‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 160 sur 186 · MONTAGNES DU HEDJÂZ ET DU YEMEN. S · texte numérisé non relu

MONTAGNES DU HEDJÂZ ET DU YEMEN. S

les uns avec les autres, facilita les incursions de l'étranger, et tandis que les habitants des plaines basses gardaient leur farouche indépendance, ceux de la haute citadelle des montagnes devenaient les serviteurs de conquérants. Sous le principal d'Auguste, il y a plus de dix-neuf siècles, des légions romaines parcoururent le pays du versant de la mer Rouge, jusque dans l'Hadramaout, sur la déclivité tournée vers la mer des Indes. Actuellement, le Yemen est une province turque, fortement occupée par des garnisons, et depuis 1839 les Anglais se sont emparés d'Âden, le meilleur port de la côte, de manière à s'assurer les proûls du commerce avec tout le Yemen sans avoir les difficultés de la conquête. Plusieurs petits sultans de l'intérieur ont gardé titre , cérémonial , simulacre d'indépendance; mais, pensionnés par la Grande-Bretagne, ils ne sont en réalité que ses humbles vassaux.

Quoique la péninsule arabe n'ait plus un seul cratère actif, elle est parmi les contrées où les foyers volcaniques sont le plus nombreux. En dehors des massifs montagneux du Yemen, dans le Tehama qui borde la mer Rouge, de même que dans celui du littoral d'Âden, se dressent plusieurs sommets entièrement composés de roches ignées. C'est même grâce à la rupture du sol dans le voisinage immédiat du littoral que le continent doit la formation de ses promontoires les plus hardis et de ses découpures les plus profondes. Le Djebel-Ghamchan (351 mètres), qui abrite la ville d'Âden et qu'un mince pédoncule rattache au continent, est un de ces volcans qui jaillirent d'une crevasse de la côte; de même, à l'ouest, le Djebel-Hassan, qui s'avance aussi en dehors de la terre ferme et que signalent de loin les deux aiguilles appelées « Oreilles d'Âne » par les marins. Le Djebel-Khaou dresse au-dessus d'un cap sa croupe en forme de selle, et plus loin, séparé de la mer par des bancs de sable, apparaît le massif puissant du Djebel-Kharaz (845 mètres). La roche péninsulaire qui forme la pointe extrême de l'Arabie, entre la mer Rouge et l'océan Indien, et que contourne le détroit de Bab-el-Mandeb, est également d'origine volcanique; enfin, Tile de Perim, d'où les Anglais commandent l'entrée de la mer Rouge, n'est qu'un amas de scories rougeâtres disposées en demicercle autour d'un cratère d'éruption.

La partie méridionale de l'Arabie est uniforme d'aspect et de relief. La zone du littoral est presque partout assez basse; parsemée de buttes volcaniques, elle s'élève graduellement en terrasses jusqu'à des monts calcaires d'une hauteur approximative de 1000 mètres. De l'autre côté de celte chaîne, éloignée en moyenne de 150 kilomètres du littoral, le sol s'affaisse vers une grande plaine centrale, connue sous le nom de Djof.

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Cependant quelques hauts massifs interrompent runiformilé de ces contrées. Les montagnes de Yafia, qui terminent an midi le système orographique du Yemen, se prolongent à Torient, parallèlement au littoral, et d'autres chaînes les continuent. Un des sommets du Djebel-Faddbli, n 125 kilomètres au nord-est d'Aden, s'élève à 1659 mètres. Plus loin, le Djebel-Kor, et, dans l'intérieur, le Djebel-Kern, le Djebel-Aoulaki, portés sur un plateau dont l'altitude moyenne est d'environ 1000 mètres, dépassent probablement par leurs cimes les crêtes plus rapprochées du littoral; le Tsahoura et le Kaour-Saïban , au nord-ouest de Makalla, atteignent 2400 mèlres*. Une vallée profonde, que parcourt, après les rares averses, le flot du ouadi Iladjar ou Mossileh, prend son origine sur le versant oriental du Yemen et traverse de part en part la région montagneuse du sud pour déboucher dans la mer près du Ras-el-Kelb, h plus de 400 kilomètres d'Aden. Les massifs que contourne à l'orient la dépression du ouadi appartiennent à deux formations distinctes. fiCs monts occidentaux, aux sommets arrondis ou coniques, et presque partout faciles à gravir, sont composés de quartz, de gneiss, de roches ardoisées, que revêtent en maints endroits des herbes et des broussailles. Les hauteurs orientales, formées de calcaires et de grès, disposés par assises régulières, ont un aspect tout différent. Ije long des ouadi, qui s'inclinent vers la mer d'une pente égale, soit de 1 mètre sur 80, s'élèvent des monticules de 100 à 150 mètres de hauteur, alignés comme des tentes de soldats. Derrière cette première rangée il s'en dresse une seconde, quatre ou cinq fois plus élevée, dont chaque bloc ou ambas a l'apparence d'un cône tronqué; de cime à cime, toutes les terrasses se correspondent : elles constituaient évidemment la surface d'un plateau continu que les eaux d'averse ont découpé en tours distinctes. Le travail de désagrégation se poursuit d'année en année; les grès s'effritent sous l'action des météores; il ne reste plus que des squelettes de rochers, sur lesquels ne pousse pas un brin d'herbe*. Une de ces rangées se compose de vingt-deux montagnes si régulièrement découpées et si peu différentes les unes des autres, que Miles et Munzinger leur donnèrent le nom de « Vingt-deux Frères ». Dans cette région, les seuls terrains de culture sont les alluvions déposées au pied des collines, le long des ouadi : des champs de cailloux descendus des ravins latéraux coupent de distance en distance ces oasis longitudinales. Certaines vallées des Basses-Alpes ont des paysages analogues.

