‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 16 sur 186 · CRÊTE ET PASSAGES DU SEFID KOU. SQ · texte numérisé non relu

CRÊTE ET PASSAGES DU SEFID KOU. SQ

aussi une grande importance au point de vue slralôginue, et pendant la demière guerre les noms de Faïwar kotal, col ouvert au sud du Sikaram, et de Choutar-^ai-dan, « Cou de Chameau », à l'angle sud-occidental de la « montagne Blanche », étaient parmi les plus fréquemment cités. Enfin, à l'est de la chitine, les derniei's promontoires dont les rocs abrupts viennent s'enraciner dans la plaine de Pechavcr sont contournés par d'autres défilés où le sang humain a souvent rougi les eaux des cascatelles. 1.6 plus fameux de ces passages, le Khaibcr, évitant les goi^es de la rivière de Kaboul, sei-pente au sud, puis à l'ouest du mont Tarlara (2072 mètres) et rejoint le fleuve, vis à vis de Lalpoura, à 65 kilomètres en amont

de la plaine. Des forteresses, les unes encore debout, les autres en ruines, s'élèvent sur les rocs qui bordent le chemin ; d'autres monuments, des stoupas, des tombeaux et des restes d'édifices, témoignent que des conquérants ne furent pas les seuls à utiliser ce passage : les missionnaires bouddhistes suivirent ce chemin, que prirent ensuite Mahmoud le Gbaznévide, Baber, Àkbar, Nadir, Ahmed-chah et les généraux anglais. Akbar y construisit une roule facile pour les chars. I^ col que prit Alexandre et que paraissent avoir suivi les premiers conquérants de l'Inde est un de ceux qui passent au nord de la rivière de Kaboul, dans le pays des Yousouf-zaî'. Entre les deux séries d'obstacles formés par les contreforts du Sefid koh, à l'est et à l'ouest de la chaîne, les pentes qui s'inclinent de la créle vers la rivière de Kaboul sont beaucoup plus régulières et finissent par se perdre dans

< RiTertj, N<iU* of Afghanittan and tome pailt a{ Bahchûtan.

les campagnes du Nangnahar ou des « Neuf Rivières* », — des « Neuf Monastères », d'après d'autres étymologistcs ". — Peu de régions sont plus riches et plus belles que ce bassin avec ses cent villages entourés de jardins, de vergers et du rideau sombre des cyprès, laissant voir çà et là les cimes de l'amphithéâtre neigeux. De même que dans l'Amérique espagnole les pentes des plateaux sont divisées par les indigènes en tierra caliente et en tierra fria^ suivant leur climat et leurs produits, de même le bassin du Nangnahar est le Germsil ou « pays Chaud », tandis que les terrasses élevées appartiennent au Serdsil ou « pays Froid* ».

Les ramifications méridionales du Sefid koh peuvent être considérées dans leur ensemble comme formant les degrés extérieurs du plateau de l'Afghanistan. Chacune des terrasses successives est séparée de la précédente par une chaîne bordière, moins élevée au-dessus de sa base occidentale qu'au-dessus de la base opposée : pour monter des bords de l'Indus aux plaines herbeuses de l'intérieur, il faut gravir une succession d'échelons séparés les uns des autres par des terrasses de laideur inégale. La chaîne que l'on désigne ordinairement par l'appellation de Soulaïman-dagh occidental est la plus élevée, sinon par les pics isolés, que nul voyageur n'a encore mesurés, du moins par la hauteur moyenne de sa crête. Au sud de la brèche du Choutar-gardan, qui la sépare du Sefid koh, elle se dirige sans grandes inflexions vers le Baloutchistan et va former le mur extérieur du plateau, à l'ouest des déserts de Katchi Gandava, ancien golfe creusé dans l'épaisseur des monts. Le Soulaïman-dagh occidental est le faite de partage entre les eaux qui descendent à l'Indus et celles qui s'écoulent vers les bassins intérieurs du plateau; il constitue aussi une limite politique, les tribus qui vivent à l'est de sa crête ne reconnaissant point d'ordinaire la suzeraineté de l'émir de Kaboul ; elles parcourent la contrée en toute indépendance, ou bien n'acquittent que des impôts temporaires, lorsqu'elles franchissent la limite avec leurs troupeaux. Une autre chaîne, le Soulaïman central ou a Montagne des Pouchtou », est tracée sur la plupart des cartes comme la continuation de l'arête qui se détache du Sefid koh près de sa grande cime, le Sikaram, et que traverse le chemin du Païwar kotal; mais il n'est pas certain qu'elle se continue régulièi^ment : des indigènes qui ont parcouru la contrée n'ont vu qu'un plateau montueux, sans chaîne caractérisée*. Enfin, à l'est, les diverses rangées de montagnes, sans compter les

