CLIMAT DE LA SYRIE
les limites des aires végétales se soient légèrement déplacées en hauteur sans que les annales permettent de le constater; or il suffît du plus léger écart d'altitude pour amener un changement, puisque 200 mètres d'élévation correspondent à un degré en latitude. Autrefois, aussi hien que dans ce siècle, les eaux fluviales étaient fréquemment insuffisantes pour les cultures; la construction d'aqueducs et de citernes pour l'alimentation des villes et l'irrigation des campagnes était le plus indispensable des travaux publics; les prières se faisaient à la même époque pour implorer la pluie, en octobre, où tombent ordinairement les premières averses, et en avril, où l'on s'attend aux pluies du printemps*; mais, si désireux que fussent les habitants de voir des pluies abondantes féconder leurs cultures, l'aspect même du pays semble prouver que ces contrées « découlant de lait et de miel » avaient jadis un climat plus humide. Les auteurs s'accordent à dire que la Palestine était couverte de forets sur une grande partie de son étendue ; maintenant elles ont entièrement disparu, si ce n'est dans lo voisinage de la mer et sur quelques pentes bien exposées aux souffles humides ; les seuls débris qu'on en retrouve ailleurs sont des racines que les indigènes retirent pour en faire du charbon ou du bois de chauffage. Les cultures s'étendaient autrefois bien au delà des limites actuelles; jusqu'en plein désert, où l'eau nécessaire à l'irrigation manquerait aujourd'hui, on voit les traces d'anciennes plantations. La Palestine entière, actuellement si aride et si pierreuse dans toute la région méridionale, était couverte de végétation : les montagnes étaient façonnées en terrasses, semblables à celles de la Provence et de la Ligurie; de Dan à Beer-sebah, même dans la péninsule de Sinaï ', on voit sur tout le pourtour des collines les ruines de murs qui soutenaient la terre des vignobles. Du moins, si la Syrie et la Palestine ont changé de climat, si l'atmosphère y est, comme dans toute l'Asie Antérieure, devenue moins humide, la salubrité générale s'y est maintenue; les terrains en pente facilitent l'écoulement des eaux et les marais sont peu étendus. Là où ils occupent une superflcie considérable, comme aux environs d'Antioehe, la contrée, dangereuse à habiter même en hiver, se dépeuple complètement pendant Télé.
Quelques changements, correspondant à ceux du climat, se sont produits dans la flore syrienne. Si les dattiers croissent à Jéricho, ils y sont devenus bien rares; M. Conder nen a trouvé que deux dans l'oasis. Le bananier, que l'on cultivait encore à la On du seizième siècle sur les bords du
• Conder, Tent-work in Pahsline,
' lIolLmd, Journal ofllic Gcojraphical Society, 1ÊG8
Ttâ NOLVELLE GÉOGRAPHIE IMVERSELLE.
lac de Genezareth, ne s'y rencontre plus*. On sait que les cèdres, jadis l'arbre par excellence du Liban, n'y sont représentés aujourd'hui que par de rares bouquets; l'essence qui les remplace dans les montagnes syriennes, le pinus brutlia^ s'accommode d'une moindre humidité dans l'atmosphère ; le climat de l'Europe occidentale leur est plus favorable *. La végétation des forêts n'a gardé son aspect primitif que dans certaines parties de l'Amanus, qui ressemblent au Taurus cilicien par leurs futaies de chênes et de hêtres, de cèdres et de pins, dont quelques-uns dressent leurs troncs à 50 mètres de hauteur. La faune de la Syrie et de la Palestine s'est également modifiée : la plupart des animaux domestiques sont d'une taille bien inférieure à celles de leurs congénères d'Occident ou de l'Asie Mineure. Les sangliers gîtent encore dans les fourrés, et les chacals errent autour des villages, mais le lion a disparu ; les panthères et les onces, communes dans l'Amanus, sont devenues rares dans le Liban et l'Anti-Liban. L'ours ne rôde plus que dans les solitudes du Djebel-ech-Cheïkh et autres monts de la Syrie. L'ours syrien est un bon compagnon, moins dangereux pour les troupeaux que pour les vignobles et les champs de pois. Les Syriens croient même à l'existence d'une espèce d'ours exclusivement frugivore, laissant paître, sans y toucher, les brebis et les agneaux. Pendant la saison des vendanges, les indigènes protègent leurs vignes en frappant brusquement sur des vases de métal pour intimider l'ours et ses compères, le chacal et le rcnaid : on entend résonner ce bruit lugubre sur toutes les pentes cultivées^.
On a longtemps douté que le crocodile appartint à la faune de la Palestine, mais le témoignage précis de quelques voyageurs, notamment celui de M. Guérin, et tout récemment l'envoi de sauriens empaillés offerts par M. Ziphros aux musées de Londres et de Kônigsberg, ont résolu la question. Le Nahr-Zerka, au sud du mont Carmel, mérite bien le nom de Flumen Crocodilum que lui donne Pline, et d'autres sauriens de la même espèce se trouvent aussi dans le Nahr-el-Falek, sur les côtes de Samarie. Seulement, ces animaux, n'ayant point de Nil pour s'y ébattre, ne ressemblent pas aux monstres de l'Egypte : ce sont de petits crocodiles longs d'un mètre et demi. Au mois de mars; ils sortent de l'eau pour déposer leurs œufs et l'on dit qu'ils sont alors dangereux pour les troupeaux. La faune fluviale et lacustre de la Palestine offre un caractère beaucoup plus égyptien cju'asiatique. En étudiant les poissons du Jourdain et du lac de Tibériade,
« Ritter, Asicn ; — l)«»lilzsch, Wo lag das Paradks ?
=* Oscar Fraas, Aus dem Orietti.
* Richard Uurlon cl Tyrwhiti Drakc, Unexplorcd Stjria,
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