■ Adolf von \N*rede, Reiie in Hadhramaut.

* Munzinger, Journal ofthe Geographical Society, 1871.

Au delà du Ras-Fartak, qui fait face au cap africain Guardafui ou Ras- Asir, et dont la falaise formidable domine Tenlréc du golfe d'Aden, la côte ai*abe, découpée en grandes baies semi-circulaires, s'abaisse graduellement. Deux chaînes riveraines, le Djcbel-Kamar et le Djebel-Sabhan, dressent encore leurs rocs pelés à plus de mille mètres, mais de larges brèches s'ouvrent entre les rangées des montagnes côtières et les déserts sablonneux de rintéricur viennent se confondre avec les plages. Ainsi qu'il arrive d'ordinaire devant les côtes basses, le lit marin s'incline lentement au large de ces plaines désertes. Tandis qu'à la base du Djebel-Sabhan on trouve déjà les profondeurs de 2000 mètres à 6 ou 7 kilomètres du rivage, la baie de Kouriyan Mounyan, qu'entourent des terrasses peu élevées, n'a pas même 100 mètres de fond à 50 kilomètres du littoral. Les trois ilôts, les rochers, les écueils et l'île granitique d'Hullaniyah, qui se prolongent de l'ouest à l'est au devant de la baie, forment le véritable rivage. Au sud de cette côte, le lit marin s'abaisse brusquement ; à quelques kilomètres au sud d'Hullaniyah, que domine un piton de 502 mètres, la sonde ne touche le fond qu'à plus de 5000 mètres. Au nord-est, la grande île Masirah (Mosern), qui se développe parallèlement au littoral sur une longueur de 70 kilomètres, se distingue à peine du continent voisin; seulement de légères embarcations peuvent se hasarder dans la manche, parsemée de bancs de sable» qui sépare l'Ile de la terre ferme.

Les grandes montagnes recommencent au Ras-el-IIadd, le cap oriental de la Péninsule» où la côte tourne soudain vers le nord-ouest. Là se dresse le massif de l'Oman, correspondant à celui du Yemen : de moindre étendue, il s'élève à une hauteur ^ale : c'est là peut-être que les géodésiens mesureront un jour le point culminant de la Péninsule. Du Rasel-Hadd au Ras Masandam, pilier terminal de l'Arabie qui commande l'entrée du golfe Persique, les montagnes se dressent presque partout en escarpements abrupts au-dessus de l'eau profonde; la plaine côtière du Tehamah manque à la base de la plupart des monts, si ce n'est à l'ouest de Mascate, où les campagnes de Ratna ou £1-Ratinah bordent la concavité d'une vaste baie. Les rochers de l'Oman contrastent avec ceux du Yemen par leur effroyable nudité aussi bien que par la raideur de leurs pentes. £n comparaison des montagnes de Mascate, celles du Sinai sont un « jardin », dit le botaniste Aucher Eloy. Les parois grises, brunes, rouges et vertes, calcaires, ardoises et serpentines, se montr<?nt à vif avec leurs saillies, leurs anfractuosités, les mille détails de leurs assises et de leurs géodes aux couleurs et aux formes diverses.