^ Wood, Joumey to ihe river Oxm, commenté par Yule.

' Bellew, Raceê of Afghanistan.

' Cléments Markham, Proceedings ofthe Geographical Society, I, 1879.

^ Rnverty, Notes of Afghanistan and some parts of Baluchittan,

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massifs détachés qui s'avancent vers Tlndus, sont comprises sous le nom de Soulaîman-dagh orientai ou Mihtar Soulaiman; quoique coupées en de nombi^eux tronçons par le Kouram, le Totchi, le Gomoul, leZhob et les autres rivières nées sur les monts occidentaux, elles n'en constituent pas moins un système orographique d'une remarquable unité. Les pentes boisées sont rares sur les escarpements de rochers tournés vers lllindoustan; quand le soleil les éclaire, ils resplendissent comme la braise; dans leurs âpres gorges, la chaleur réverbérée par les parois blanches, rouges ou jaunâtres, devient intolérable. Dans mainte vallée, les villages semblent se confondre avec les pierres environnantes : on ne voit que débris, au milieu desquels poussent çà et là quelques maigres broussailles.

Les diverses chaînes latérales du système, grès ou calcaires, sont presque uniformément parallèles : alignées du noixl au sud ou du noixl-est au sud-ouest, elles ont toutes leur longue pente regardant vers le plateau, tandis que du côté de l'Inde les escarpements sont abrupts. En maints endroits, il est impossible d'en tenter l'escalade : au sud du col de Gomoul on compte sept de ces rangées parallèles; plus au sud, là où passe la rivière Souri, les crêtes successives sont au nombre de douze, disposées « en ordre militaire »^ Les rangées occidentales, les plus élevées et visibles des plaines de l'Indus parnlessus les autres arêtes, sont parfois désignées par les Afghans sous le nom de Koh-i-Siah (Siah koh) ou « montagne Noire », tandis que la partie basse du système est le Koh-i-Sourkh (Sourkh koh) ou ce montagne Rouge ». De distance en distance, les chaînes sont coupées de cluses ou darah à parois verticales, au fond desquelles coulent pendant la saison pluvieuse des torrents éphémères : la disposition des montagnes donne à leur cours la forme d'une ligne brisée dont toutes les parties se succèdent à angle droit". La montagne la plus élevée du Soulaïman-dagh oriental (3560 mètres), le Pirgoul ou le « Saint Bleu », domine les massifs situés au nord du passage de Gomoul. Le groupe le plus fameux est celui auquel on donne spécialement le nom de « Trône de Salomon », Takhli-Soulaîman, et dont on voit de la plaine la double cime se dressant aux deux extrémités d'une crête de 8 kilomètres de longueur. Le sommet du nord, qui est aussi le plus haut ', est une de ces nombreuses cimes sur lesquelles se serait arrêtée l'arche de Noé ; une niche pratiquée dans le rocher, près d'un groupe de pierres considéré comme un temple, est le

* Raverty, ouvrage cité.

* IValker, Journal of the Geographieal Society ^ 1862.

* 3444 mètres, d'après Walker, 5343 mètres d'après d'autres.

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