents de l'ouest ou du sud-ouest qui apportent la pluie. Les autres courants aériens sont accompagnés de sécheresse : on redoute surtout les vents du sud et du sud-est, le siroco ou chourkayeh — l'oriental, — souffle du désert qui brûle et dessèche la végétation. L'aspect de la nature change avec les pluies : au printemps, quand la terre a reçu beaucoup d'eau, elle se recouvre de verdure et de fleui^s; dans le pays de Moab, on voit parfois jusqu'à soixante-dix espèces fleuries en un même vallon; les sables disparaissent sous un tapis multicolore; quelques semaines après, on n'aperçoit plus un brin d'herbe verte*. Malgré l'abondance des pluies d'hiver, les campagnes sont grises dès les premières semaines de l'été; nulle part on ne voit de prairies, ni d'autre végétation spontanée que celle des arbrisseaux et des arbres épineux. D'ailleurs l'humus, la terre végétale proprement dite, manque absolument en Palestine; le sol même le plus fécond n'est autre chose que du sable ou de l'argile, avec mélange de débris calcaires*.
Les météorologistes se demandent si le climat du littoral syrien et de la Palestine ne s'est pas légèrement modifié depuis l'époque où la contrée était deux ou trois fois plus peuplée que de nos jours. Assurément, la température est à peu près restée la même, puisque la limite septentrionale de la zone où mûrissent les dattiers et la limite méridionale des vignes coïncident encore sur les bords du Jourdain' ; dans le Ghor une température de 21 degrés à 21 degrés et demi s'est donc maintenue depuis vingt-cinq siècles. Toutefois, dans un pays dont le relief est si accidenté, il se peut que
« Trislnim, The Land ofMoab; — Condor, Palestine Exploration fund, jan. i872.
« Oscar Fraas, Au$ dem Orient,
' Gay Lussac et Ârago, Annales des Longitudes, i8«^4.