‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 144 sur 186 · ARABES-UNIS, JUIFS · texte numérisé non relu

ARABES-UNIS, JUIFS

Sepliardim ou << Gens du Livre ». Quelques Kara'ites vivent aussi en Palestine. Mais depuis le milieu du siècle les immigrants juifs se dirigent en foule vers la « Terre Promise », et ceux-ci appartiennent presque tous à un autre groupe, celui des Achkinazim, ou Juifs de TËurope orientale. Vers 1840 déjà on évaluait à une centaine par an le nombre des Juifs qui, sentant l'approche de la mort, quittaient la Russie pour aller s'éleindi^ en Palestine. C'était alors une croyance générale qu'au jour du Jugement les morts enterrés en « Terre Sainte » ressusciteraient immédiatement, alors que tous les autres seraient obligés de se creuser comme des taupes un passage souterrain jusqu'au lieu sacré d'où les ferait surgir la voix divine*. D'après la tradition talmudique acceptée par les Juifs allemands, polonais, nisses et roumains, c'est à Safed que le Messie établira son trône lors de sa venue : telle est la raison qui a groupé à la base de l'ancien volcan la principale colonie hébraïque de la Palestine '. Tibériade, où renaîtra le Messie, a reçu aussi de nombreux colons, qui « tiennent toujours leur lampe allumée », et des milliers se sont groupés autour du temple de Jérusalem. Les récentes persécutions qu'ont subies les Juifs de l'Europe orientale ont précipité le mouvement d'émigration vers la Judée et plusieurs colonies agricoles ont été fondées dans le pays, notamment au pied du Carmel, dans la plaine d'Esdraelon; des philanthropes anglais s'étaient occupés aussi de se faire concéder pour des colons hébreux les excellentes terres du pays de Galaad, dans le Trans-Jourdain '. Les débuts de ces entreprises ont été lamentables : la faim, la misère, les maladies ont plus que décimé les malheureux fugitifs; en maints endroits, ils ont dû se disperser pour mendier leur misérable vie ; quelques convois de ces malheureux ont été rembarques par ordre du gouvernement turc. Néanmoins l'immigration en masse aura certainement eu pour conséquence d'accroître l'importance de l'élément hébraïque dans la Palestine. Les Sephardim, naguère condamnés à porter le turban noir, se distinguent par la noblesse du maintien, la beauté des traits; mais, plus routiniei^, moins actifs, moins instruits que les Achkinazim, ils sont condamnés à devenir le prolétariat de la nation. Champ de bataille entre les diverses confessions religieuses qui se réclament de Jésus-Christ et qui revendiquent la possession de son tombeau, la terre des anciens Juifs a reçu non seulement de nombreux missionnaires, mais aussi des colonies d'agriculteurs européens. Les plus riches sont celles des protestants souabes établis près de JafTa et à Khaïfa, au pied du

^ J. G. Kohi, Reisen in Sûd-Ruêsland ; — Voir aussi Voyages de Chardin. ' De Vogaé, Revue des Deux Mondes, février 1875. ' Laurence Oliphant, The Land of Gilaad,

mont Garmel; ces colons appartiennent à la secte des « templiers », qui attend la venue du Messie el veut être la première à répondre à son appel au jour du Jugement. Après diverses péripéties, leurs établissements, soutenus par des contributions volontaires envoyées de la mère-patrie, ont pris une certaine importance conime centres industriels et commerciaux d'où les routes rayonnent vers les alentours ; ils perdent peu à peu leur caractère religieux pour se changer en entreprises économiques et plusieurs colons travaillent pour leur propre compte en dehors de la communauté. Des spéculateurs, Grecs et Européens, se font concéder de vastes territoires dans les régions les plus fertiles; un seul marchand a reçu pour sa part la moitié de la plaine d'Esdraelon, avec vingt villages; la propriété change de mains, au grand détriment des fellah; les anciennes communautés dans lesquelles chacun avait au moins un droit virtuel à la possession du sol, et où la clitora de l'invalide était cultivée par les villageois S ont cessé d'exister. La misère s'accroît dans les campagnes; des villages se dépeuplent d'indigènes, tandis que dans les villes s'accroissent les colonies étrangères. Les famines dévastent souvent la contrée. Que de fois les paysans, manquant de pain, sont obligés de prendre pour aliments des graines de mauves, bouillies dans l'huile ou le lait M

La contrée de l'Amanus est la région du littoral méditerranéen, entre l'Asie Mineure et l'Egypte, qui a le plus perdu en population et où les agglomérations urbaines sont le plus éloignées les unes des autres. L'antique ville d'Issus, qui donna son nom à la victoire d'Alexandre, n'existe plus, et l'on ne sait, parmi les nombreuses ruines, quels débris identifier avec ceux de la cité grecque. Iskanderoun ou Alexandrette, la « Petite Alexandrie », est partiellement abandonnée pendant l'été : les marécages qui l'entourent, et dont on a essayé d'arrêter les miasmes par un rideau de pcu-

* Conder, Tent-work in Pale$Um,

' Population dd la Syrie et de la Palestine, classée par religions, en nombres approximatifs :

u , \ Sunnites 650 000

Musulmans < ,,.^ ,.

{ Mctouah 40 000

Dnizes 120 000

Ânsarieh ioOOOO

Grecs orthodoxes ... 100 000

/ Maronites 200 000

Citholiques Latins ; Melkites 80 000

( Syriens-Unis et autres 40 000

Armcuicns SOOOO

Juifs et Samaritains 40 000

Protestants de sectes diverses iOOOO

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