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à Tyr, à Sidon, dans la plaine de Cœlé-Syrie et dans les vallons des aienlours, se sont fait une place à part par leur intolérance. Ce sont des chiites, ayant, comme les musulmans iraniens, une vénération spéciale pour le calife Ali, qu'ils placent sur le môme rang que le Prophète, ou même audessus de lui; partout où ils vont, ils portent avec eux un peu de terre persane ^ Ils se croiraient souillés par le contact d'un hérétique, sunnite ou chrétien, et brisent le vase dont un étranger s'est servi. Plus au nord, dans les montagnes qui séparent Homs de Tripoli, une autre secte, celle des Bathéniens ou Ismaïliens, a gardé les traditions des Hachichim ou ce Assassins », les séides du « Vieux de la Montagne », trônant dans sa forteresse d'Âlamout, au centre de TElbourz. Les monts syriens, comme ceux du Kourdistan et de l'Arménie, ont été le refuge de toutes les religions persécutées. Sur les espaces peu accidentés de la plaine et du plateau règne l'unité de la foi; dans les régions montucuses, les inégalités du relief ont protégé la variété des cultes.
Les Maronites, qui se rattachent maintenant à l'Église latine, malgré la différence originaire de leurs dogmes et de leurs rites, sont au nombre des chrétiens que les escarpements des montagnes ont préservés de la destruction. Groupés solidement en corps de nation, ils habitent surtout le versant occidental du Liban, entre le Nahr-el-Kelb ou c rivière du Chien », qui se jette dans la mer un peu au nord de Beïrout, et le Nahr-el-Barid ou « rivière Froide », qui s'épanche des contreforts septentrionaux du Liban; quelques groupes de Maronites vivent aussi dans le pays des Ansarieh et dans les villes de la plaine où ils trouvent le point d'appui de communautés catholiques; enfin il reste encore dans l'île de Cypre un faible résidu de leurs anciennes colonies. Ainsi nommés d'un patriarche Maron, qui constitua leur église au septième siècle, les Maronites se firent pendant les Croisades les alliés naturels des Occidentaux contre les mahométans, et peu à peu ils modifièrent leur doctrine pour la mettre d'accord avec celle des étrangers qu'ils accompagnaient sur les champs de bataille ; en 1215, ils reconnurent l'autorité du pape, et depuis cette époque ils sont considérés comme les protégés spéciaux des catholiques de l'Occident; quelques familles de la montagne portent des noms européens, ce qui permet de penser que des Francs du temps des Croisades se sont mêlés à la peuplade du Liban'. Les Maronites montrent avec orgueil deux lettres de Louis XIV et de Louis XV qui leur promettent l'appui constant de la France, et pendant le cours de
* Condur, Forlnighthj Revieu\ aiig. 1S83.
* Michaud et PoujouJat, Correspondance d'Orient,
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ce siècle ils ont toujours été considérés comme les « Français du Liban ». Ue là l'extrême importance qu'a prise la question des Maronites dans la lutte des influences diplomatiques en Orient. £n vertu des traités, le pacha du Liban doit professer la religion chrétienne, celle de la majorité des montagnards. La France protégeant les Maronites, la Grande-Bretagne ' a pris les Druzes sous son patronage et les dissensions locales, attisées par les résidents étrangers et par les pachas musulmans eux-mêmes, heureux de diviser pour régner, ont dégénéré en guerre ouverte et en massacres. En 1860, treize mille chrétiens furent égorgés dans le Liban et dans les contrées voisines. On accusa les Druzes d'être les auteurs de ces exterminations en masse, mais ils n'y prirent qu'une faible part; les principaux coupables furent les soldats turcs, réguliers et irréguliers*. Quoique nombreux et défendus par les escarpements de leurs forteresses naturelles, les Maronites n'osèrent point résister et le calme ne se rétablit qu'après l'envoi d'une expédition française. Attirées sur les lieux de massacre par les amas de cadavres mal ensevelis, les bêtes fauves, onces, hyènes et loups, reprirent possession du pays et longtemps encore après le carnage il y eut danger à voyager sans escorte'.