Considérées d'une manière générale, les montagnes de l'Oman se com-

MO IfODYELLE GËOâRAPHlS UNIVERSELLE.

posent d'une première chaîne qui longe la côte du Ras-el-Hadd à Hascatc, d'une rangée transversale de monts qui, des hauteurs de Mascate, se prolonge dans la direction de l'ouest, et d'une troisième chaîne qui se reploie vers le nord-ouest et vers le nord pour se terminer aux promontoires basaltiques du Ras Hasandam. En réalité, ces trois chaines font partie d'un même système orographique dont les inflexions convexes et concaTes, J'aillcurs compliquées d'irrégularités de détail par les massifs et les chaînons latéraux, se développent parallèlement au littoral de l'océan

Indien. Au sud de Hascate, l'altitude moyenne des monts est d'un millier de mètres; mais un des sommets, situé au sud de Mascate, au nœud où vient se souder la chaîne transversale, atteindrait, d'après la carte marine, la hauteur de 1920 mètres : c'est le Djebel-Fatltih ou le Kariat. A l'ouest, la rangée centrale dresse ses pointes à plus de 2000 mètres; même un sommet, visible de la mer, atteindrait 3017 mètres : c'est le pic le plus haut que l'on ait signalé jusqu'à maintenant dans le pays d'Oman. Une ville, Chirazi, au pied méridional des montagnes, est à 1S85 mètres d'altitude'. Souvent, en hiver, ces monts de l'Oman sont blancs de neige; mais

> W«Usled, TrateU in Arabia.

MONTAGNES DU l'\¥S D'OMAN'. Ul

ce qui frappe le plus les Arabes, ce n'est pas la blancheur temporaire des cimes, mais la verdure paraeméc sur les pentes : de là le nom de Djcbet- Akhdar ou de « Ver^ Mont » qu'on leur a donné, comme à la pointe la plus élevée. Toutefois la vue que l'on embrasse des croupes de l'Akhdar n'offre qu'un bien petit nombre de taches vertes sur les pentes, si

ce n'est là où des canaux d'irrigation se ramifient sur les terrasses de culture.

L'étroite presqu'île qui, à l'entrée du golfe Persique, s'avance en pointe aiguë vers le littoral persan et qui, par la pression des couches sous-jaccnles, semble en avoir fait ployer les ixiches, termine superbement les monts de l'Arabie orientale. La plus haute cime, le Djebel-eMIanra, se dresse à 2057 mètres. A rextrémité, la roche, composée de basaltes et de phonolites, est découpée comme une ramure de cerf; des criques profondes se

ramifient en labyrinthe entre les rochers ; le cap le plus avancé^ le Ras Masandani, est lui-même coupé en deux par une énorme fissure, sombre allée oii peuvent voguer les grands navires entre deux parois verticales, hautes de 300 mètres, et distantes seulement d'un jet de pierre. Au large, d'autres rochers s'élèvent perpendiculairement hors des flots. De tout temps, ce haut promontoire, qui sépare les parages abrités du golfe Persique et les redoutables abimes de l'océan Indien, fut tenu par les marins comme un lieu sacré. La roche la plus avancée du Masandam est la «« Pierre du Salut » ou « de l'Accueil », sur laquelle planent les génies protecteurs. En se hasardant sur la pleine mer, fe navigateur arabe offre un sacrifice au rocher; quand il revient, il lui présente ses actions de grâce. L'Hindou jette dans l'eau des fleurs et des noix de coco en hommage aux divinités ou bien il lance sur les vagues un modèle de bateau avec sa voilure bariolée et sa petite cargaison de riz. Le présage est favorable si la miniature d'embarcation atteint heureusement la rive: mais que les flots l.t submergent, tous los dangers sont à craindre : la prudence ordonne de revenir au port.

Le montagnes qui forment au centre de la Péninsule les divers massifs du Nedjed se rattachent aux chaînes côtières de la mer Rouge et aux monts de ridumée. On peut dire qu'elles commencent à l'ouest des déserts de l'Euphrate par les cratères et les coulées de laves du Ilarra ou de la « région Brûlée », qui se prolonge au sud du Djebcl-Haouran. Le Harra est inexploré dans presque toute son étendue, à cause des pierres qui le recouvrent et le rendent impraticable aux montures : quelques sentiers, suivant les cours de ouadi tortueux, serpentent néanmoins au milieu de ce chaos; évidemment les bergers ont dû autrefois déblayer ces chemins pour faciliter le passage des troupeaux entre les fonds herbeux. Les pierres du llarra sont en maints endroits distribuées d'une manière régulière, comme si les vibrations fréquentes du sol les avaient disposées en figures géométriques; en outre, on dirait qu'elles ont été distribuées par ordre de dimensions et de contours : ici de gros blocs, ailleurs des pierrailles, plus loin des terres qui se décomposent en cendres, ou bien des dalles luisantes. Les pierres ne sont pas disposées en amas; elles recouvrent la terre, mais d'une simple couche de fragments contigus, comme si une immense couche de pierre avait été brisée en éclats de grandeurs diverses. Çà et là s'étendent aussi des kUy c'est-à-dire des espaces nus, dont le sol dur, comme brûlé par le soleil, est découpé en pentagones ou hexagones comme les basaltes columnaircs. Aucun brin d'herbe ne pousse entre les carreaux noirs ; mais des gravois apportés par le vent remplissent les interstices du réseau géométrique : on

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