MONTAGNES DE L'AFGHANISTAN
on n'a qu'à s'élever de 300 mètres environ. De ce fjiîle, connu sous le nom de Barkhout, on redescend ensuite dans la vallée du Heri-roud sans rencontrer d'accidents de terrain*; en cet endroit, la hauteur du relief montagneux n'augmente que d'un tiers celle du plateau qui le porte. La chaîne qui se rattache au massif du Koh-i-Baba et qui se développe de l'est à l'ouest, parallèlement au Sefid koh, dont le sépare la vallée du Heri-roud, est moins haute que la « montagne Blanche » et doit son nom de Siah koh ou « montagne Noire » à la teinte foncée de ses roches, rarement parsemées de neiges; mais elle maintient plus uniformément son caractère de chaîne : au sud de Herat, elle forme le faîte de partage entre les deux versants de l'Asie, et le chemin le plus court qui réunit Ilerat au bassin du Ililmend en traverse la crête à près de 2000 mètres d'ciltitude. I^ prolongement occidental du Siah koh va rejoindre les monts du nord de l'Iran, par le mont pyramidal de Siang-i-Tokhter, tandis qu'au sud le pays de Gour, — mot synonyme de Kohistan (Kouhistan), de Djebel ou région des montagnes, — est découpé par les rivières en d'innombrables rameaux se dirigeant pour la plupart vers le sud-ouest et se terminant dans le désert par des promontoires déchiquetés comme ceux que vient heurter le flot de la mer. Mais au centre de cette région des montagnes, vers laquelle ne se sont pas encore dirigés les gravisseurs, se dresse un sommet, probablement d'origine volcanique, à en juger par la forme du cône et par la multitude des sources thermales qui jaillissent à sa base, le Tchalap dalan, que Fcrrier dit être « un des plus hauts du monde ». Au milieu de juillet, le voyageur vit cette montagne couverte de neige jusqu'à une grande distance au-dessous de la pyramide terminale. Ses puissantes racines recouvertes de forêts et de pâturages s'étendent sur un vaste territoire parsemé de villages et de tentes. Cette contrée parait être une des principales régions de l'Afghanistan pour la variété des minéraux : on y trouve, mais sans en exploiter les gisements, de l'or, de l'argent, du cuivre, du fer, du plomb, du soufre, du charbon, des rubis et des émeraudes'.
La ce montagne Blanche » des Paropamisades n'est pas la seule qui porte ce nom; un autre Sefid koh, sinon plus élevé et plus considérable par son relief, du moins beaucoup plus connu dans l'histoire militaire de l'Asie, s*clève dans la région nord-orientale de l'Afghanistan, au sud des percées par lesquelles la rivière de Kaboul s^échappe vers les plaines du Pandjab ; son nom afghan, qui a le même sens que Sefid koh, est Spin ghour. Le
* Lessar, Proeeedingi ofthe Geographical Society , jan. 1883.
• Ferrier, ouvrage cité.
Scfid koh proprement dit, sans ses prolongements occidentaux, se développe de Test à l'ouest sur un espace d'environ 200 kilomètres et se maintient presque partout à une hauteur dépassant 5800 mètres, l^e sommet le plus élevé, qui a gardé son appellation sanscrite de Sikaram, atteint 4761 mètres, et plus à l'est une autre cime, le Keraïra, est son rival en hauteur et en majesté de formes. Malgré son nom, le Sefid koh n'est pas couvert de neige en toute saison : d'août en janvier, on n'y voit plus de stries blanches, si ce n'est en quelques ravins abrités du soleil et du vent. Mais, quoique inférieur en altitude à d'autres chaînes de l'Afghanistan, le Sefld koh oriental est probablement le plus imposant des remparts, celui qui présente les sites les plus gi*andioses, grâce aux ravinements du sol qui ont dégagé la base des monts du côté de l'est et permettent de contempler de terrasse en terrasse l'admirable étagement des cimes. Cette région de l'Afghanistan a été parcourue dans tous les sens par les voyageurs et les officiers anglais; déjà en 1879 six pics de la chaîne maîtresse, y compris le principal sommet, avaient été gravis par eux*. Le Sefid koh est en deçà de la « frontière scientifique » tracée naguère par les Anglais, puis abandonnée aux tribus afghanes : les emplacements futurs des camps et des sanatoires sont marqués sur les cartes dans le voisinage des cols, près des eaux courantes et des pentes ombreuses.
A son extrémité occidentale, le Sefid koh projette vers le nord tout un éventail de chaînons qui vont à l'encontre d'arêtes appartenant au système de rilindou-kouch : les cluses de la rivière de Kaboul sont la seule interiniption entre les roches opposées. La plus élevée de ces crêtes détachées du Sefid koh est la chaîne de Karkatcha, dont le massif terminal, près de la rivière de Kaboul, prend le nom de Siah koh ou « montagne Noire », par contraste avec les hauts sommets neigeux de la grande chaîne. Le Karkatcha est traversé par le col de même nom (2400 mètres) et plus au nord par une brèche ou kolal moins élevée, le pas de Djagdalak, mot qui résonne encore lugubrement aux oreilles des Anglais, car c'est là et à quelque distance à l'est, près de Gandamak, que furent massacrés par les Afghans, en 1842, les derniers survivants de la garnison échappée de Kaboul*. Tous les cols des autres chaînons situés plus à l'ouest, le Lataband, le Haft kotal, le col du Petit Kaboul, ou Khourd-Kaboul, rappellent également des faits de guerre, victoires ou défaites des Anglais dans leurs trois invasions de l'Afghanistan. La roule qui longe au midi le rempart du Sefid koh a pris
* Gcrald Martin, Proceedings ofthe Geographical Society, ocl. 1879.
* Lady Sale, A Journal ofthe Disasicrs in Afghanistan, 1841-1842.