Le clergé est extrêmement puissant en pays maronite : plus du quart de la contrée appartient à l'Église; au moins deux cents couvents, disposés généralement par couples, ceux des hommes à côté de ceux des femmes, sont épars dans les vallées du Liban, entourés de noyers et d'autres ai'bres touffus, dominant des terrasses de vignobles et les plaines fertiles. Les prêtres se marient, mais, devenus veufs, ils ne peuvent plus prendre une nouvelle épouse; ils sont élus par les moines, de même que les évêques, qui à leur tour nomment le patriarche ou batrak^ sous réserve de l'approbation du pape. La messe se dit en syriaque, langue qui n'est plus comprise ni des fidèles, ni des prêtres. Un très grand nombre de Maronites apprennent le français et le parlent avec facilité, mais ils en étudient rarement la littérature, leur ambition se bornant d'ordinaire au métier de dragoman ou de commis aux écritures. Ceux qui s'occupent de commerce le font généralement sans qsprit d'entreprise; ils s'en tiennent au petit trafic de détail. La masse de la population est restée au travail héréditaire et routinier des vignes, des champs et des vergers : l'initiative lui manque. Des artistes étrangers. Grecs pour la plupart, construisent et ornent ses édifices ; ce que le Maronite bâtit est lourd et disgracieux ; son costume a
> Lorlet, La Syrie (T aujourd'hui, ' Van Lennep, Bible Land$,
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moins d'élégance que celui de ses voisins arabes et druzesV Toulefois Fart maronite du moyen âge a laissé quelques édifices d*un style original, ornés de peintures à fresques. Les tisserands maronites de Zouk Mikaîl fabriquent de belles tentures de soie et les orfèvres du pays, qui ont gardé les procédés de l'orfèvrerie phénicienne et grecque, font des bijoux très appréciés, d'un grand caractère artistique*.
U'autres catholiques-unis résident dans le voisinage du désert, au sud et à l'ouest de Damas, et ceux-ci sont de pure race arabe. Immigrés du Yemen bien avant l'ère chrétienne, et renforcés par des colons du Hedjaz et du Xedjed, ces « Arabes Arabes », ainsi qu'ils se nomment pour attester leur origine immaculée, se convertirent au christianisme vers la fin du quatrième siècle et le nouveau culte leur valut le nom de « Grecs » ; après la conquête arabe, un certain nombre gardèrent leur religion, mais la domination des orthodoxes finit par leur peser, et, par amour de l'indépendance, ils se rattachèrent à un maître lointain, le pape, qui leur permit d'avoir leur propre hiérarchie et de remplacer dans leurs cérémonies la langue grecque par l'arabe ; on leur donne le nom de « Grecs-Unis », quoiqu'ils ne se l'attachent aux Hellènes ni par l'origine, ni par la religion. Ils sont appelés aussi Melkites ou « Royaux » ; leur chef spirituel, qui réside à Damas, prend le titre de patriarche d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem. De tous les chrétiens de l'Asie, latins et grecs, les Arabes melkites sont les plus respectés; leur vaillance est à toute épreuve; leur intelligence naturelle est développée par l'instruction ; ils connaissent admirablement leur langue, et même ceux qui n'en ont pas étudié la littérature parlent un arabe élégant et pur. Pleins d'une juste confiance en eux-mêmes, ils ne reculent devant aucune entreprise et l'on s'étonne de voir quelle part un si petit peuple, certainement inférieur à 400000 individus, prend au maniement des gi*andes affaires '.
Les Juifs sont des étrangers dans le pays qui appartint à leurs ancêtres et qu'ils considèrent comme leur patrie; à Damas seulement ils forment une communauté qui parait descendre directement d'une colonie antique; de 6 millions d'Hébreux, 40000 à peine, soit environ la cent cinquantième partie de la nation, résident dans leur patrie première : c'est la Pologne et la Galicie qui sont devenues maintenant le centre du judaïsme. Naguère les Hébreux de Palestine étaient tous des Maugrabins et des « Spanioles », descendants des Juifs expulsés de l'Espagne par l'Inquisition : ce sont les
* G. Pal;;i*ave, Euays on Ea*lern Questions.
* G. Rev, Notes manuscrites, ' G Pnlgrave, ouvrage cité.