‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 161 sur 186 · VOLCANS ET LAVES DE L*ARABIE CENTRALE · texte numérisé non relu

VOLCANS ET LAVES DE L*ARABIE CENTRALE

dirait une étoflc de tulle jetée sur la face du désert \ Dans certaines parties de l'étendue, le contraste des couleurs donne aux blocs épars un aspect de régularité singulière : tandis que l'extrémité méridionale des pierres tournées vers le brûlant soleil reste polie, celle du nord, exposée aux vents du nord, s'est recouverte d'un lichen grisâtre : le voyageur parti de Damas ne voit devant lui que des roches grises, et derrière que des blocs à la surface éclatante; rien n'est plus facile que de s'orienter dans les solitudes de ce Harra*.

A l'est de la terre de Madian s'étend un autre Harra, également volcanique, connu seulement des Arabes : c'est de là que proviennent les mortiers et les meules de basalte dont se servent les indigènes de la cote voisine. I^e dictionnaire géographique de Yakout ne signale pas moins de vingt-huit « Harra » entre le Djebel-Haouran et Bab-el-Mandeb. Le seul que Ton mentionne comme ayant été en activité pendant la période historique est le « Harra de Feu », qui s'élève au nord-est de Médine, près de la ville de Kheibar. La tradition raconte qu'il était en éruption six siècles avant Mahomet et qu'il vomit encore des laves sous le califat d'Omar; la montagne sacrée d'Ohod appartient à ce massif de volcans. L'explorateur anglais Beke, cherchant à reconnaître le Sinaï des Hébreux, pense l'avoir trouvé parmi les monts à cratère d'un Harra d'Arabie : c'est ainsi qu'il explique le nuage, de fumée pendant le jour, de flamme pendant la nuit, qui guidait les Israélites dans le désert'. La plupart des bouches d'éruption qui, sous un autre climat, seraient des bassins lacustres, offrent parfois dans leur fond des mares boueuses bientôt évaporées; il en reste des couches d'argile glissante, très difficiles à traverser. Les chemins qui sillonnent la région c< Brûlée » ne se reconnaissent que par un léger reflet produit à la surface des pierres par le passage des caravanes pendant des centaines et des milliers d'années; en certains endroits, la roche est tel- Jement dure que les pas n'ont pu lui donner le moindre poli ; le chemin à suivre est indiqué seulement par les crottes de chameau que les Bédouins aplatissent en marchant pour les coller au roe. Le district du Habir, que traversa Huber, ressemble au Safa de Syrie par son aspect de matière en fusion : on dirait une masse de fer bouillonnante et couverte d'énormes bulles, les unes encore entières, les autres crevées et présentant à leur pourtour des arêtes tranchantes comme du verre \ En certains endroits, on

1 Wetzstein, Reitebericht ûber Hauran und die Trachonen,

* Anne Blunt, Voyage en Arabie, trad. par Deromc.

^ Beke, Mouni Sinaî a Vokano ; — SituA in Arabia»

* Uuber, BulUlin de la Société de Géographie de PariSf 1884.

dirait, aux stries circulaires des laves, qu'elles sortirent en tournoyant des chaudières souterraines*.

C'est précisément au nœud de montagnes où s'élève le « Harra de Feu » que se rattache la chaîne la plus septentrionale du Nedjed, le Djebel-Adja. La plaine sur laquelle s^alignent les rangées du Nedjed ont déjà de 1000 à 1200 mètres d'altitude, et la hauteur relative des crêtes est de 5 à 600 mètres seulement; d'après M. Blunt\ les plus hautes croupes dépasseraient à peine 1800 mètres au-dessus du niveau de la mer. les avant-monts sont composés d'assises gréyeuses, rouges ou jaunes, mais se noircissant aux intempéries : vue de la plaine, mainte paroi est complètement noire; on n'y distingue plus les inscriptions aramcennes et arabes et les images de chameaux, de chèvres sauvages et autres animaux qu'y gravèrent d'anciens voyageurs. Au sud de ces contreforts se profile la crête principale, le Djebel- Ghammar (Chômer) proprement dit, dont les roches de granit rose gardent leur éclat, se confondant le soir avec les reflets du soleil couchant ; les veines d'un rouge éclatant sont, disent les Arabes, le sang de Gain qui coule du froni de la montagne. Au-dessus de l'oasis de Haïl, la montagne de granit est coupée brusquement, et plus à l'orient aucune autre chaîne ne la continue ; mais une rangée parallèle se dresse vers le sud, le Djebcl-Selmâ, flanquée au sud par le plateau de Kasim. H. Huber a constaté l'existence d'anciens cratères dans la chaîne du Seknâ ; un des massifs, très pénible à traverser, est connu sous le nom de « Géhenne » ou a Enfer » .

Une dépression, partiellement emplie par les sables, et dont l'altitude varierait de 1200 à 1500 mètres d'après M. Blunt, limite le massif septentrional du Nedjed et le sépare d'un autre groupe de montagnes, le Djebel-Toweïk, auquel le nom de Nedjed est plus spécialement réservé*. Le Tov^eïk ou la « Guirlande » doit probablement cette appellation à sa forme en croissant. Il se développe en un vaste demi-cercle dont l'extrémité septentrionale est parallèle au rivage du golfe Persique, puis il se reploie vers le sud et le sud-ouest pour se confondre avec le plateau, à l'orient des montagnes de la Mecque. Palgrave évalue la hauteur moyenne du Towcik de 300 à 600 mètres seulement au-dessus des plaines environnantes; néanmoins il présente sur le pourtour un aspect grandiose, d'abruptes falaises le terminant de toutes parts au-dessus du désert. Dans le labyrinthe sans fin des vallées et des cluses, les escarpements des roches se

' Buckingham, TraveU in Mesopoian.ia.

> Pi'oceedinçê of the Geographical Society, feb. 1880.

> GifTord Palgrave, Central and Eattem Arahia,

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