IX
(c trône » où s'asseyait Salomon pour contempler l'immense abime du monde. Dans la partie méridionale de la chaîne, le Soulaiman-dagh perd son étonnante régularité et ne se présente, au sud-ouest de Sakki Sarwar, que sous la forme de plateaux de gravier ou d'argile rouge. Puis les monts de Soulaîman sont brusquement coupés au sud et l'ensemble du système se reploie à l'ouest pour former le massif du Ghandari, comparable, avec ses contreforts divergents, à un énorme ccntipède pétrifié *. Celte région méridionale du Soulaïman-dagh a été récemment explorée par les officiers anglais et l'on y a trouvé de nombreuses vallées qui s'inclinent graduellement des plateaux vers la plaine et qui à mi-hauteur ont des forêts, des champs bien arrosés, des villages populeux. L'une de ces vallées, le Boraï, qui descend à l'est vers le confluent de l'Indus et du Satledj, semble être destinée à devenir un jour, grâce à la facilité de ses pentes, le chemin principal de Moultan au plateau de l'Afghanistan.
A l'ouest des chaînes bordières de Salomon, tout l'angle du plateau compris entre les grandes montagnes du nord et de l'orient est occupé par des rangées de hauteurs faciles à traverser, ne surmontant leur socle que de six à huit cents mètres. Sauf les arêtes de jonction, ces montagnes sont uniformément alignées du nord-est au sud-ouest et s'abaissent graduellement à mesure qu'elles s'éloignent de leur point d'origine; la principale des chaînes, entre le Ililmend et le Tarnak, est le Goul koh ou la « montagne Bleue », ainsi nommée des fleurs qui en émaillent les pentes. Au nord de Ghazni, un col, le Cher dahan ou « Mâchoire de Lion », par lequel on se rend dans la vallée du Logar et à Kaboul, s'élève encore à 2750 mètres, tandis qu'au-dessus de la plaine de Kandahar les sommets n'atteignent même pas 2000 mètres : la plupart ne dominent les campagnes que de trois ou quatre cents mètres, mais ils n'en paraissent pas moins superbes, grâce à la netteté de leur profil, à la forme hardie de leurs contours, au contraste que présente la campagne verte avec leurs rocs resplendissants. Quelques massifs terminent brusquement les promontoires en se dressant bien au-dessus des hauteurs environnantes : tel est, au nord-est de Kandahar, le pic de Khand, presque toujours revêtu de neige; tel est aussi, près de Ghirisk, le Chah Maksour, dont les créneaux calcaires atteignent plus de 3000 mètres. A l'est de Farah, l'angle sud-occidental de tout le système orographique de l'Afghanistan est formé par le Koh Pandj Angoucht ou le « mont des Cinq Doigts », un « Pentodactyle » comme le Taygète du Péloponèse.
* Raverty, ouvrage cité.