FLORE, FAUNE, HABITANTS DE LA SYRIE
le naturaliste Tristram se demandait si le fleuve de la Judée n'avait pas appartenu au bassin du Nil. Les eaux syriennes ont aussi quelques espèces qu'on ne retrouve point ailleurs. Ainsi la rivière Koveîk, qui coule dans la vallée fermée d'Alep, a, parmi les dix-sept formes de poissons qui peuplent ses eaux, trois espèces qui lui sont particulières. La dépression du Ghor, dont le cliniat est africain, ressemble également à l'Afrique par sa faune : sur 522 espèces- d'oiseaux connues jusqu'à ce jour en Palestine, 58 sont communes à la Judée et au nord-ouest de l'Afrique, et ces espèces se trouvent pi*esque exclusivement dans le Ghor et sur le pourtour de la mer Morte. De charmantes petites tourterelles roses perchent sur les hautes branches des arbres.
La population dite ce arabe » de la Syrie et de la Palestine ne mérite ce nom que par son dialecte; elle descend des anciens habitants de la contrée. IjCs conquérants venus d'Arabie n'exterminèrent point les indigènes; ils leur laissèrent champs et demeures, n'exigeant d'eux que le tribut, ne leur demandant même pas de se convertir à l'Islam. La plupart des Syriens s'empressèrent de se faire mahométans, comme ils s'étaient faits chrétiens sous le régime de Byzance, mais la conversion à la foi de Mahomet ne fut pas plus profonde que ne l'avait été quelques siècles plus tôt le changement du paganisme au christianisme. Avant tout, il s'agissait de garder le sol, et les nouvelles formes extérieures de religion gênaient d'autant moins les fellah que le fond des cultes antiques, antérieurs même au judaïsme, leur est toujours resté. Comme aux temps où les prophètes hébreux prononçaient leurs malédictions contre les adorateurs des hauts-lieux, ils ont encore pour fétiches de grands arbres et des buttes de rochers ; seulement il leur a fallu déguiser le culte païen sous des formes strictement musulmanes : les lieux saints, désignés sous le nom de « stations » ou makam, — à peine différent de celui de makom^ maudit par la loi de Moïse, — sont ornés de petites coupoles blanches abritant, dit-on, les tombeaux de chefs ou de prophètes. Mais ces cheïkh et ces nebi, qui portent pour la plupart le nom même de l'endroit, sont-ils autre chose que les anciennes divinités topiques, bien que plusieurs aient des appellations récentes, même d'origine chrétienne, tels que Paul, Pierre et Mathieu? Ces prétendus saints musulmans sont fréquemment associés par couples, comme l'étaient les divinités phéniciennes; il a suffi, pour les accommoder au nouveau milieu religieux, de changer les épouses en sœurs. Les pratiques d'adoration sont les mêmes qu'il y a trois mille années : on égorge encore des agneaux devant